The mosquitoes (Diptera: Culicidae) of Djibouti: bibliographical review (1970-2023)
Abdoulgabar ABDOURAHMAN OMAR, Oumnia HIMMI

TL;DR
This paper reviews mosquito species in Djibouti from 1970 to 2023, identifying 37 species, some of which can spread diseases like malaria and dengue.
Contribution
The study provides a comprehensive bibliography and updated inventory of mosquito species in Djibouti, highlighting potential disease vectors.
Findings
37 mosquito species have been recorded in Djibouti.
At least 8 species are potential vectors of pathogens causing diseases like malaria and dengue.
The study documents the emergence, reappearance, and disappearance of mosquito species over time.
Abstract
L'histoire des moustiques à Djibouti à partir de la littérature scientifique a été retracée et synthétisée. Une recherche exhaustive sur des bases de données bibliographiques électroniques (PubMed, Google Scholar, etc.) a été effectuée. Un filtrage des listes de références a été effectué pour accéder à des articles supplémentaires afin d'avoir plus des données. À Djibouti, 37 espèces de moustique ont été répertoriées dont au moins 8 espèces sont potentiellement des vecteurs d'agents pathogènes responsables de maladies telles que le paludisme, la dengue, la fièvre jaune, le virus du Nil occidental et le chikungunya. L'ambition était de pouvoir documenter l'apparition de nouvelles espèces de moustiques, la réapparition et la disparition d'autres espèces de moustiques, vecteurs et potentiels vecteurs d'agents infectieux importants pour la santé humaine ou animale sur le territoire. Les…
Genes, proteins, chemicals, diseases, species, mutations and cell lines named across the full text — each resolved to its canonical identifier and authoritative record.
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Taxonomy
TopicsMosquito-borne diseases and control
Introduction
À l'instar des autres pays d'Afrique, les moustiques sont connus à Djibouti pour être responsables de la transmission d'un certain nombre de maladies vectorielles, notamment le paludisme et la dengue. Dans le cadre de recherches doctorales sur l’écologie des moustiques dans ce pays, nous avons constaté un manque de capitalisation concernant les espèces rencontrées. Dresser en premier lieu un inventaire nous a paru primordial pour lancer un suivi écologique. Ce travail a pour but de recenser les publications qui se sont intéressées aux moustiques à Djibouti et de synthétiser les données de cette littérature scientifique pour dresser une liste nationale actualisée des Culicidae.
Présentation de la région de l’étude
La République de Djibouti est située dans la Corne de l'Afrique face au détroit de Bab-el-Mandeb, à l'entrée de la mer Rouge. Avant son indépendance, en 1977, elle a eu deux appellations : Côte française des Somalis jusqu'en 1967, puis Territoire français des Afars et Issas (TFAI). Elle est limitrophe de la Somalie au sud-est, de l’Éthiopie au sud et à l'ouest, de l’Érythrée au nord et possède une frontière maritime avec le Yémen (Fig. 1). Djibouti présente un climat tropical aride caractérisé par l'irrégularité et la faiblesse des précipitations avec une moyenne de 95 mm par an, des températures élevées durant toute l'année qui réduisent le nombre de cours d'eau pérennes et provoquent une évaporation intense [19].
Carte de la République de DjiboutiMap of the Republic of Djibouti
Méthodologie
Cinq bases de données bibliographiques électroniques ont été consultées pour ce travail : PubMed, Scopus, Archive Ouverte HAL, ScienceDirect et Google Scholar. Deux mots clés géographiques ont été utilisés : « Djibouti », « French Territory of Afars and Issas ». Une sélection des publications scientifiques portant sur les moustiques de Djibouti et/ou les maladies vectorielles transmises par ces derniers a été effectuée.
Des articles mentionnés dans ces derniers ont été cherchés suite à un travail de filtrage des listes de références. Les noms des espèces répertoriées ont été vérifiés et validés en se référant sur le site suivant : Mosquito Taxonomic Inventory (MTI) (taxonomic-inventory.myspecies.info).
Revue bibliographique
Dans les années 1950, 2 études citent 2 espèces de moustiques, respectivement Anopheles arabiensis [22] en provenance de Dire-Daoua vers Djibouti et une simple présence d'Aedes albopictus [31] dans le pays. Depuis cette période et avant les années 1970-1971, aucun entomologiste médical n'avait travaillé dans le territoire [16].
Des travaux sur l'entomologie médicale ont commencé à partir de 1970 par une vaste enquête sur les populations de moustiques de Djibouti effectuée par 2 entomologistes [7] suivie par une recherche sur Aedes aegypti en 1971 en Somalie et à Djibouti. Une enquête entomologique sur les insectes d'intérêt médical, potentiels vecteurs d'arbovirus, a été publiée en 1976 [23] suivie d'un premier inventaire des espèces du genre Culex trouvées entre 1973 et 1974 [5]. L’étude de F. Rodhain en 1976 a permis l'identification de 25 espèces de moustiques. Les données de ce travail ont initié un débat autour des modalités épidémiologiques de certaines arboviroses, constituant une étape importante dans la connaissance de la faune culicidienne de Djibouti. Elles ont permis la confirmation de l'identification d'une vingtaine d'espèces réparties entre 6 genres culicidiens (Anopheles [24], Culex [25] et Aedes, Culiseta, Mimomyia, Uranotaenia [26]). Carteron et al., ont démontré une correspondance significative entre la présence dAn. gambiaes l et les cas autochtones du paludisme observés dans le territoire [4] ainsi que l'intérêt des insecticides imagocides [5, 12].
Dans les années 1990, Mouchet et al., mentionnaient que la faune anophélienne est composée essentiellement d'An. dthali, espèce considérée non vectrice tout en indiquant la pénétration fréquente d'An. arabiensis sans y faire souche dans le territoire [17]. Rodier et al, affirmaient la distribution et l'abondance dAe. aegypti dans plusieurs quartiers de Djibouti-Ville [27]. Des travaux ont mentionné la pullulation d'An. arabiensis dans la région d'Ambouli dans toutes les collections d'eau [3, 18]. Faulde & Ahmed ont détecté pour la première fois Culex pipiens ssp. torridus avec la détection d'ARN viral du West Nile. An. sergentii a été également retrouvé, mais ces femelles se sont avéré être négatives pour Plasmodium falciparum et Plasmodium vivax [8]. En 2012, la circulation du virus West Nile a été observée chez Cx. quinquefasciatus et Cx. pipiens ssp. torridus, le premier assurant la transmission dans le milieu périurbain et rural et le second au niveau de l'environnement urbain [10].
Dans le rapport OMS sur le paludisme en 2013, An. gambiae et An. arabiensis sont mentionnés comme deux vecteurs principaux du paludisme à Djibouti [21]. Divers travaux de l'Institut National d'Hygiène de Santé Publique ont contribué à l’évaluation de la résistance des anophèles [15]. En 2014, An. stephensi a été trouvé à Djibouti et en Afrique avec son possible rôle dans une épidémie anormale du paludisme [9]. Seyfarth et al., ont affirmé sa détection durant toute l'année et sa forte adaptation à son nouvel environnement [29]. De Santi et al., ont mis en évidence le partage d'un même site de reproduction entre An. stephensi, Ae. aegypti et Cx. quinquefasciatus et montré qu'An. stephensi pourrait être responsable d'une augmentation du paludisme dans le pays [28].
Une surveillance entomologique de janvier à avril 2017 a permis la collecte des espèces An. gambiae; An. dthali; An. stephensi; An. azaniae; An. nili somalicus; Ae. aegypti; Cx. quinquefasciatus; Cx. decens; Cx. nebulosus; Cx. pipiens; Cx. fatigans; Ur. bilineata [11]. Une nouvelle espèce, Aedes vexans présentant un intérêt médical a été signalée sur le territoire et décrite comme une nuisance importante [33].
Discussion
L'inventaire des espèces de moustiques citées à Djibouti (Tableau I) est de 37 espèces réparties entre 7 genres (Aedes, Anopheles, Culex, Culiseta, Lutzia, Mimomyia, Uranotaenia). Le genre Anopheles présente un total de 14 espèces dont 2 sous-espèces : An. dthali, An. arabiensis, An. azaniae, An. dancalicus et An. gambiae [23]; An. harperi, An. rhodesiensis, An. rhodesiensis ssp. rupicolus, An. salbaii, An. pharoensis, An. nili, An. sergentii, An. sergentii ssp. macmahoni et An. turkhudi [1] ; An. stephensi [9] et An. somalicus [11].
Tableau I: Liste des moustiques de DjiboutiList of mosquitoes in Djibouti
La faune restante des culicidés rassemble un total de 23 espèces, dont deux identifiées au niveau de la sous-espèce, réparties entre 6 genres : Ae. vexans, Ae. vexans ssp. arabiensis, Ae. vittatus, Ae. caspius et Ae. aegypti, Cx. tritaeniorhynchus et Cx. univittatus [23]; Ae. albopictus [31]; Cx. pipiens [11]; Cx. pipiens ssp. torridus [8]; Cx. simpsoni, Cx. laticinctus, Cx. tenagius et Cx. decens [25]; Lt. tigripes et Cx. sitiens [16]; Cx. bitaeniorhynchus et Cx. thallasius [37]; Cs. longiareolata, Ur. balfouri, Mi. mimomyiaformis et Mi. mediolineata [26]; Ur. bilineata, Cx. quinquefasciatus et
Cx. nebulosus [11]. Selon le ministère de la Santé de Djibouti, An. arabiensis diminue dans les gîtes larvaires au détriment d'An. stephensi qui semble dominer la faune anophélienne. L’évolution climatique pourrait participer à cette situation. L'espèce An. nili, dans un rapport du ministère de la Santé en 2020 [15], a été classée provisoirement comme un vecteur principal du paludisme. Hamon & Mouchet considéraient An. nili comme un vecteur secondaire du paludisme au sud du Sahara, mais ayant une importance régionale majeure avec la capacité d'assurer à lui seul la transmission du paludisme au moins dans certaines zones [13]. Un travail de révision et de confirmation serait nécessaire sur la sous-espèce An. nili somalicus, citée dans le travail sur la résistance des vecteurs du paludisme dans la région de la Méditerranée Orientale de l'OMS [1] comme faisant partie de la faune anophélienne de Djibouti. En effet, la base de données MTI montre que le complexe An. nili représente plusieurs espèces et entre autres An. somalicus qui a été cité comme étant rare et distribué dans les régions situées au nord de la République de Djibouti (régions de Tadjourah et Obock) [11]. Cependant est-elle la seule espèce qui représente le complexe nili à Djibouti ?
Depuis 2013, au sein du complexe d'espèces An. gambiae, deux nouvelles entités taxonomiques ont été reconnues et décrites sur la base de preuves moléculaires et bionomiques : An. coluzzii Coetzee & Wilkerson sp. n. (forme M) et An. gambiae Giles (forme S) [6]. Des travaux d'identification moléculaires à partir d'espèces considérées An. gambiae à Djibouti seraient intéressants.
En 1975 White mentionnait l'existence de la sous-espèce Aedes vexans ssp. arabiensis qui serait répartie dans la région éthiopienne notamment la Somalie [36]. En 1976, Rodhain mentionnait la présence d'Ae. arabiensis [23]. Ae. arabiensis ne serait pas une espèce mais plutôt une sous-espèce d'Ae. vexans ssp. arabiensis. Ae. vexans a été détecté par l'unité de recherche médicale de la Marine (NAMRU-3) sur le Camp Lemonnier (CLDJ) en octobre 2019 [33]. C'est une espèce connue comme un vecteur compétent pour le virus de la fièvre de la Vallée du Rift en Europe [2] et pour le virus du Nil Occidental [34]. Ae. vexans a également été trouvé à l'aérodrome de Chabelley Djibouti [CADJ] ainsi que dans un village au sud de la région d'Arta à Djibouti à moins de 13 km de la ville, suggérant qu'il est établi à Djibouti [33].
Cx. sitiens, identifié par Mouchet en 1971 [16] et par Rodhain et al. en 1977 [25] a été observé en décembre 2019. L'espèce est surtout connue par sa nuisance nocturne mais pas comme vecteur de maladie à Djibouti. Cependant, elle est susceptible d’être infectée après un repas sanguin sur un porteur de virus [14, 35]. Culex fatigans [ou Culex pipiens ssp. fatigans] a été placé en synonymie avec l'espèce Culex quinquefasciatus par Stone [30]. L'espèce Cx. tigripes [16] citée par Mouchet J, en 1971, a été classée depuis 2003 par Tanaka dans le genre Lutzia et est aujourd'hui nommée Lutzia tigripes [32]. Des espèces signalées dans la littérature peuvent être considérées douteuses. Une espèce dont l'identification signalée par Rodhain [25], Cx. ethiopicus Edwards 1912 est le synonyme de Cx. bitaeniorhynchus Giles, 1901 citée récemment appartenant à la faune culicidienne de Djibouti [37]. Étant citée au minimum deux fois, dont une dernière mention très récemment, cette espèce est potentiellement présente sur le territoire de Djibouti. Ae. albopictus (Skuse, 1894) a été signalé une seule fois à Djibouti sans que l'origine de la citation ne soit claire [31]. Sa présence est probable vu son caractère envahissant et l'augmentation rapide de son aire de répartition mondiale notamment en Afrique centrale à partir de 2000 [20]. Toutefois aucune autre étude supplémentaire depuis cette première mention n'est venue confirmer sa présence à Djibouti.
Conclusion
La synthèse bibliographique des travaux de recherche recensés durant plus d'un demisiècle d'histoire des moustiques de Djibouti, a permis d'actualiser l'inventaire des moustiques du pays. Ces résultats constitueront un socle d'informations utiles pour prioriser la lutte antivectorielle au regard des maladies que ces vecteurs peuvent transmettre. La carence relative en données entomologiques suggère que de nouveaux travaux de terrain soient entrepris dans l'intérêt de la santé humaine et animale.
Contribution des auteurs
Abdoulgabar ABDOURAHMAN OMAR : prospection bibliographique, définition de la méthodologie et rédaction du manuscrit. Oumnia HIMMI : conception de l’étude, correction et validation du manuscrit.
Remerciements
Nos remerciements sont adressés au Dr. Yahya Ali Ismael pour avoir traduit la partie Abstract en anglais.
Conflit d'intérêt
Les auteurs ne déclarent aucun conflit d'intérêts.
The reference list from the paper itself. Each links out to its DOI / PubMed record.
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