On the minima of positive definite binary hamiltonian forms
Ga\"etan Chenevier (LMO), Fr\'ed\'eric Paulin (LM-Orsay)

TL;DR
This paper investigates the minima of positive definite binary Hamiltonian forms over maximal orders in quaternion algebras, establishing explicit minima related to the algebra's discriminant and providing algorithms for certain cases.
Contribution
It determines the minimum of these forms as _A, offers explicit forms when the different is principal, and classifies all such forms when the order is principal.
Findings
Minimum of forms is _A for discriminant .
Explicit forms are provided when the different is principal.
Algorithms are developed to check if the different is principal.
Abstract
Let be a definite quaternion algebra over , with discriminant , and a maximal order of . We show that the minimum of the positive definite hamiltonian binary forms over with discrimiminant is . When the different of is principal, we provide an explicit form representing this minimum, and when is principal, we give the list of the equivalence classes of all such forms. We also give criteria and algorithms to determine when the different of is principal.
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Taxonomy
TopicsAdvanced Algebra and Geometry · Coding theory and cryptography · Algebraic Geometry and Number Theory
Sur les minima des formes hamiltoniennes binaires
définies positives
Gaëtan Chenevier
Frédéric Paulin
Abstract
111Mots clefs : algèbre de quaternions, forme hamiltonienne binaire, ordre maximal, réseau euclidien. Codes AMS : 11E39, 11R52, 11L05, 16H20, 11E20.
Étant donné un ordre maximal d’une algèbre de quaternions rationnelle définie de discriminant , nous montrons que le minimum des formes hamiltoniennes binaires sur , définies positives et de discriminant , est . Lorsque la différente de est principale, nous explicitons une forme atteignant cette valeur, et lorsque est principal, nous donnons la liste exacte des formes atteignant cette valeur. Nous donnons des critères et des algorithmes pour déterminer quand la différente de est principale.
Let be a definite quaternion algebra over , with discriminant , and a maximal order of . We show that the minimum of the positive definite hamiltonian binary forms over with discrimiminant is . When the different of is principal, we provide an explicit form representing this minimum, and when is principal, we give the list of the equivalence classes of all such forms. We also give criteria and algorithms to determine when the different of is principal.
1 Introduction
Soit une algèbre de quaternions sur qui est définie, de sorte que soit l’algèbre des quaternions de Hamilton sur usuelle. Nous noterons la conjugaison, la norme réduite, la trace réduite de , le discriminant réduit de , son nombre de classes et son nombre de classes de conjugaison d’ordres maximaux. Soit un ordre maximal dans . Rappelons que la différente de est l’unique idéal à droite de de norme (réduite) , et qu’il est bilatère. Nous renvoyons par exemple à [Vig] pour les prérequis.
En utilisant la terminologie de [Wey], notons l’ensemble des formes hamiltoniennes binaires
[TABLE]
(où et ) qui sont définies positives, ou de manière équivalente avec et de discriminant strictement négatif, et le sous-ensemble des telles que . Définissons la constante d’Hermite de l’ordre maximal par
[TABLE]
Si nous remplaçons par et si varie parmi les formes quadratiques binaires réelles définies positives, cette constante , appelée la constante d’Hermite binaire, vaut , et la description des formes qui réalisent la borne supérieure est bien connue (voir par exemple [Cas, p. 332]). Nous renvoyons à [Opp] pour le cas où est remplacé par l’anneau des entiers d’une extension quadratique imaginaire de , quand varie sur les formes hermitiennes binaires complexes définies positives (par exemple ).
Le résultat principal de cette note, généralisant le cas traité par [Spe, Satz 4], est le suivant.
Théorème 1**.**
Nous avons
L’inégalité découlera assez facilement du calcul (voir [Bli]) de la constante de Hermite pour les formes quadratiques réelles définies positives en variables. L’égalité résultera du fait que le réseau euclidien peut être muni, pour tout ordre maximal , d’une structure de -module libre (et pas seulement projectif) de rang , pour laquelle les éléments de agissent par des similitudes orthogonales de rapport (voir la proposition 3). Notre construction, reposant sur des techniques de résidus de réseaux euclidiens, généralise une construction classique de à l’aide des quaternions de Hurwitz (voir par exemple [Mar, Prop. 8.2.2]). Cette généralisation est très directe lorsque la différente de est supposée principale, et conduit dans ce cas à des descriptions explicites : voir la proposition 8.
L’inégalité est utilisée dans [PP2], qui donne à l’aide d’outils de géométrie hyperbolique de dimension une théorie graphique des formes hamiltoniennes binaires entières indéfinies, analogue à celle de Conway pour les formes quadratiques binaires.
Dans la partie 3, lorsque la différente de est principale, nous donnons une liste (a priori incomplète, certainement redondante) de formes hamiltoniennes binaires définies positives atteignant . Lorsque lui-même est principal (c’est-à-dire lorsque ), nous étudions l’unicité d’une telle forme. Deux formes hamiltoniennes binaires seront dites -équivalentes si elles se déduisent l’une de l’autre par précomposition par un élément de .
Proposition 2**.**
Si , il existe une unique classe de -équivalence de formes hamiltoniennes binaires définies positives de discriminant donné et réalisant la borne supérieure définissant la constante d’Hermite . Si , il en existe exactement deux.
Une étude générale des classes de -équivalence de telles formes serait intéressante (voir la remarque 15). Nous revenons dans la partie 4 sur la correspondance classique entre classes de conjugaison d’ordres maximaux de et certaines formes quadratiques ternaires, par des techniques de résidus et sommes de Gauss. Cette correspondance associe à l’ordre maximal deux réseaux euclidiens pairs de dimension : d’une part muni de la restriction de la forme norme, et d’autre part le plus grand sous-réseau pair de avec . Dans la partie 5 (voir le théorème 25), nous montrons alors les équivalences entre :
la différente de est principale,
contient un élément de carré ,
contient un élément tel que et pour tout , et
contient un élément tel que .
Nous utilisons ces équivalences pour donner de nombreux exemples (voir la proposition 23 montrant que admet toujours au moins un ordre maximal de différente principale) et contre-exemples (voir le tableau final de cette note).
*Remerciements : Le premier auteur a été financé par le C.N.R.S. et a reçu le soutien du projet ANR-14-CE25 (PerCoLaTor). Le second auteur remercie l’université de Warwick et l’EPSRC pour leur accueil et soutien financier lors de la rédaction d’une première version de cette note. Les auteurs remercient Lassina Dembélé d’avoir vérifié certains de leurs calculs avec le logiciel Magma. *
2 Calcul de la constante d’Hermite binaire
Dans toute cette note, nous munissons du produit scalaire euclidien (rendant la base usuelle de orthogonale et constituée de vecteurs de norme ), et du produit scalaire euclidien produit, que nous notons . En particulier, ceci définit une forme volume sur , et nous définissons le covolume d’un -réseau de par
[TABLE]
Puisque est un -réseau dans , le produit est un -réseau dans , de covolume (voir [KO, Lem. 5.5])
[TABLE]
Nous munissons de sa structure d’espace vectoriel à droite sur . Soit la forme hamiltonienne binaire définie positive
[TABLE]
de discriminant , de sorte que pour tout , nous avons . Nous noterons le produit scalaire hermitien sur tel que pour tout . Pour tout et tout , nous avons .
L’action à droite par précomposition du groupe des matrices à coefficients dans de déterminant de Dieudonné est transitive sur (voir par exemple [PP1, §7]). On appelle -réseau de un -réseau qui est en outre un sous-module libre de rang du -module à droite . L’action linéaire à gauche de sur l’ensemble des -réseaux de qui sont de covolume donné en tant que -réseaux est aussi transitive.
Pour tout , rappelons (voir par exemple [Cas]) que, avec l’ensemble des formes quadratiques réelles définies positives en variables, la matrice222de sorte que si est la matrice colonne des coordonnées de de et le produit scalaire usuel sur , la constante d’Hermite en dimension est définie par
[TABLE]
Les valeurs de sont connues si , par exemple Blichfeld [Bli] a montré que
[TABLE]
Il est bien connu que cette valeur est atteinte pour le réseau , engendré par un système de racines de longueur et de type , qui contient vecteurs tels que . On rappelle que d’après Mordell [Mor], est l’unique (à isométrie près) -réseau euclidien entier pair, unimodulaire (i.e. de covolume ) et de rang : voir les rappels ci-dessous pour ces terminologies classiques. Mieux, on sait d’après Vetchinkin [Vet, Theo. 2] qu’à isométrie près, est le seul -réseau unimodulaire atteignant la borne supérieure définissant .
Tout -réseau de est en particulier un -réseau de l’espace euclidien réel de dimension . Donc
[TABLE]
De plus, ce calcul montre que nous avons égalité dans l’inégalité si et seulement s’il existe un -réseau de covolume dans tel que . Le théorème 1 découle donc du résultat suivant.
Proposition 3**.**
L’espace euclidien contient des -réseaux isométriques à .
Nous allons utiliser la technique bien connue des résidus de -réseaux euclidiens (aussi appelés “formes quadratiques discriminantes”, voire “glue groups” dans [CS]), voir par exemple [Ebe, §3.3], [CL, §II.1]. Rappelons brièvement les éléments utiles à notre propos.
Un module quadratique d’enlacement, ou pour faire court un -module au sens de [CL, §II.1], est la donnée d’un groupe abélien fini muni d’une application vérifiant pour tous les et dans , et telle que l’application , définie par , est -bilinéaire non dégénérée. Un -module est anisotrope si le seul élément de tel que est .
Soient un espace vectoriel réel euclidien de produit scalaire noté , et un -réseau de . Notons le -réseau dual de . Le réseau est dit entier si l’on a , pair si de plus pour tout . Supposons désormais entier et pair. Alors l’application
[TABLE]
munit d’une structure de -module notée et appelée le résidu de .
Le groupe abélien fini est d’ordre le déterminant de (le déterminant de la matrice de Gram de n’importe quelle -base de ), noté ; nous avons
[TABLE]
si est un sous--réseau de . La projection canonique induit une bijection de l’ensemble des réseaux entiers et pairs contenant avec indice sur l’ensemble des sous-groupes de , d’ordres et isotropes (tels que pour tout ), de sorte que .
Pour tout nombre premier , on pose . C’est un -module muni de la forme -bilinéaire déduite par extension des scalaires du produit scalaire sur . On a pour tout dans . Le -réseau possède un dual défini par , contenant , ainsi qu’un résidu qui est le -groupe abélien fini muni de la forme quadratique à valeurs dans définie comme dans (1). L’application naturelle induit un isomorphisme de la composante -primaire du groupe abélien de torsion vers . Cet isomorphisme permet de voir comme un -module. Le -module est la somme orthogonale de ses composantes -primaires, et pour tout premier , le morphisme évident induit une identification de la composante -primaire de à .
Notons que est anisotrope si et seulement si est anisotrope pour tout premier . En effet, un élément de est nul si et seulement si toutes ses composantes -primaires sont nulles.
Supposons de plus muni d’une structure de -espace vectoriel à droite telle que tout élément de agisse sur par une similitude orthogonale de rapport . On a alors pour tous les dans et dans . Si est stable par , il en va de même de car est stable par la conjugaison , et est donc muni d’une structure de -module à droite. De même, et sont des -modules à droite, et l’application naturelle est -linéaire, pour tout premier .
Nous renvoyons à [Vig] pour les faits très classiques suivants sur les algèbres de quaternions. Soit un nombre premier divisant . Alors est l’unique ordre maximal de la -algèbre de quaternions (une algèbre à division). De plus, la norme réduite est surjective, et l’on peut donc choisir un élément de vérifiant . Tout idéal (à droite ou à gauche) de est bilatère, de la forme pour un unique entier (d’indice ). En particulier, on a , est l’idéal maximal de , et est un corps d’ordre . Nous noterons respectivement et la trace et la norme de l’extension de .
D’après ces rappels, il existe un unique idéal à droite de d’indice : c’est l’idéal vérifiant pour divisant , et sinon. C’est un idéal bilatère de car est bilatère dans pour tout . Puisque sa norme est égale à , l’idéal est la différente de , donc égal à où pour tout -réseau de .
Puisque pour tout dans , l’ordre maximal est un -réseau entier et pair de l’espace euclidien , de déterminant . Posons . C’est un sous--module bilatère de vérifiant trivialement pour tout et tout .
Lemme 4**.**
- (1)
Pour tout premier divisant , le résidu de est isomorphe au groupe additif muni de la forme quadratique . 2. (2)
Le -réseau euclidien est entier et pair, de dual , et pour tout premier , il existe une isométrie -linéaire (à droite) entre et .
**Démonstration. **Soit un nombre premier divisant . La conjugaison de induit une anti-involution de , préservant nécessairement son idéal maximal , ainsi donc qu’un automorphisme -linéaire de , nécessairement non trivial à cause de l’identité , et donc égal à l’automorphisme de Frobenius . Pour tout dans d’image dans , et puisque , on a donc
[TABLE]
De la congruence (2) portant sur , on déduit aisément les relations bien connues
[TABLE]
La congruence (2) portant sur , la relation ci-dessus, l’égalité , et la multiplicativité de la norme, entraînent l’assertion (1) du lemme 4 .
Montrons l’assertion (2). Pour tout dans , l’élément est dans pour tout premier , et donc dans : les réseaux et sont entiers et pairs. On a d’après (3), et donc . Soit un nombre premier, il ne reste qu’à montrer qu’il existe une bijection -linéaire à droite vérifiant pour tout dans . Il suffit de prendre pour la multiplication à gauche par un élément avec . Un tel élément existe par la surjectivité de .
Proposition 5**.**
Il existe un -réseau de contenant et qui est isométrique à en tant que -réseau euclidien.
**Démonstration. **Notons le -réseau de l’espace euclidien . Il est stable par multiplication à droite par , mais n’est pas nécessairement un -réseau car n’est pas libre de rang sur en général.333Voir la partie 5 pour des listes et des caractérisations de quand (et donc ) est libre de rang sur . Notons que -réseau , et donc le groupe abélien de , ont des structures de -modules (à droite) telles que la projection canonique soit un morphisme de -module. Montrons qu’il existe un sous--module isotrope de , d’ordre et tel que le sous--module de soit un -réseau de . Alors est un -réseau euclidien entier et pair en dimension , de covolume donc unimodulaire. Par unicité, il est isométrique à , ce qui conclut.
Nous avons et pour tout premier . Il suffit donc de définir la composante -primaire de pour divisant . Fixons un tel et identifions et au -module muni de la forme quadratique , ce qui est loisible d’après les points (a) et (b) du lemme 4. Soit tel que , qui existe par la surjectivité de la norme pour les corps finis. Posons
[TABLE]
C’est un sous--module de d’ordre . Il est isotrope car pour on a
[TABLE]
Enfin, est dans une suite exacte de -modules
[TABLE]
où l’application est la restriction à de la seconde projection . En effet, cette application est surjective de noyau car la seconde projection de dans est bijective. Mais on a d’après le lemme 4 (b). Donc est libre de rang sur , et est un -réseau, ce qui conclut la démonstration de la proposition.
La proposition 3, et donc le théorème 1, en découlent.
Notons le groupe unitaire du -espace vectoriel à droite muni de la forme hamiltonienne . Ce groupe agit naturellement sur l’ensemble des -réseaux de . À tout tel réseau , disons de base , on associe la forme hamiltonienne binaire . La classe de -équivalence de cette forme ne dépend que de , et nous la notons . Il découle immédiatement des définitions que pour deux réseaux et , on a l’égalité si, et seulement si, il existe vérifiant . Comme toute forme hamiltonienne binaire définie positive est de la forme pour une base bien choisie du -espace vectoriel , on en déduit le résultat suivant, analogue naturel d’un énoncé classique sur les réseaux euclidiens. (L’assertion portant sur le covolume a déjà été vue plus haut.)
Proposition 6**.**
L’application induit une bijection entre l’ensembles des -orbites de -réseaux dans et l’ensemble des classes de -équivalence de formes hamiltoniennes binaires définies positives. Dans cette bijection, le discriminant de et le covolume de sont liés par la formule .
Notons l’ensemble des -réseaux de isométriques à en tant que réseau euclidien. Il est stable sous l’action de .
Corollaire 7**.**
- (1)
L’ensemble est non vide. 2. (2)
L’application induit une bijection entre et l’ensemble des classes de -équivalence de formes hamiltoniennes binaires définies positives de discriminant qui réalisent la (borne supérieure définissant la) constante d’Hermite .
**Démonstration. **La première assertion est la proposition 3. La seconde résulte de l’analyse précédant cette proposition et du théorème déjà cité de Vetchinkin [Vet, Theo. 2],
Bien que nous ne l’utiliserons pas, mentionnons que pour des raisons générales il n’y a qu’un nombre fini de -orbites dans .
3 Étude du cas d’égalité
Dans cette partie, nous explicitons d’abord certains éléments de quand la différente de est principale, ainsi donc que des formes hamiltoniennes binaires définies positives réalisant . Ensuite, nous déterminerons quand est principal.
Supposons donc que est un ordre maximal de différente principale. Choisissons vérifiant . En particulier, nous avons et (observer par exemple pour tout premier divisant et utiliser la formule (3)). Notons l’ensemble des tels que . Cet ensemble est non vide par la surjectivité de la norme pour les corps finis et la formule (2). Pour , posons
[TABLE]
C’est un -réseau de stable par et contenant . L’anneau étant commutatif (il est isomorphe à ), le réseau ne change pas si l’on remplace par , avec , dans sa définition. Autrement dit, ne dépend pas du choix du générateur de , ce qui justifie sa notation. Enfin, il ne dépend que de la classe de dans , de sorte qu’il y a également un sens à définir pour tout avec . En considérant l’élément de , on constate l’équivalence .
Proposition 8**.**
Supposons la différente de principale et engendrée par . Soit .
- (1)
Le -réseau appartient à . 2. (2)
L’application de dans définie par
[TABLE]
est une forme hamiltonienne binaire définie positive, qui réalise la borne supérieure définissant .
Enfin, tout élément de contenant est de la forme pour .
**Démonstration. **Le -réseau contient avec indice , il est donc bien de covolume . Pour , le rationnel
[TABLE]
est un entier, à cause de la congruence pour . Cela montre que est entier pair. C’est trivialement un sous--module (à droite) de , dont les éléments et constituent une -base : c’est un -réseau, et nous avons montré le (1). On constate les égalités , et . Pour , nous avons donc . L’assertion (2) découle alors de l’assertion (1) et du point (2) du corollaire 7.
Montrons la dernière assertion. On raisonne comme dans la démonstration de la proposition 5, en remplaçant par . Nous avons et l’anneau est produit direct sur les premiers divisant des corps finis . Un sous--module totalement isotrope de intersecte trivialement le sous-espace anisotrope pour divisant . Si est en outre libre de rang sur (ou ce qui revient au même, de cardinal ), il est engendré sur par la classe d’un élément de , disons , avec vérifiant et pour tout divisant . On en déduit : on peut donc supposer . Par définition, l’image inverse de par la projection canonique est .
Remarque 9**.**
Supposons et (ordre de Hurwitz). Nous pouvons prendre (car ) et (car ). Nous retrouvons alors la réalisation quaternionique usuelle du réseau euclidien : voir [Mar, Prop. 8.2.2] (cette construction diffère de la nôtre d’une homothétie car elle utilise le produit scalaire sur ).
Déterminons maintenant lorsque est principal, ce qui se produit si et seulement si , ou de manière équivalente si ou . En particulier, est un nombre premier, que nous noterons simplement . La proposition 2 de l’introduction découle du résultat suivant.
Proposition 10**.**
Pour , il existe une unique -orbite de -réseaux de isométriques à . Pour , il existe exactement deux telles orbites.
Comme est principal, sa différente l’est aussi, et on en fixe comme précédemment un générateur . Rappelons que si , la formule de masse d’Eichler [Eic, p. 103] donne
[TABLE]
Écrivons l’entier sous la forme avec un entier premier à . Le morphisme d’anneaux induit un morphisme de groupes de noyau . Ce dernier est un pro--groupe et est d’ordre premier à . En composant et l’inclusion canonique , nous obtenons un morphisme de groupes
[TABLE]
dont l’image est incluse dans le sous-groupe d’ordre des éléments de norme de . Le lemme suivant en découle.
Lemme 11**.**
Nous avons , , et divise .
D’après le dernier point de la proposition 8, et puisqu’ici est premier, les réseaux contenant sont ceux de la forme pour un unique dans vérifiant
[TABLE]
Notons le sous-ensemble des ci-dessus. Nous avons . On munit d’une structure de -ensemble par la formule . Cette formule a un sens car la relation montre que est un automorphisme de l’anneau , et en particulier du groupe . Observons que le -ensemble ainsi défini ne dépend pas du choix du générateur de la différente de , car l’anneau est commutatif.
Pour , le -réseau contient l’élément qui vérifie . Pour tout dans , notons l’élément de défini par . Le morphisme identifie au sous-groupe de fixant et préservant . Pour , nous avons l’identité . La définition (5) montre donc
[TABLE]
pour et . Notons enfin l’ensemble des couples avec dans , , et , muni de l’action diagonale de . Les observations ci-dessus montrent que l’application , définie par et le morphisme , défini par , définissent un morphisme de groupoïdes entre le -ensemble et le -ensemble .
Lemme 12**.**
Le morphisme de groupoïdes ci-dessus est une équivalence (de catégorie).
**Démonstration. **Il y a deux points à démontrer : (i) pour tout dans , il existe dans et dans tels que ; (ii) pour tout dans , le stabilisateur de dans est le sous-groupe des avec et .
Soient , et . Pour dans , la relation , avec , montre que le -réseau euclidien de rang sous-jacent à est isométrique à , et donc de covolume . Supposons maintenant . Dans ce cas, est isométrique à . Le résidu de étant anisotrope, le seul réseau entier pair de contenant est lui-même. En particulier, le réseau est saturé dans : on a et le groupe abélien est sans -torsion. Comme est unimodulaire, on en déduit que l’orthogonal de dans est de même covolume que [CL, Prop. B 2.2. (d)]. Mais est stable par car l’est. Il est donc libre de rang sur car est principal. Nous pouvons donc écrire avec . L’égalité des covolumes de et implique . Ainsi, le couple est une -base orthonormée de , et donc quitte à remplacer par où est l’unique élément de envoyant sur et sur , nous pouvons supposer que , qui est un -réseau, contient , et que l’orthogonal de dans est . En particulier, d’après la dernière assertion de la proposition 8, le réseau est de la forme pour dans : le premier point (i) en découle.
De plus, le sous-groupe de fixant et préserve l’orthogonal de dans , c’est-à-dire : c’est donc l’ensemble des avec dans . La relation , et la propriété , montrent que équivaut à . Le second point (ii) en découle.
Pour , notons le stabilisateur de dans (le groupe unitaire de ) et l’ensemble des vérifiant (les racines de ). Nous avons pour dans , car admet racines. Le groupe agit naturellement sur , et on note le nombre d’orbites pour cette action. Ce nombre ne dépend que de la -orbite de .
Lemme 13**.**
Le groupe admet orbites dans , avec stabilisateurs d’ordre . Par conséquent, nous avons , et pour tout dans .
**Démonstration. **Le -ensemble a clairement orbites, et des stabilisateurs isomorphes à . L’énoncé est donc une conséquence des lemmes 12 et 11.
Démonstration de la proposition 10. Pour , nous avons . D’après le lemme 13, le groupe agit transitivement sur , et pour tout dans , nous avons .
Remarque 14**.**
Pour et dans nous avons montré , soit encore
[TABLE]
C’est un point de départ pour une étude plus fine du groupe que nous laissons au lecteur. Par exemple pour (resp. ), on peut montrer que est une extension centrale du groupe alterné (resp. du groupe symétrique ) par . 444On pourra d’abord observer que le groupe unitaire de est isomorphe à . De plus, les fibres non vides de la projection canonique sont de la forme (une propriété classique de ). Ainsi, pour , le sous-groupe de fixant est d’orde d’après le lemme 13. Le noyau du morphisme naturel de vers le groupe unitaire de est un -groupe, il est donc égal à . On conclut car un sous-groupe d’indice (resp. ) de est isomorphe à (resp. ).
Supposons maintenant . Alors et . Considérons l’élément de défini par . Il préserve et permute donc également les pour dans . Nous avons en fait évidemment .
Il suffit donc pour conclure de remarquer (voir le dessin ci-joint) que si est le sous-groupe des permutations de l’ensemble engendré par et les multiplications par un élément d’ordre , alors agit transitivement sur .
d’ordre
Considérons enfin le cas plus délicat . Alors , et . Fixons dans . D’après le lemme 13, nous avons
[TABLE]
Si agit transitivement sur , nous avons pour tout et donc , une contradiction car n’est pas divisible pas . Donc admet au moins deux orbites distinctes, puis et pour tout .
Soit tel que ; l’arithmétique des quaternions montre qu’il existe exactement tels éléments . Nous avons , de sorte que . La démonstration de la proposition 8 assure que dans la -base de définie par et , on a pour tous
[TABLE]
En particulier, le cardinal de est le nombre de couples de racines de de produit scalaire -hermitien . Il est facile d’énumérer ces couples à l’aide d’un ordinateur : il suffit d’énumérer , ou ce qui revient au même, les dans tels que et . Décrivons le résultat. Nous pouvons prendre (voir par exemple [Vig, p. 98]) pour l’algèbre de quaternions avec , et , et pour l’ordre maximal . Nous pouvons alors prendre . Considérons les deux éléments de de norme
[TABLE]
L’ordinateur nous dit que (resp. ) contient exactement (resp. ) couples de racines de produit scalaire -hermitien (resp. ). Cela montre
[TABLE]
Il découle de la formule (6) les égalités , , puis , et donc . Ceci démontre la proposition 10.
D’après le corollaire 7 et la proposition 10, nous avons déterminé, à -équivalence près, les formes hamiltoniennes binaires définies positives de déterminant (ou ce qui revient au même, de “covolume ”) réalisant lorsque est principal. Décrivons les formes trouvées. La principalité de entaîne que la norme réduite est surjective. Le sous-ensemble de est donc non vide. Pour , nous avons simplement
[TABLE]
Pour et , cette forme est donc l’unique forme de covolume , à -équivalence près, réalisant . Pour , il y a deux classes d’équivalences, chacune étant représentée par une telle forme. Explicitons des choix possibles de et dans chacun des cas.
- •
Pour et l’ordre de Hurwitz usuel, les choix et conduisent à , conformément à [Spe].
- •
Pour , la -algèbre est engendrée par deux éléments et vérifiant , et . L’élément normalise , de sorte que l’on peut choisir l’ordre maximal contenant et , et prendre . On constate que (cas ) et (cas ) conviennent, et conduisent respectivement à et , où l’on a posé .
- •
Pour , la -algèbre est engendrée par deux éléments et vérifiant , et . Dans le cas , on peut prendre pour tout ordre maximal contenant , puis et , auquel cas nous avons . Dans le cas , l’analyse faite dans la démonstration de la proposition précédente montre que, pour le choix de de cette démonstration et pour , les deux classes sont données par les éléments , avec , de la formule (7).
Remarque 15**.**
Il serait intéressant de poursuive cette analyse en déterminant des représentants de pour d’autres discriminants , et aussi d’expliciter une formule donnant la masse du groupoïde pour un ordre maximal général.
4 Ordres maximaux et réseaux euclidiens
Dans cette partie, nous rappelons certains aspects de la correspondance classique (voir par exemple [Lat, Pet] et [Voi, Chap. 22]) entre classes de conjugaison d’ordres maximaux de et certaines formes quadratiques ternaires. Nous utiliserons cette correspondance dans la partie 5 pour donner des caractérisations des ordres maximaux des algèbres de quaternions rationnelles définies dont la différente est principale.
Fixons un entier strictement positif sans facteur carré, ayant un nombre impair de facteurs premiers. Fixons aussi une algèbre de quaternions sur , qui est définie, de discriminant . Notons l’ensemble des classes d’isométrie de réseaux euclidiens entiers pairs de rang , de déterminant , et tels que, pour tout premier impair divisant , le résidu de est anisotrope.
Remarquons que si est dans , et si est un premier impair divisant , nous avons , où désigne un ordre maximal quelconque de . En effet, le groupe abélien est d’ordre et ne peut être isomorphe à , car sa -torsion serait constituée d’éléments isotropes. C’est donc un -espace vectoriel de dimension muni d’une forme quadratique anisotrope, nécessairement à valeurs dans car est impair. Il n’y a qu’une telle forme à isométrie près, donnée au lemme 4 (1).
Proposition 16**.**
L’application qui à un ordre maximal de associe le -réseau de ses éléments de trace nulle, muni du produit scalaire , induit une bijection de l’ensemble des classes de conjugaison d’ordres maximaux de dans . En particulier, .
**Démonstration. **Montrons tout d’abord que cette application est bien définie. Soit Rappelons que est surjective puisque est maximal : c’est évident si et cela découle de la surjectivité de et de la formule (2) concernant la trace si divise . Ainsi, est un -réseau d’indice dans . Son déterminant est donc puisque est maximal, et est bien de déterminant . Enfin, si est un premier impair divisant , nous avons donc est anisotrope.
Montrons l’injectivité. Soient et deux ordres maximaux de tels que les -réseaux euclidiens et soient isométriques. Notons l’espace quadratique des quaternions purs de . Soit une isométrie telle que . Par un résultat classique (voir par exemple [Vig, p. 11 et 6]), est la conjugaison par un élément de . Quitte à remplacer par un conjugué, nous pouvons donc supposer . Les -réseaux et contiennent alors tous deux le -réseau , avec l’indice . Cela montre pour . On a trivialement si divise , par unicité de l’ordre maximal dans . Nous pouvons donc supposer et que est le sous-espace des matrices de trace paire. Mais ce sous-espace engendre comme anneau, on en déduit , puis par maximalité de . D’où .
Montrons la surjectivité. Soit un élément de . Montrons d’abord que l’espace quadratique est isométrique à . Par le théorème de Hasse-Minkowski, il suffit de montrer qu’il est de déterminant (dans ), et anisotrope sur si et seulement si divise . Le premier point est clair car est de déterminant . De plus, il suffit de vérifier le second point pour les premiers impairs. En effet, par la formule du produit pour le symbole de Hilbert (voir par exemple [Ser, §4]) une forme quadratique sur supposée non dégénérée et définie positive est anisotrope sur pour un nombre impair de .
Supposons donc impair. Si ne divise pas , alors est de déterminant dans et de rang , donc isotrope sur . Supposons que divise . Alors par hypothèse, est anisotrope et de rang sur . En particulier, le produit scalaire n’est pas identiquement nul sur . Il existe donc dans avec et on a avec de rang et de même résidu que . Nous avons donc . Ainsi, il existe une -base de dans laquelle la forme quadratique est de la forme avec et quadratique anisotrope modulo . Une telle forme à variables est manifestement anisotrope sur .
Nous avons montré que se plonge isométriquement dans . Nous pouvons donc supposer , le produit scalaire de étant . En particulier, puisque est pair, pour tout dans . Mais pour tous les dans , nous avons puis . Par conséquent, si est une -base de , alors
[TABLE]
est un sous-anneau de , et donc un ordre de . Soit un ordre maximal contenant . Alors contient , et a même déterminant d’après le premier paragraphe de la démonstration. D’où , ce qui montre la surjectivité.
Corollaire 17**.**
Soit . Le résidu de est isomorphe à muni de la forme quadratique si est pair, et à muni de la forme quadratique sinon. En particulier, est anisotrope.
**Démonstration. **D’après la proposition précédente, nous pouvons supposer , avec un ordre maximal de . Notons l’ordre de Hurwitz. Le -réseau muni de est isométrique à muni de cette même forme si est pair, et à muni de sinon. Le sous-réseau de trace nulle de est avec . Celui de est où est la matrice diagonale , vérifiant , et est le plan hyperbolique des matrices antidiagonales. Le résultat en découle.
Introduisons maintenant un second ensemble de réseaux euclidiens associés aux ordres maximaux de . Pour tout premier impair et , notons \Big{(}\displaystyle\frac{a}{p}\Big{)} le symbole de Legendre de modulo . Soit l’ensemble des classes d’isométrie des réseaux euclidiens entiers pairs de dimension et de déterminant , tels que pour tout premier impair divisant , le résidu de soit isomorphe au groupe muni de la forme quadratique , avec non nul modulo tel que \Big{(}{\displaystyle\frac{a}{p}}\Big{)}=-\Big{(}\displaystyle\frac{-d/p}{p}\Big{)}. Le résultat suivant dit que la condition portant sur les est superflue si est premier.
Lemme 18**.**
Si est premier, alors tout réseau euclidien entier pair de dimension et de déterminant appartient à .
Rappelons (voir par exemple [Sch, Chap. 5, §2 & §8]) que pour tout -module , la somme de Gauss de est
[TABLE]
La somme du Gauss d’une somme orthogonale finie de -modules est le produit des sommes de Gauss des (cela s’applique en particulier à la décomposition en composantes primaires). La formule de la signature de Milgram implique pour tout réseau euclidien entier pair de rang . En particulier, cette somme de Gauss vaut pour de rang .
**Démonstration. **Nous pouvons supposer impair. Par la formule de Milgram et la décomposition orthogonale , nous avons
[TABLE]
Le résidu de est isométrique à muni de la forme quadratique pour un certain signe . Un calcul immédiat donne . Le résidu de est isométrique à muni de la forme avec . D’après un théorème de Gauss (voir par exemple [Dav, Ch. 2]), nous avons donc \Big{(}{\displaystyle\frac{a}{d}}\Big{)} pour , et \Big{(}{\displaystyle\frac{a}{d}}\Big{)}$$i sinon. Si , la formule (8) entraîne donc \Big{(}{\displaystyle\frac{a}{d}}\Big{)} . De même, si alors \Big{(}{\displaystyle\frac{a}{d}}\Big{)} . Dans les deux cas, nous avons bien \Big{(}{\displaystyle\frac{a}{d}}\Big{)}$$=(-1)^{\frac{d+1}{2}}= -\Big{(}{\displaystyle\frac{-1}{d}}\Big{)}.
Lemme 19**.**
Si est dans alors est anisotrope et .
**Démonstration. **Comme est anisotrope pour impair par définition, est anisotrope si, et seulement si, (qui est d’ordre ) l’est. Montrons que ce dernier est isomorphe à , ou de manière équivalente, que sa forme quadratique n’est pas à valeurs dans . Pour tout premier impair divisant , la somme de Gauss est (toujours par le théorème de Gauss) une racine -ème de l’unité. Par la formule de Milgram et la multiplicativité de la somme de Gauss, est, comme , une racine -ème primitive de l’unité. En particulier, n’est pas réelle, donc n’est pas à valeurs dans . Si était à valeurs dans , alors serait isomorphe à muni de la forme , pour certains signes et . Comme la somme de Gauss de muni de avec vaut , la somme de Gauss de serait une racine -ème de l’unité : une contradiction.
Soient un réseau euclidien entier pair et un entier , supposés pour l’instant quelconques. Considérons les réseaux euclidiens et définis par
[TABLE]
Autrement dit, est le plus grand sous-réseau pair555Si est un réseau entier, observer que l’application , définie par , est un morphisme de groupes. Son noyau est donc un réseau : c’est le plus grand sous-réseau pair de . du réseau entier avec . En particulier, est entier. Par définition, nous avons et
[TABLE]
Lemme 20**.**
Soient un réseau euclidien entier pair et un entier. Soit le sous-groupe des éléments de vérifiant et . Si ne s’annule pas sur , on a l’égalité .
**Démonstration. **Posons et . Nous avons déjà vu et . Pour des raisons générales, nous avons alors , et est l’orthogonal de dans . Par l’hypothèse sur , le seul sous-espace isotrope de contenu dans est . Ainsi, est le plus grand sous-réseau pair de . Mais par définition est le plus grand sous-réseau pair de où : nous avons montré .
Notons que l’hypothèse du lemme portant sur est automatiquement satisfaite si est anisotrope.
Proposition 21**.**
L’application induit des bijections et qui sont inverses l’une de l’autre.
**Démonstration. **Tout élément de ou a son résidu anisotrope d’après le corollaire 17 et le lemme 19. On en déduit d’après le lemme 20. De plus, si et sont des réseaux entiers pairs d’un espace euclidien , et si envoie sur , alors pour tout . Autrement dit, l’application passe aux classes d’isométrie, et il ne reste qu’à voir qu’elle échange et .
Supposons dans ou . Posons et . Montrons que est d’indice dans . Considérons pour cela le sous-espace de , également donné par la formule (10). Pour tout premier , notons la composante -primaire de . Soit un premier impair divisant . Alors par les définitions de et , l’entier annule et la forme quadratique de est à valeurs dans , et donc . Il ne reste qu’à voir que est d’indice dans . Si est impair, est isomorphe à et sa forme quadratique prend la valeur , donc . Supposons pair. Si est dans , en identifiant à comme dans le corollaire 17, nous constatons que est le sous-espace des vérifiant . Enfin, si est dans , et en identifiant à muni de la forme quadratique pour un impair comme dans le lemme 19, nous constatons que est le sous-espace . Dans tous ces cas, est bien d’indice dans .
Nous venons de montrer que est d’indice dans . Donc . Écrivons , avec ou selon que est dans ou . Alors le déterminant de est , comme affirmé dans l’énoncé. Fixons premier impair divisant et examinons de plus près les liens entre et . Comme est d’indice dans , nous avons . Le groupe est isomorphe à . Nous pouvons donc toujours trouver une décomposition orthogonale en somme de deux -sous-réseaux
[TABLE]
avec et de -rang vérifiant . En particulier, . Mais nous avons une isométrie666Si est un espace quadratique et si est dans , notons l’espace quadratique . . Comme est de déterminant dans , car est dans , nous en déduisons une isométrie
[TABLE]
où () est muni de la forme quadratique . La forme bilinéaire d’un -module qui est un -espace vectoriel avec premier peut être vue à valeurs dans via l’isomorphisme naturel induit par la multiplication par , et possède donc un déterminant (ou “discriminant”) qui est un élément de modulo les carrés : nous le noterons . La relation (12) entraîne . La relation (11) entraîne modulo les carrés de . En utilisant les congruences et dans modulo les carrés, on en déduit . L’isomorphisme entraîne donc au final
[TABLE]
(toujours modulo les carrés de .) Supposons maintenant dans , et donc . Le discriminant d’un plan quadratique anisotrope sur étant différent de , nous avons , donc est de rang sur avec . Si est le -espace vectoriel muni de la forme quadratique , le symbole de Legendre de est par définition celui de . Nous avons donc montré \Big{(}{\displaystyle\frac{a}{p}}\Big{)}=-\Big{(}\displaystyle\frac{-d/p}{p}\Big{)} : est dans . De même, si est dans , on a et , puis est de rang sur avec , et est dans .
Remarque 22**.**
(Genre de )* * Soit un réseau euclidien entier pair de dimension et déterminant , avec sans facteur carré. Soit premier impair divisant . Dans la terminologie de Conway [CS, Chap. 15 §7], la classe d’isomorphisme du -réseau est caractérisée par son symbole -adique, de la forme pour certains signes . Par définition, on a une décomposition orthogonale avec de -rang et de déterminant dans , de -rang et de déterminant dans , et (resp. ) est le symbole de Legendre de (resp. ) modulo . On en déduit la relation
[TABLE]
Par définition, le réseau est dans si, et seulement si, on a l’égalité e^{\prime}_{p}=-\Big{(}\displaystyle\frac{-2d/p}{p}\Big{)} pour tout premier impair divisant (la présence du dans cette formule s’explique par le passage de la forme quadratique à la forme bilinéaire). De manière équivalente, est dans si, et seulement si, on a l’égalité e_{p}=-\Big{(}\displaystyle\frac{-1}{p}\Big{)} pour tout premier impair divisant .
5 Sur les ordres maximaux de différente principale
Dans cette dernière partie, motivée par la proposition 8, nous donnons des caractérisations des ordres maximaux dont la différente est principale, puis de nombreux exemples de tels ordres.
Proposition 23**.**
Toute algèbre de quaternions sur , qui est définie, admet au moins une classe de conjugaison d’ordres maximaux dont la différente est principale.
**Démonstration. **Montrons tout d’abord le lemme suivant.
Lemme 24**.**
Toute algèbre de quaternions sur , qui est définie, admet un élément de carré , unique à conjugaison près.
**Démonstration. **L’existence équivaut à demander qu’il existe un plongement de -algèbres de dans . Un tel plongement existe car les diviseurs premiers de , et la place réelle, sont ramifiés dans . L’unicité découle du théorème de Skolem-Noether (voir [Vig, p. 6]).
Soit tel que . Alors . De plus, étant entier sur , il existe des ordres maximaux de contenant . Si est un tel ordre, alors est un idéal à gauche entier de de norme . Par unicité, il est égal à la différente de , qui est donc principale.
Illustrons la proposition 23 dans le cas de l’algèbre de quaternions de discriminant . Il est bien connu que c’est la -algèbre engendrée par des éléments et vérifiant , et (voir [Vig, p. 98]). Elle contient exactement deux classes de conjugaison d’ordres maximaux : voir la table de [Vig, p. 154] ou le tableau final de cette note. Vérifions que ces deux classes possèdent des représentants et contenant tous les deux l’élément , de carré , et donc sont tous les deux de différente principale.
- •
D’une part, si , l’ordre est de discriminant , donc maximal, et contient .
- •
D’autre part, si alors est un ordre de (noter que et normalise ) contenant . Si désigne un ordre maximal contenant , alors est non conjugué à . En effet, puisque l’anneau contient les unités , il n’est pas contenu dans un conjugué de , qui ne contient que les unités .
Voici le résultat de caractérisation des ordres maximaux de différente principale. Deux de ces caractérisations feront intervenir les bijections des propositions 16 et 21. On rappelle que si est un ordre maximal de , alors désigne le -réseau euclidien des quaternions purs de muni de ; nous posons aussi (voir la formule (9)).
Théorème 25**.**
Soient une algèbre de quaternions sur , qui est définie, et un ordre maximal de . Les propriétés suviantes sont équivalentes :
- (1)
la différente de est principale; 2. (2)
l’ordre maximal contient un élément de norme (réduite) ; 3. (3)
l’ordre maximal contient un élément de carré ; 4. (4)
le -réseau euclidien contient un élément tel que et pour tout ; 5. (5)
le -réseau euclidien contient un élément tel que .
**Démonstration. **Puisque est l’unique idéal de norme , il est principal si, et seulement si, contient un élément de norme : les assertions (1) et (2) sont équivalentes.
Il est évident que l’assertion (3) implique l’assertion (2). Montrons la réciproque. Supposons d’abord . Alors est principal car , l’unicité à conjugaison près de (puisque ) et le lemme 24 montrent que contient un élément de carré (il serait bien sûr facile d’exhiber un tel élément dans ces cas). Si , on conclut par le lemme 26 ci-dessous.
Montrons que l’assertion (3) implique l’assertion (4). Soit vérifiant . Un tel n’est pas dans , il est donc de trace nulle et de norme . Cela montre et . De plus, est dans par l’équivalence de (1) et (3). Nous en déduisons par la formule 3, puis pour tout dans .
Montrons que l’assertion (4) implique l’assertion (5). Soit dans vérifiant et pour tout dans . D’après la formule 9, cela entraîne , puis . On conclut car .
Montrons que l’assertion (5) implique l’assertion (2). Soit dans vérifiant . L’inclusion évidente entraîne que l’élément , de norme , est dans , et donc dans .
Lemme 26**.**
Si et si est de norme , alors .
**Démonstration. **L’élément n’appartient pas à , car est sans facteur carré, donc son polynôme minimal est avec et . Comme ramifie sur , nous avons . De même, pour tout premier divisant , comme ramifie sur , le polynôme est irréductible sur , donc n’est pas un carré dans . Comme est constitué de carrés de , la factorisation entraîne que tout diviseur premier de divise également . Puisque est sans facteur carré, on montré que divise . En utilisant l’inégalité , on en déduit , ou et .
**Exemples. ** Le plus petit discriminant d’une algèbre de quaternions sur , définie et ayant au moins (respectivement ) classe(s) de conjugaison d’ordres maximaux dont la différente est non principale, est (respectivement ). En effet, le tableau suivant donne, pour tous les entiers positifs sans facteur carré ayant un nombre impair de facteurs premiers,
le nombre de classes de conjugaison d’ordres maximaux dans une algèbre de quaternions sur définie et de discriminant (voir [Vig, p. 152] pour une formule exacte), ainsi que
le nombre (strictement inférieur à par la proposition 23) de classes de conjugaison d’ordres maximaux dont la différente est non principale.
D’après les propositions 16 et 21, est aussi le nombre de classes d’équivalence de formes quadratiques ternaires entières définies positives de déterminant appartenant au genre décrit dans la remarque 22. Nous utilisons les tables de formes ternaires de Brandt et Intrau, recalculées et rendues disponibles sur le site de Nebe et Sloane [NS] par Schiemann. Dans la terminologie de ces tables, le discriminant d’une telle forme désigne l’entier . Nous en déduisons par inspection la ligne de la table ci-dessous.
De plus, l’équivalence entre les assertions (1) et (5) du théorème 25 montre que est le nombre de classes d’équivalence de formes ternaires ci-dessus qui ne représentent pas l’entier . Étant donné que dans les tables sus-citées les formes ternaires sont données sous forme réduite, une telle forme représente si, et seulement si, son premier coefficient est (alternativement, on peut aussi vérifier en utilisant par exemple le logiciel SAGE (algorithme LLL) que le réseau euclidien associé à cette forme a ses plus courts vecteurs de carré scalaire égal à ). On en déduit la ligne de la table ci-dessous.
[TABLE]
Dans l’article [Ibu], Ibukiyama donne une formule pour le nombre de classes de conjugaison d’ordre maximaux de contenant un élément de carré avec , ou ce qui revient au même, pour la quantité d’après le théorème 25. Dans le cas où est un nombre premier impair , cette formule est particulièrement simple et due à Deuring. Elle s’écrit
[TABLE]
où désigne le nombre de classes d’équivalence propre de formes quadratiques binaires entières positives et primitives de discriminant (voir la remarque 2.13 dans [Ibu]). Cette formule confirme la table ci-dessus. Nous pourrions en fait la redémontrer sans grande difficulté à partir de l’équivalence entre les assertions (1) et (5) du théorème 25, et des propositions 16 et 21 (observer, en guise de point de départ, que pour dans et dans avec , l’orthogonal de dans est de dimension et de déterminant égal à ou ).
The reference list from the paper itself. Each links out to its DOI / PubMed record.
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- 2[Cas] J. W. S. Cassels. An introduction to the geometry of numbers . Grundlehren Math. 99 , Springer Verlag, 1971.
- 3[CL] G. Chenevier and J. Lannes. Automorphic forms and even unimodular lattices . Ergeb. Math. Grenz 69 , Springer Verlag, 2019.
- 4[CS] J. Conway and N. Sloane. Sphere Packings, Lattices and Groups . Grund. math. Wiss 290 , Springer Verlag, 1988.
- 5[Dav] H. Davenport. Multiplicative number theory . 3rd ed. Grad Text Math. 74 , Springer Verlag 2000.
- 6[Ebe] W. Ebeling. Lattices and codes . 3rd ed. Adv. Lect. Math, Springer Spektrum, 2013.
- 7[Eic] M. Eichler. Über die Idealklassenzahl total definiter Quaternionenalgebren . Math. Z. 43 (1938) 102–109.
- 8[Ibu] T. Ibukiyama. On maximal orders of division quaternion algebras over the rational number field with certain optimal embeddings . Nagoya Math. J. 88 (1982) 181–195.
