This paper decomposes the category of smooth level 0 representations of a p-adic group into components associated with inertial Langlands parameters, using idempotents and Deligne-Lusztig theory, and explores their compatibilities.
Contribution
It introduces a new decomposition of level 0 representation categories for p-adic groups via idempotents and establishes compatibility with key functors and the local Langlands correspondence.
Findings
01
Decomposition of representation categories indexed by inertial parameters
02
Construction of categories using idempotents and Deligne-Lusztig theory
03
Compatibility with parabolic induction, restriction, and Langlands correspondence
Abstract
Let G be a p-adic group that splits over an unramified extension. We decompose RepΛ0(G), the abelian category of smooth level 0 representations of G with coefficients in Λ=Qℓ or Zℓ, into a product of subcategories indexed by inertial Langlands parameters. We construct these categories via systems of idempotents on the Bruhat-Tits building and Deligne-Lusztig theory. Then, we prove compatibilities with parabolic induction and restriction functors and the local Langlands correspondence.
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Résumé.
Soit G un groupe p-adique se déployant sur une extension non-ramifiée. Nous décomposons RepΛ0(G), la catégorie abélienne des représentations lisses de G de niveau [math] à coefficients dans Λ=Qℓ ou Zℓ, en un produit de sous-catégories indexées par des paramètres inertiels à valeurs dans le dual de Langlands. Ces dernières sont construites à partir de systèmes d’idempotents sur l’immeuble de Bruhat-Tits et de la théorie de Deligne-Lusztig. Nous montrons ensuite des compatibilités aux foncteurs d’induction et de restriction paraboliques ainsi qu’à la correspondance de Langlands locale.
Abstract.
Let G be a p-adic group that splits over an unramified extension. We decompose RepΛ0(G), the abelian category of smooth level [math] representations of G with coefficients in Λ=Qℓ or Zℓ, into a product of subcategories indexed by inertial Langlands parameters. We construct these categories via systems of idempotents on the Bruhat-Tits building and Deligne-Lusztig theory. Then, we prove compatibilities with parabolic induction and restriction functors and the local Langlands correspondence.
Sur les ℓ-blocs de niveau zéro des groupes p-adiques
Soient k un corps local non archimédien et G un groupe réductif connexe défini sur k. Notons G:=G(k). Soit ℓ un nombre premier, ℓ=p, et posons Λ=Qℓ ou Zℓ. On appelle RepΛ(G) la catégorie abélienne des représentations lisses de G à coefficients dans Λ et RepΛ0(G) la sous-catégorie pleine des représentations de niveau 0.
Pour Λ=Qℓ le théorème de décomposition de Bernstein nous fournit une décomposition de RepQℓ(G) en un produit de blocs (c’est à dire de sous-catégories indécomposables). Le cas Λ=Zℓ est quant à lui assez peu connu. Pour G=GLn, Vignéras a obtenu dans [Vig98] une décomposition de la catégorie RepFℓ(GLn(k)) en blocs (voir aussi les travaux de Sécherre et Stevens [SS16]). Celle-ci a permis par la suite à Helm [Hel16] d’obtenir une décomposition de RepZℓ(GLn(k)). Prenons une classe d’équivalence inertielle de paires (L,π) où L est un Levi de GLn(k) et π est une représentation supercuspidale irréductible de L sur Fℓ. Définissons alors RepZℓ(GLn(k))[L,π] la sous-catégorie pleine de RepZℓ(GLn(k)) dont les objets sont les Π tels que tous les sous-quotients simples de Π ont un "support supercuspidal inertiel mod ℓ" donné par (L,π). Les blocs de RepZℓ(GLn(k)) sont exactement les sous-catégories RepZℓ(GLn(k))[L,π].
Ces méthodes sont basées sur "l’unicité du support supercuspidal", qui est vraie pour GLn mais ne l’est pas en général. Un contre exemple dans Sp8 sur un corps fini a été trouvé récemment par Dudas puis a été relevé sur un corps p-adique par Dat dans [Dat17b].
Dans le cas du niveau 0, Dat propose (voir [Dat16]) une nouvelle construction des blocs de GLn(k) en utilisant la théorie de Deligne-Lusztig et des systèmes d’idempotents sur l’immeuble de Bruhat-Tits semi-simple (comme dans l’article de Meyer et Solleveld [MS10]). Il réinterprète également dans [Dat17a] les paramétrisations des décompositions précédentes de RepΛ(GLn(k)) en termes "duaux". Introduisons quelques notations pour un énoncé plus précis.
On suppose que G est déployé sur l’extension non-ramifiée maximale de k, c’est à dire que G est une forme intérieure d’un groupe non-ramifié. Soient Wk le groupe de Weil absolu de k et Ik le sous-groupe d’inertie. Le groupe Γ:=Gal(kˉ/k)/Ik est topologiquement engendré par le Frobenius inverse Frob. Via le choix d’un épinglage de G, le dual de G sur Qℓ, Frob induit un automorphisme que l’on nomme ϑ sur G. On note Φ(G) l’ensemble des morphismes admissibles ϕ:Wk′→LG(Qℓ) modulo les automorphismes intérieurs par des éléments de G(Qℓ), où Wk′=Wk⋉Qℓ désigne le groupe de Weil-Deligne et LG(Qℓ):=⟨ϑ⟩⋉G(Qℓ) le groupe de Langlands dual. Posons IkΛ:=Ik si Λ=Qℓ et IkΛ:=Ik(ℓ), le sous-groupe fermé maximal de Ik de pro-ordre premier à ℓ, si Λ=Zℓ. Pour I un sous-groupe de Wk, définissons Φ(I,G) l’ensemble des classes de G-conjugaison de morphismes continus I→LG(Qℓ) qui admettent une extension à un L-morphisme de Φ(G). On s’intéressera principalement à Φ(IkΛ,G). Enfin, si I contient l’inertie sauvage, posons Φm(I,G) les éléments de Φ(I,G) qui sont triviaux sur l’inertie sauvage.
Il y a alors une bijection entre les blocs de Bernstein pour GLn(k) et les éléments de Φ(Ik,GLn) ainsi qu’entre les blocs de Vignéras-Helm et Φ(Ik(ℓ),GLn), nous donnant ainsi une décomposition en blocs
[TABLE]
De plus les facteurs apparaissant dans RepΛ0(GLn(k)), la sous-catégorie de niveau 0, correspondent aux ϕ∈Φm(IkΛ,GLn).
La méthode de Vignéras ne pouvant s’appliquer dans le cas général, nous nous proposons ici de généraliser la construction de systèmes d’idempotents via la théorie de Deligne-Lusztig pour obtenir des décompositions de RepΛ0(G). Nous obtenons ainsi une décomposition analogue à celle de Dat (voir sections 3 et 4)
Théorème**.**
Soit G un groupe réductif connexe défini sur k et déployé sur une extension non-ramifiée de k. Alors la catégorie de niveau [math] se décompose en
[TABLE]
De plus, les catégories RepΛϕ(G) vérifient les propriétés suivantes :
(1)
Lien entre Zℓ et Qℓ : Soit ϕ∈Φm(Ik(ℓ),G), alors RepZℓϕ(G)∩RepQℓ(G)=∏ϕ′RepQℓϕ′(G) où le produit est pris sur les ϕ′∈Φm(Ik,G) tels que ϕ∣Ik(ℓ)′∼ϕ.
2. (2)
Représentations irréductibles de RepQℓϕ(G) : Soit π∈IrrQℓ(G). Alors π∈RepQℓϕ(G) si et seulement s’il existe T un tore maximal non-ramifié de G, ϕT∈Φm(Ik,T) et x un sommet de l’immeuble de G (sur k) qui est dans l’appartement de T (sur K) tels que
(a)
⟨πGx+,RTxGx(θT)⟩=0**
2. (b)
ι∘ϕT∼ϕ**
où ι est un plongement ι:LT↪LG, Gx∘ est le sous-groupe parahorique en x, Gx+ son pro-p-radical, Gx≃Gx∘/Gx+ le quotient réductif, Tx est le tore induit par T sur Gx, RTxGx est l’induction de Deligne-Lusztig et θT est le caractère de niveau 0 de TF correspondant à ϕT via la correspondance de Langlands pour les tores restreinte à l’inertie.
(Notons que l’on obtient également une description de RepZℓϕ(G)∩IrrQℓ(G) grâce au (1).)
3. (3)
Compatibilité à l’induction et à la restriction parabolique : Soient P un sous-groupe parabolique de G ayant pour facteur de Levi M et ι:LM↪LG un plongement.
(a)
Soit ϕM∈Φm(IkΛ,M), alors iPG(RepΛϕM(M))⊆RepΛι∘ϕM(G), où iPG désigne l’induction parabolique.
2. (b)
Soit ϕ∈Φm(IkΛ,G), alors rPG(RepΛϕ(G))⊆∏ϕMRepΛϕM(M), où rPG désigne la restriction parabolique et le produit est pris sur les ϕM∈Φm(IkΛ,M) tels que ι∘ϕM∼ϕ.
3. (c)
Soit ϕM∈Φm(IkΛ,M). Posons ϕ=ι∘ϕM∈Φm(IkΛ,G) et notons CG(ϕ) le centralisateur dans G de l’image de ϕ. Alors si CG(ϕ)⊆ι(M) le foncteur iPG réalise une équivalence de catégories entre RepΛϕM(M) et RepΛϕ(G).
On s’attend à ce que cette décomposition soit compatible à la correspondance de Langlands. Nous le vérifions dans le cas des groupes classiques.
Théorème**.**
Supposons que G est un groupe classique non-ramifié, Λ=Qℓ, k est de caractéristique nulle et de caractéristique résiduelle impaire. On obtient alors également les propriétés suivantes
(1)
Compatibilité à la correspondance de Langlands : Soient π∈IrrQℓ(G) une représentation irréductible de niveau 0 et ϕ∈Φm(Ik,G). Notons φπ le paramètre de Langlands associé à π via la correspondance de Langlands locale pour les groupes classiques (**[HT01]** **[Hen00]** **[Art13]** **[Mok15]** **[KMSW14]**). Alors
[TABLE]
2. (2)
Blocs stables : Soit ϕ∈Φm(Ik,G) tel que CG(ϕ) soit connexe. Alors RepQℓϕ(G) est un "bloc stable" (c’est-à-dire, correspond à un idempotent primitif du centre de Bernstein stable au sens de Haines **[Hai14]**).
Contrairement au cas de GLn les catégories RepΛϕ(G) ne sont pas des facteurs indécomposables en général. Dans un prochain article, en cours d’écriture, nous expliquerons comment pousser la méthode utilisée ici, pour obtenir une décomposition minimale construite à partir de systèmes d’idempotents et de la théorie de Deligne-Lusztig. Nous interpréterons également cette nouvelle décomposition à l’aide d’invariants cohomologiques.
Dans cet article nous nous limitons à l’étude de RepΛ0(G) la catégorie de niveau 0. On peut cependant espérer que les travaux menés sur la théorie des types permettront d’en déduire des résultats sur RepΛ(G). En effet Chinello montre dans [Chi17] que l’on a une équivalence de catégories entre chaque bloc de RepΛ(GLn(k)) et un bloc de niveau 0 de RepΛ0(G′) où G′ est un groupe de la forme G′=∏i=1rGLni(Di) avec pour i∈{1,⋯,r}, ni un entier et Di une algèbre à division centrale de dimension finie sur un corps p-adique. Des travaux en cours de Stevens et Kurinczuk tentent d’étendre ces résultats à un G plus général.
Cet article se compose de 4 parties. La partie 1 rappelle les résultats sur les systèmes cohérents d’idempotents. Dans la seconde partie nous expliquons comment construire des idempotents à partir de la théorie de Deligne-Lusztig. Nous associons aux paramètres de l’inertie modérés des systèmes cohérents dans la troisième partie pour obtenir la décomposition du théorème précédent. La dernière partie a pour but de montrer les propriétés des facteurs directs ainsi obtenus. Les quatre premières propriétés découlent de la construction de ces catégories et la dernière repose sur les travaux de Moeglin [Moe14], Moussaoui [Mou15], Haines [Hai14], Lust et Stevens [LS16].
Remerciements
Je tiens à remercier Jean-François Dat pour son aide précieuse concernant la rédaction de cet article.
Soit k un corps local non archimédien et f son corps résiduel. Notons q=∣f∣. On fixe une clôture algébrique k de k et on note K l’extension non-ramifiée maximale de k dans k. On appellera ok (resp. oK) l’anneau des entiers de k (resp. K). Notons également F le corps résiduel de K qui est alors une clôture algébrique de f.
On adopte les conventions d’écriture suivantes. G désignera un groupe réductif connexe défini sur k que l’on identifiera avec G(k) et l’on notera G:=G(k) et Gnr:=G(K). On appellera G son groupe dual sur Qℓ. Pour les groupes réductifs connexes sur f, nous utiliserons la police d’écriture G et l’on identifiera G avec G(F) et de même on note G:=G(f). Le groupe dual de G sur F sera noté G∗.
Si H désigne l’ensemble des points d’un groupe algébrique à valeur dans un corps alors Hss désigne l’ensemble des classes de conjugaison semi-simples dans H.
On fixe dans tout ce papier un système compatible de racines de l’unité (Q/Z)p′→∽F× et (Q/Z)p′↪Zℓ×.
Dans la suite G désignera un groupe réductif connexe défini sur k.
1. Système cohérent d’idempotents
Les diverses décompositions obtenues dans cet article sont construites à partir de systèmes cohérents d’idempotents. Cette partie à pour but de rappeler leur définition ainsi que les premières propriétés.
Soit K1 une extension non-ramifiée de k. On note BT(K1) l’immeuble de Bruhat-Tits semi-simple associé à G(K1). L’immeuble est un complexe polysimplicial et l’on note BT0(K1) pour l’ensemble des polysimplexes de dimension 0, c’est à dire les sommets. Dans la suite on utilisera des lettres latines x,y,⋯ pour parler des sommets et des lettres grecques pour parler des polysimplexes généraux σ,τ, ⋯. L’immeuble BT(K1) est partiellement ordonné par la relation d’ordre σ≤τ si σ est une facette de τ. Un ensemble de polysimplexes σ1,⋯,σk est dit adjacent s’il existe un polysimplexe σ tel que ∀i∈1,⋯,k, σi≤σ. Si x et y sont deux sommets adjacents on notera [x,y] le plus petit polysimplexe contenant x∪y. Notons également, pour σ,τ deux polysimplexes, H(σ,τ) l’enveloppe polysimpliciale de σ et τ, c’est à dire l’intersection de tous les appartements contenant σ∪τ.
Pour simplifier les notations nous noterons BT:=BT(k) et BT0:=BT0(k).
Soit R un anneau commutatif dans lequel p est inversible. On munit G d’une mesure de Haar et on note HR(G) l’algèbre de Hecke à coefficients dans R, c’est à dire l’algèbre des fonctions de G dans R localement constantes et à support compact.
1.0.1 Définition**.**
On dit qu’un système d’idempotents e=(ex)x∈BT0 de HR(G) est cohérent si les propriétés suivantes sont satisfaites :
(1)
exey=eyex lorsque x et y sont adjacents.
2. (2)
exezey=exey lorsque z∈H(x,y) et z est adjacent à x.
3. (3)
egx=gexg−1 quel que soit x∈BT0 et g∈G.
Soit RepR(G) la catégorie abélienne des représentations lisses de G à coefficients dans R. Grâce à un résultat de Meyer et Solleveld on a :
Soit e=(ex)x∈BT0 un système cohérent d’idempotents, alors la sous-catégorie pleine RepRe(G) des objets V de RepR(G) tels que V=∑x∈BT0exV est une sous-catégorie de Serre.
Soit σ∈BT. Notons Gσ le fixateur de σ. Celui-ci contient un sous-groupe appelé sous-groupe parahorique, que l’on note Gσ∘, qui est le "fixateur connexe" de σ. Enfin on note Gσ+ le pro-p-radical (pro-p-sous-groupe distingué maximal) de Gσ∘.
Si x est un sommet de l’immeuble BT alors Gx+ détermine un idempotent ex+∈HZ[1/p](Gx).
Le système d’idempotents (ex+)x∈BT0 est cohérent.
On a de plus que, pour tout polysimplexe σ, l’idempotent eσ+:=∏x∈σex+ est l’idempotent associé à Gσ+.
1.0.4 Lemme**.**
Soient x,y∈BT0 deux sommets. Alors il existe une suite de sommets x0=x,x1,⋯,xℓ=y joignant x à y, telle que pour tout i∈{0,⋯,l−1}, xi+1 est adjacent à xi et xi+1∈H(xi,y).
Démonstration.
Pour x1, il suffit de prendre un sommet dans H(x,y) qui est adjacent à x et tel que la distance de x1 à y est strictement inférieure à celle de x à y. En ré-appliquant ce résultat à x1 et y on construit x2 et ainsi de suite pour obtenir le résultat voulu par récurrence.
∎
1.0.5 Définition**.**
On dit qu’un système (eσ)σ∈BT est 0-cohérent si
(1)
egx=gexg−1 quel que soit x∈BT0 et g∈G.
2. (2)
eσ=eσ+ex=exeσ+ pour x∈BT0 et σ∈BT tels que x≤σ.
En s’inspirant de [Dat16] section 3.2.1 on montre :
1.0.6 Proposition**.**
Soit (eσ)σ∈BT un système d’idempotents 0-cohérent, alors le système d’idempotents (ex)x∈BT0 est cohérent.
On a de plus, pour x,y∈BT0, ex+ey=exey.
Démonstration.
Il ne reste à vérifier que les conditions 1. et 2. de la définition 1.0.1.
Commençons par vérifier la propriété 1. de 1.0.1:
Soient x et y deux sommets adjacents et σ le polysimplexe [x,y]. On sait déjà que ex+ey+=eσ+=eσ+eσ+. Ainsi
Examinons maintenant la propriété 2. de 1.0.1:
Soient x,y et z des sommets de BT tels que z soit dans l’enveloppe polysimpliciale de {x,y} et z adjacent à x. Par la proposition 1.0.3 on sait que ex+ey+=ex+ez+ey+. Par ce qui précède e[x,z]=exez et on a
[TABLE]
Le système d’idempotents (ex)x∈BT0 est cohérent.
Montrons maintenant que ex+ey=exey.
Si x et y sont adjacents on obtient que
[TABLE]
Dans le cas général choisissons grâce au lemme 1.0.4 une suite de sommets x0=x,x1,⋯,xℓ=y joignant x à y, telle que pour tout i∈{0,⋯,l−1}, xi+1 est adjacent à xi et xi+1∈H(xi,y). Alors
[TABLE]
(La première ligne découle de la propriété 2. de 1.0.1 appliquée aux ex+. Pour la seconde, on utilise le fait que exi+exi+1=exiexi+1 car xi et xi+1 sont adjacents. Enfin pour la dernière on applique que exiexi+1ey=exiey car xi+1 est adjacent à xi et xi+1∈H(xi,y).)
Ainsi
[TABLE]
∎
2. Construction d’idempotents
Nous expliquons ici comment construire des idempotents sur l’immeuble à partir de la théorie de Deligne-Lusztig ainsi que les conditions qu’ils doivent vérifier pour obtenir un système cohérent.
2.1. Théorie de Deligne-Lusztig
Rappelons brièvement le fonctionnement de la théorie de Deligne-Lusztig. Dans cette section les groupes algébriques considérés seront sur F et ℓ est un nombre premier différent de p.
Soit G un groupe réductif défini sur f. Soit P un sous-groupe parabolique de radical unipotent U et supposons que P contienne un Levi F-stable L. On associe alors à ces données la variété de Deligne-Lusztig YP définie par
[TABLE]
C’est une variété définie sur F avec une action à gauche de G:=GF donnée par (γ,gU)↦γgU et une action à droite de L:=LF donnée par (gU,δ)↦gδU. Le complexe cohomologique RΓc(YP,Zℓ) est alors un complexe de (Zℓ[G],Zℓ[L])-bimodules et induit deux foncteurs adjoints
[TABLE]
[TABLE]
où Db signifie "catégorie dérivée bornée".
Nous avons fixé des systèmes compatibles de racines de l’unité (Q/Z)p′⟶∽F× et (Q/Z)p′↪Zℓ×. Si T est un tore défini sur f et T∗ est son tore dual, aussi défini sur f, alors les deux applications précédentes permettent de définir une bijection T∗F→Hom(T,Zℓ×). Ainsi un élément t∈T∗F détermine un caractère t:T→Zℓ×.
Soit s une classe de conjugaison semi-simple dans G∗:=G∗F. Une représentation irréductible π∈IrrQℓ(G) appartient à la série rationnelle attachée à s s’il existe un tore F-stable T dans G, un élément t∈T∗F qui appartienne à s et un Borel B contenant T tel que π apparaisse avec une multiplicité non nulle dans [RT⊂BG(t)] (où la notation [⋅] signifie que l’on prend l’image du complexe dans le groupe de Grothendieck). On note alors E(G,s) l’ensemble des telles séries rationnelles et par es,QℓG∈Qℓ[G] l’idempotent central les sélectionnant.
2.1.1 Proposition**.**
(1)
(**[CE04]** théorème 8.23) Nous avons 1=∑ses,QℓG dans Qℓ[G].
2. (2)
(**[BR03]** théorème A’ et remarque 11.3) Si s se compose d’éléments ℓ-réguliers, alors nous avons un idempotent es,ZℓG=∑s′∽ℓses′,QℓG∈Zℓ[G], où s′∽ℓs signifie que s est la partie ℓ-régulière de s′.
Soit L un Levi F-stable de G contenu dans un parabolique P. Une classe de conjugaison t dans L∗ donne une classe de conjugaison s dans G∗. Ainsi nous avons une application φL∗,G∗ à fibres finies définie par
[TABLE]
Soit Λ=Qℓ ou Zℓ. Construisons alors un idempotent es,ΛL:=∑t∈φL∗,G∗−1(s)et,ΛL.
Dans le cas où P est lui-même F-stable, on note U le radical unipotent de P et U=UF. Notons eU:=∣U∣1∑x∈U\mathds1x l’idempotent réalisant la moyenne sur U. Alors on a
Soient G′ un autre groupe réductif défini sur f et φ:G→G′ un isomorphisme compatible avec les F-structures. Alors φ induit une bijection (voir annexe A)
[TABLE]
2.1.3 Lemme**.**
On a
[TABLE]
Démonstration.
Par construction un élément t∈T∗F appartenant à s est envoyé sur φ∗(t) appartenant à φ∗(s). Ainsi φ envoie E(G,s) sur E(G′,φ∗(s)) et on a le résultat.
∎
2.2. Construction d’idempotents sur l’immeuble
Maintenant que l’on sait fabriquer des idempotents sur les groupes finis, il nous faut les relever en des idempotents sur le groupe p-adique. On utilise pour cela le fait que les sous-groupes parahoriques Gσ∘ admettent un modèle entier et que le quotient Gσ∘/Gσ+ est alors l’ensemble des points d’un groupe réductif connexe à valeur dans un corps fini.
Soit σ un polysimplexe dans BT. D’après [Tit79] section 3.4 il existe un schéma en groupes affine lisse Gσ défini sur ok, unique à isomorphisme près, tel que
(1)
La fibre générique Gσ,k de Gσ est G
2. (2)
Pour toute extension galoisienne non-ramifiée K1 de k, Gσ(oK1) est le sous-groupe compact maximal de G(K1)σ, où σ est identifié avec son image canonique dans BT(K1).
L’application de réduction modulo p fournit un morphisme surjectif Gσ=Gσ(ok)→G~σ:=G~σF, où G~σ, la fibre spéciale de Gσ, est un groupe algébrique défini sur f. On note Gσ∘ la composante neutre de Gσ et G~σ∘ celle de G~σ. D’après [BT84] section 5.2.6, on a Gσ∘=Gσ∘(ok). D’où un morphisme surjectif Gσ∘→G~σ∘.
Notons Gσ le quotient réductif de G~σ∘. On a donc un morphisme surjectif Gσ∘→Gσ de noyau Gσ+, d’où un isomorphisme :
[TABLE]
Soit s∈(Gσ∗)ss (rappelons que Gσ∗=Gσ∗F) d’ordre inversible dans Λ, on peut alors tirer en arrière par cet isomorphisme l’idempotent es,ΛGσ en un idempotent eσs,Λ∈Λ[Gσ∘/Gσ+]⊂HΛ(Gσ).
Soit x∈BT0. Si l’on considère la sous-partie de l’immeuble constituée des polysimplexes τ tels que x≤τ alors d’après [Tit79] section 3.5.4, on obtient l’immeuble sphérique ("immeuble des sous-groupes f-paraboliques") de Gx.
Soit σ∈BT tel que x≤σ. Alors Gσ∘⊂Gx∘. On a ainsi un morphisme Gσ∘→Gx∘→Gx. Notons Pσ l’image de Gσ∘ dans Gx qui est un sous-groupe parabolique et Uσ son radical unipotent. L’image réciproque de Uσ dans Gσ∘ est Gσ+. Ceci fournit donc un isomorphisme Gσ/Gσ+≃Gσ≃Pσ/Uσ.
Considérons Mσ∗ un sous-groupe de Levi de Gx∗ relevant Gσ∗. Dans la section 2.1.1, nous avons défini une application φMσ∗,Gx∗:(Mσ∗)ss→(Gx∗)ss. Cette application est indépendante du choix du relèvement de Gσ∗ et nous définit donc une application φσ,x∗:(Gσ∗)ss→(Gx∗)ss. On définit alors pour s∈(Gx∗)ss d’ordre inversible dans Λ, l’idempotent eσs,Λ:=∑t∈φσ,x∗−1(s)eσt,Λ.
2.2.1 Proposition**.**
Soient x∈BT0, σ∈BT tel que x≤σ et s∈(Gx∗)ss d’ordre inversible dans Λ. Alors eσ+exs,Λ=exs,Λeσ+=eσs,Λ.
Démonstration.
D’après la proposition 2.1.2 on a es,ΛGxeUσ=eUσes,ΛGσ dans Λ[Gx]. Lorsque l’on tire en arrière ces idempotents par l’isomorphisme Gx∘/Gx+⟶∼Gx, on obtient dans Λ[Gx∘/Gx+] :
[TABLE]
Maintenant comme eσ+eσs,Λ=eσs,Λ et eσ+exs,Λ=exs,Λeσ+ on a le résultat.
∎
2.3. Systèmes 0-cohérents de classes de conjugaison
À partir d’un polysimplexe σ et d’une classe de conjugaison semi-simple s nous savons maintenant construire un idempotent eσs,Λ. On décrit alors dans cette partie les conditions que l’on doit imposer pour que le système d’idempotents formé à partir des eσs,Λ soit un système 0-cohérent.
Soient g∈G et σ∈BT, on a gGσ∘g−1=Ggσ∘ et gGσ+g−1=Ggσ+, d’où g(Gσ∘/Gσ+)g−1≃Ggσ∘/Ggσ+. D’après [BT84] 4.6.30, la conjugaison par g se prolonge en un isomorphisme du ok-schéma en groupes Gσ∘ sur le ok-schéma en groupes Ggσ∘ et donc induit un isomorphisme φg,σ:Gσ→∼Ggσ. On obtient alors, comme dans l’annexe A, un isomorphisme sur les classes de conjugaison semi-simples des groupes duaux
[TABLE]
Pour σ∈BT, on note
[TABLE]
2.3.1 Définition**.**
Soit S=(Sσ)σ∈BT un système d’ensembles de classes de conjugaison avec Sσ⊆(Gσ∗)ss,Λ. On dit que S est 0-cohérent si
(1)
φg,x∗(Sx)=Sgx quel que soit x∈BT0 et g∈G.
2. (2)
φσ,x∗−1(Sx)=Sσ pour x∈BT0 et σ∈BT tels que x≤σ.
Soit S=(Sσ)σ∈BT un système 0-cohérent. Soit σ∈BT, on définit alors eσS,Λ=∑s∈Sσeσs,Λ.
2.3.2 Proposition**.**
Le système (eσS,Λ)σ∈BT est 0-cohérent.
Démonstration.
Commençons par vérifier la condition 1. :
Soient x∈BT0 et g∈G. On a la commutativité du diagramme suivant
[TABLE]
Le lemme 2.1.3 nous dit que φg,x(es,ΛGx)=eφg,x∗(s),ΛGgx. Ainsi
[TABLE]
Passons maintenant à la condition 2. :
Soient x∈BT0 et σ∈BT tels que x≤σ.
[TABLE]
Par la proposition 2.2.1 on a eσ+exs,Λ=∑t∈φσ,x∗−1(s)eσt,Λ. Donc
[TABLE]
∎
On note RepΛ(G) la catégorie abélienne des représentations lisses de G à coefficients dans Λ. Notons RepΛ0(G) la sous-catégorie des représentations de niveau 0, c’est à dire la sous-catégorie découpée par le système d’idempotents (ex+)x∈BT0.
Soit S=(Sσ)σ∈BT un système 0-cohérent, il définit alors un système (eσS,Λ)σ∈BT 0-cohérent et forme donc, d’après le théorème 1.0.2, une catégorie RepΛS(G).
2.3.3 Définition**.**
Soient S1=(S1,σ)σ∈BT et S2=(S2,σ)σ∈BT deux systèmes de classes de conjugaison. On définit alors S1∪S2:=(S1,σ∪S2,σ)σ∈BT et S1∩S2:=(S1,σ∩S2,σ)σ∈BT. On dit que S2⊆S1 si pour tout σ∈BTS2,σ⊆S1,σ. Enfin, si S2⊆S1, on note S1\S2:=(S1,σ\S2,σ)σ∈BT.
2.3.4 Lemme**.**
Soient S1 et S2 deux systèmes 0-cohérents tels que S1∩S2=∅. Alors les catégories RepΛS1(G) et RepΛS2(G) sont orthogonales.
Démonstration.
Soit V un objet de RepΛS1(G). Nous devons montrer que pour tout sommet de l’immeuble x, on a exS2V=0. Fixons un tel x. Par définition V=∑y∈BT0eyS1V, donc exS2V=∑y∈BT0exS2eyS1V. Soit y∈BT0. Comme (eσS1)σ∈BT est 0-cohérent, on sait par 1.0.6 que ex+eyS1=exS1eyS1 et on a que
[TABLE]
Or si s et s′ sont deux éléments distincts de (Gx)ss d’ordre inversible dans Λ, exs,Λexs′,Λ=0 donc exS2exS1=0 et on a le résultat.
∎
2.3.5 Proposition**.**
Soient S1,⋯,Sn des systèmes 0-cohérents tels que Si∩Sj=∅ si i=j et ⋃i=1nSi=((Gσ∗)ss,Λ)σ∈BT. Alors la catégorie de niveau [math] se décompose en
[TABLE]
Démonstration.
D’après le lemme 2.3.4 nous savons déjà que les catégories RepΛSi(G) sont deux à deux orthogonales. Prenons maintenant V un objet de RepΛ0(G). Par définition, V=∑x∈BT0ex+V. Fixons un sommet x∈BT0. D’après 2.1.1, on a ex+=∑s∈(Gx)ssexs,Qℓ. Ainsi ex+=∑i=1nexSi. On en déduit que
[TABLE]
Or ∑x∈BT0exSiV est un objet de RepΛSi(G) d’après [MS10] proposition 3.2, d’où le résultat.
∎
3. Paramètres de l’inertie modérés
Dans toute cette section on suppose de plus que G est K-déployé. Cela signifie que G est une forme intérieure d’un groupe non-ramifié. On souhaite obtenir une décomposition de RepΛ0(G) indexée par les paramètres de l’inertie modérés ϕ. Pour cela on construit un procédé permettant d’associer à chaque ϕ un système de classes de conjugaison 0-cohérent.
3.1. Classes de conjugaison dans G∗
Commençons par définir les paramètres de l’inertie modérés et montrons que l’on peut décrire ceux-ci en terme de classes de conjugaison semi-simples dans G∗.
On notera Gk=Gal(k/k) le groupe de Galois absolu de k, Wk le groupe de Weil absolu de k et Ik le sous-groupe d’inertie. Le groupe Γ:=Gk/Ik est topologiquement engendré par un élément Frob dont l’inverse induit l’automorphisme x↦xq sur F. Ainsi K=kIk et k=KFrob.
L’action de Gk sur G donne une action de Γ sur G(K), complètement déterminée par un automorphisme F∈Aut(G(K)) donné par l’action de Frob. On a alors G=G(K)F.
Soit T un k-tore maximal K-déployé maximalement déployé, alors Ik agit trivialement sur X∗(T), le groupe des co-caractères de T, et l’action de Gk sur X∗(T) se factorise à travers Γ. Notons alors ϑ l’automorphisme de X∗(T) induit par F. La dualité entre X∗(T) et X∗(T) permet d’associer de façon naturelle à ϑ un automorphisme ϑ∈Aut(X∗(T)). Cet automorphisme s’étend alors alors en un automorphisme ϑ⊗1 de T(Qℓ):=X∗(T)⊗Qℓ× que nous noterons encore ϑ. Fixons un épinglage (G,B,T,{xα}α∈Δ) de G où B est un Borel contenant T. Celui-ci permet de prolonger ϑ en un automorphisme ϑ∈Aut(G).
On note Pk le groupe d’inertie sauvage, c’est à dire le pro-p sous-groupe maximal de Ik. Le groupe d’inertie modérée est le quotient Ik/Pk et le groupe de Weil modéré est le quotient Wk/Pk. On note Wk′=Wk⋉Qℓ le groupe de Weil-Deligne.
3.1.1 Définition**.**
Un morphisme φ:Wk′→LG(Qℓ):=⟨ϑ⟩⋉G(Qℓ) est dit admissible si
(1)
Le diagramme suivant commute :
[TABLE]
2. (2)
φ est continue, φ(Qℓ) est unipotent dans G(Qℓ), et φ envoie Wk sur des éléments semi-simples de LG(Qℓ) (un élément de LG(Qℓ) est semi-simple si sa projection dans ⟨ϑ⟩/n⟨ϑ⟩⋉G(Qℓ) est semi-simple, où n est l’ordre de ϑ).
On note alors Φ(G) l’ensemble des morphismes admissibles φ:Wk′→LG(Qℓ) modulo les automorphismes intérieurs par des éléments de G(Qℓ).
Soit I un sous-groupe de Wk. On note alors Φ(I,G) l’ensemble des classes de G-conjugaison des morphismes continus I→LG(Qℓ) (où Qℓ est muni de la topologie discrète) qui admettent une extension à un L-morphisme de Φ(G). Dans ce qui suit nous allons nous intéresser principalement aux paramètres de Langlands inertiels Φ(Ik,G).
3.1.2 Définition**.**
Si I contient Pk, l’inertie sauvage, on dit qu’un paramètre ϕ∈Φ(I,G) est modéré s’il est trivial sur Pk, et on note Φm(I,G) pour l’ensemble des paramètres de I modérés.
Intéressons nous à Φm(Ik,G). Comme Ik/Pk est procyclique de pro-ordre premier à p un morphisme continu Ik/Pk→G(Qℓ) est donné par le choix d’un élément s d’ordre fini premier à p. Nous avons la décomposition Wk/Pk=⟨Frob⟩⋉(Ik/Pk), où pour x∈(Ik/Pk), Frob −1x Frob=xq. Un paramètre de Langlands doit envoyer Frob sur ϑf où f est un élément semi-simple de G(Qℓ). Un tel morphisme s’étend donc à Wk/Pk si Ad(f)∘ϑ∘sq=s, où Ad(f) désigne la conjugaison par f. Ainsi à un paramètre inertiel modéré
ϕ∈Φm(Ik,G) on peut associer une classe de conjugaison semi-simple dans G(Qℓ) stable sous ϑ∘ψ où ψ est l’élévation à la puissance q-ième. On a donc une application Φm(Ik,G)→(G(Qℓ)ss)ϑ∘ψ. Or nous savons que (T(Qℓ)/W0)⟶∼G(Qℓ)ss, où W0:=N(T)/T désigne le groupe de Weyl de T, ce qui nous permet de définir l’application Φm(Ik,G)→(T(Qℓ)/W0)ϑ∘ψ. Réciproquement, prenons un élément de (T(Qℓ)/W0)ϑ∘ψ. Ceci nous fournit un élément semi-simple s tel que ϑ∘ψ(s)=w⋅s, où w∈W0. Soit f un relèvement de w, qui est alors un élément semi-simple, on a alors ϑ∘ψ(s)=Ad(f)(s), donc on obtient un ϕ∈Φm(Ik,G). Ceci nous montre que l’on a une correspondance
[TABLE]
Soit s∈(T(Qℓ)/W0)ϑ∘ψ, on peut représenter s par s=(a1,⋯,an), avec ai∈Qℓ× (T≃Gmn). Soit k∈N, par définition on a ϑk(spk)=s dans (T(Qℓ)/W0)ϑ∘ψ. Comme ϑ est d’ordre fini, disons N, spN=s dans (T(Qℓ)/W0)ϑ∘ψ. Donc il existe w∈W0 tel que (a1pN,⋯,anpN)=w⋅(a1,⋯,an). Or W0 est de cardinal fini, donc il existe k∈N∗, tel que (a1pkN,⋯,anpkN)=(a1,⋯,an). Ainsi ∀i∈{1,⋯,n}, aipkN−1=1. Les ai sont donc des racines p′-ièmes de l’unité (racines de l’unité d’ordre premier à p).
Notre groupe G étant K-déployé, il possède une forme intérieure non-ramifiée. Cette dernière permet de définir sur G∗, le groupe dual de G sur F, une f-structure (et donc un Frobenius F) en choissant un sommet hyperspécial dans l’immeuble. Le choix d’un système compatible de racines de l’unité (que l’on a fixé au début dans les notations) permet d’identifier
[TABLE]
(Nous rappelons que T désigne le dual de T sur Qℓ et T∗ celui sur F. Ainsi T(Qℓ)=X∗(T)⊗Qℓ× et T∗(F)=X∗(T)⊗F×.)
Or l’action de ϑ∘ψ sur T∗(F) correspond à l’action du Frobenius F (voir annexe B, ici ϑ=τX−1). Ainsi
[TABLE]
En résumé nous avons montré
3.1.3 Proposition**.**
La discussion précédente nous fournit une identification :
[TABLE]
Dans le but d’étudier les représentations à coefficients dans Zℓ nous avons besoin de restreindre Φm(Ik,G). Introduisons Ik(ℓ):=ker{Ik→Zℓ(1)} qui est le sous-groupe fermé maximal de Ik de pro-ordre premier à ℓ. Sous l’identification de la proposition 3.1.3, Φm(Ik(ℓ),G) correspond aux s∈(G(F)ss)F d’ordre premier à ℓ.
Pour unifier les notations, notons IkΛ qui vaut Ik si Λ=Qℓ et Ik(ℓ) si Λ=Zℓ. On obtient alors
3.1.4 Proposition**.**
L’identification de la proposition 3.1.3 se restreint en :
[TABLE]
3.2. Classes de conjugaison dans les quotients réductifs des groupes parahoriques
Nous venons de voir que l’on pouvait identifier les paramètres de l’inertie modérés avec des classes de conjugaison semi-simples dans G∗. Pour obtenir des systèmes 0-cohérents nous avons besoin de classes de conjugaison dans les quotients réductifs des groupes parahoriques. Nous construisons alors dans cette section un système d’applications compatibles ((Gσ∗)ss)F→(G∗(F)ss)F, pour σ∈BT.
Soit S un tore déployé maximal, tel que σ∈A(S,k), où A(S,k) est l’appartement associé à S dans BT. Notons T un k-tore maximal K-déployé contenant S (qui existe par [BT84] 5.1.12). De plus par [Tit79] 2.6.1 A(S,k)=BT∩A(T,K). Notons σ1 l’image canonique de σ dans BT(K).
Notons W le groupe de Weyl affine de G(K), W0=N(T)/T, le groupe de Weyl de G(K) et Wσ1 le groupe engendré par les réflexions des hyperplans contenant σ1 dans BT(K). Nous avons W=W0⋉T/∘T, où ∘T désigne le sous-groupe borné maximal de T. De plus Wσ1 est un sous-groupe de W, on a donc une application Wσ1→W→W0. Le noyau du morphisme W=W0⋉T/∘T→W0 est un groupe sans torsion. Or Wσ1 est un groupe fini donc l’application Wσ1→W0 est injective et nous permet de voir Wσ1 comme un sous-groupe de W0.
Par [Tit79] 3.4.3, Gσ1 est obtenu à partir de Gσ par changement de base. En particulier Gσ1=Gσ×fF.
Le tore S (resp. T) se prolonge en un tore de Gσ, Sσ (resp. Tσ), défini sur ok de fibre générique Sσ,k=S (resp. Tσ,k=T). Notons Sσ (resp Tσ) la fibre spéciale de Sσ (resp Tσ). Alors Tσ est un tore maximal de Gσ défini sur f. De plus on a que Tσ1=Tσ×fF.
Le groupe des caractères de Tσ1, X∗(Tσ1), est canoniquement isomorphe à X=X∗(T), on les identifiera désormais. De plus, par [Tit79] 3.5.1, le groupe de Weyl de Gσ1 associé à Tσ1 est Wσ1. L’action de Wσ1 sur X∗(Tσ1) coïncide avec l’action de l’image de Wσ1→W0 sur X∗(T).
On obtient alors :
[TABLE]
Le morphisme Wσ1→W0 induit
[TABLE]
Et de même que précédemment, on a un isomorphisme
[TABLE]
On vient donc de construire une application
[TABLE]
3.2.1 Lemme**.**
L’application ψ~σ est indépendante du choix du tore S.
Démonstration.
Soit S′ un autre tore déployé maximal tel que σ∈A(S′). Nous utiliserons la notation ’ pour les éléments se rapportant à S′.
D’après [BT84] 4.6.28, Gσ1∘ permute transitivement les appartements de BT(K) contenant σ1. Ainsi, T et T′ sont conjugués par un élément g∈Gσ1∘, c’est à dire T′=gTg−1. Comme T et T′ sont deux k-tores, g vérifie que g−1F(g)∈N(G,T), le normalisateur de T dans G. La conjugaison par g, Ad(g), induit alors un isomorphisme X⟶X′:=X∗(T′). De plus comme elle envoie A(T,K) sur A(T′,K) et que les morphismes Wσ1⟶W0 et Wσ1′⟶W0′ sont définis à partir des racines, on a le diagramme commutatif
[TABLE]
et donc le diagramme commutatif
[TABLE]
L’application Gσ1∘→Gσ envoie g sur un élément que l’on note g. De plus nous savons que l’action par conjugaison par g qui envoie X∗(Tσ) sur X∗(Tσ′) coïncide avec l’action par conjugaison par g qui envoie X sur X′.
La conjugaison par g∈Gσ d’un coté et par g∈G de l’autre, induit les deux diagrammes commutatifs suivants (lemme A.0.2) :
[TABLE]
On obtient alors que le diagramme suivant commute :
[TABLE]
Ce qui nous montre le résultat.
∎
3.3. Classes de conjugaison dans un groupe fini
La partie précédente nous fournit des classes de conjugaison semi-simples géométriques d’un groupe réductif connexe fini. Nous sommes plus intéressé par des classes de conjugaison rationnelles. On rappelle alors ici le lien entre les deux.
Dans cette sous-section G désigne un groupe réductif connexe défini sur f. Pour un élément semi-simple x∈G, on note [x] sa classe de conjugaison, [x]∈Gss.
3.3.1 Lemme**.**
Soit s∈(Gss)F. Alors il existe x∈G:=GF tel que s=[x].
Démonstration.
s=[y] avec y∈G. La classe de conjugaison s étant F-stable, il existe g∈G tel que F(y)=g−1yg. L’application de Lang, Lan:G→G définie par Lan(g)=g−1F(g) est surjective d’après [CE04] Théorème 7.1. Ainsi, il existe h∈G tel que g=h−1F(h). Alors
[TABLE]
Ainsi x=hyh−1 convient.
∎
3.3.2 Corollaire**.**
L’application Gss↠(Gss)F est surjective.
3.4. Systèmes 0-cohérents de classes de conjugaison associés aux paramètres de l’inertie modérés
On met bout à bout les résultats des sous-sections précédentes pour obtenir une application qui à un paramètre inertiel modéré associe un système de classes de conjugaison 0-cohérent.
En composant la proposition 3.3.2, l’application ψ~σ et la proposition 3.1.3, on obtient une application
[TABLE]
Soient σ,ω∈BT tels que σ≤ω. Nous avons vu que Gω est un Levi de Gσ. Ceci nous donne donc, comme dans la section 2.1.1, une application φω,σ∗:(Gω∗)ss→(Gσ∗)ss.
3.4.1 Lemme**.**
Soient σ,ω∈BT tels que σ≤ω. Alors
[TABLE]
Démonstration.
Wω1 est le groupe engendré par les réflexions des hyperplans contenant ω1 où ω1 est l’image canonique de ω dans BT(K). Or σ1≤ω1, donc un hyperplan contenant ω1 contient aussi σ1 et Wω1 est un sous-groupe de Wσ1. Ainsi le diagramme commutatif
[TABLE]
induit le diagramme commutatif
[TABLE]
D’où la commutativité de
[TABLE]
et on a le résultat voulu.
∎
Soient g∈G et σ∈BT, nous avons déjà vu (au début de la section 2.3) que la conjugaison par g induisait deux applications
[TABLE]
[TABLE]
3.4.2 Lemme**.**
Soient g∈G et σ∈BT alors
[TABLE]
Démonstration.
Soit S un tore déployé maximal tel que σ∈A(S). Alors si l’on pose S′=Ad(g)(S), S′ est un tore déployé maximal tel que gσ∈A(S′). La conjugaison par g induit un isomorphisme de X vers X′. Le lemme A.0.1 nous donne le diagramme commutatif suivant :
[TABLE]
La conjugaison par g envoie les racines affines pour S s’annulant sur σ1 sur les racines affines pour S′ s’annulant sur gσ1. On a donc le diagramme commutatif suivant
[TABLE]
et
[TABLE]
Enfin la conjugaison par g étant un isomorphisme intérieur sur G, le diagramme ci-dessous commute (lemme A.0.2)
[TABLE]
Mis bout à bout ces diagrammes donnent la commutativité de
[TABLE]
ce qui finit la preuve.
∎
Construisons maintenant un système 0-cohérent de classes de conjugaison.
3.4.3 Définition**.**
Soient ϕ∈Φm(IkΛ,G) et σ∈BT. On définit le système de classes de conjugaison Sϕ=(Sϕ,σ)σ∈BT par
[TABLE]
3.4.4 Proposition**.**
Soit ϕ∈Φm(IkΛ,G). Le système Sϕ est 0-cohérent.
Démonstration.
La condition 1. de 2.3.1 est vérifiée par 3.4.2 et la condition 2. par 3.4.1.
∎
Ainsi par la proposition 2.3.5, si l’on note RepΛϕ(G):=RepΛSϕ(G), alors
3.4.5 Théorème**.**
Soit G un groupe réductif connexe défini sur k et K-déployé. Alors la catégorie de niveau [math] se décompose en
[TABLE]
Notons que si G est quasi-déployé alors il est non-ramifié et possède donc un sommet hyperspécial o. Dans ce cas, l’application ψ~o est bijective, donc ψo est surjective et RepΛϕ(G) est non vide pour tout ϕ∈Φm(IkΛ,G). Cependant, lorsque G n’est pas quasi-déployé, les catégories RepΛϕ(G) peuvent être vides. Nous devons rajouter une condition de "relevance" pour avoir RepΛϕ(G) non vide, ce que nous détaillerons dans la partie 4.3.
4. Propriétés de RepΛϕ(G)
Fixons dans toute cette section un paramètre inertiel modéré ϕ∈Φm(IkΛ,G). Le but de cette section est d’étudier quelques propriétés vérifiées par RepΛϕ(G). Rappelons qu’à ϕ nous avons associé dans la partie 3.4 un système 0-cohérent de classes de conjugaison Sϕ, qui permet de définir eϕ=(eϕ,x)x∈BT0 un système 0-cohérent d’idempotents défini par eϕ,x=∑s∈Sϕ,xexs,Λ.
4.1. Lien entre les décompositions sur Zℓ et Qℓ
Au vu de la construction de RepΛϕ(G) il est assez simple de comprendre le lien entre Λ=Zℓ et Λ=Qℓ ce que nous faisons ici.
Considérons ici que ϕ∈Φm(Ik(ℓ),G). Soit x∈BT0 et notons Sϕ,x′ l’ensemble des s′∈(Gx∗)ss dont s la partie ℓ-régulière de s′ est dans Sϕ,x. Alors par construction, eϕ,x=∑s∈Sϕ,xexs,Zℓ=∑s′∈Sϕ,x′exs,Qℓ. Prenons s′∈(Gx∗)ss et nommons ϕ′∈Φm(Ik,G) le paramètre inertiel qui lui est associé, c’est à dire ϕ′:=ψx(s′). Soit s∈Sϕ,x (donc ψx(s)=ϕ), s est la partie ℓ-régulière de s′ si et seulement si ϕ∣Ik(ℓ)′∼ϕ. Le lien entre les décompositions sur Zℓ et Qℓ est alors clair
4.1.1 Proposition**.**
Soit ϕ∈Φm(Ik(ℓ),G), alors
[TABLE]
où le produit est pris sur les ϕ′∈Φm(Ik,G) tels que ϕ∣Ik(ℓ)′∼ϕ.
4.2. Représentations irréductibles de RepΛϕ(G)
Nous souhaitons dans cette partie décrire les représentations irréductibles qui sont dans RepΛϕ(G).
Soit T un tore maximal non-ramifié de G (T est un k-tore K-déployé maximal de G). Nommons T0 le tore de référence utilisé pour définir ϑ et G. Le tore T étant non-ramifié il existe g∈Gnr tel que Tnr=gT0nr. Dans ce cas g−1F(g)∈N(T0nr,Gnr) et définit un élément w∈W0. Ainsi LT≃⟨wϑ⟩⋉T0(Qℓ). Le choix d’un relèvement w˙∈N(T0,G) de w permet alors de définir un plongement LT↪LG par T0(Qℓ)⊆G(Qℓ) et wϑ↦(w˙,ϑ). Ce plongement dépend (même à G(Qℓ)-conjugaison près) du choix du relèvement de w. Il induit cependant une application
[TABLE]
qui elle est indépendante des choix effectués car les paramètres inertiels sont à valeurs dans T0(Qℓ) (ou G(Qℓ)).
Soit ϕT∈Φm(Ik,T). Notons X:=X∗(T). Nous avons vu dans les sections 3.2 et 3.1 que l’on a une bijection Φm(Ik,T)≃(X⊗ZF×)F. Soit x∈A(T,K)∩BT0. Nous savons que l’on a également un isomorphisme (X⊗ZF×)F≃(Tx∗)F≃Hom(TxF,Qℓ×). On associe donc à ϕT de manière bijective un caractère θT:TxF→Qℓ×, qui se relève en un caractère de niveau 0 : θT:0TF→Qℓ×. L’association qui à ϕT donne θT est alors la correspondance de Langlands locale pour les tores restreinte à l’inertie.
4.2.1 Théorème**.**
Soit π∈IrrQℓ(G). Alors π∈RepQℓϕ(G) si et seulement s’il existe T un tore maximal non-ramifié de G, ϕT∈Φm(Ik,T) et x∈A(T,K)∩BT0 tels que ι(ϕT)∼ϕ et ⟨πGx+,RTxGx(θT)⟩=0 (où πGx+ est vue comme une représentation de Gx≃Gx∘/Gx+ et RTxGx désigne l’induction de Deligne-Lusztig).
Démonstration.
Par définition de RepQℓϕ(G), comme π est une représentation irréductible, π∈RepQℓϕ(G) si et seulement s’il existe x∈BT0 tel que eϕ,xπGx+=0. Soit x∈BT0, alors par construction eϕ,xπGx+=0 est équivalent à l’existence d’une classe de conjugaison rationnelle semi-simple s∈Sϕ,x telle que es,QℓGxπGx+=0. Soit Tx un f-tore maximal de Gx tel que s∈(Tx∗)F. Relevons Tx en T un tore maximal non-ramifié de G. Nous avons que Φm(Ik,T)≃(X⊗ZF×)F≃(Tx∗)F et donc s correspond à ϕT un paramètre inertiel modéré de T. La discussion qui précède le théorème montre que s est également associé au caractère θT:TxF→Qℓ×. La section 2.1 nous dit alors que es,QℓGxπGx+=0 si et seulement si ⟨πGx+,RTxGx(θT)⟩=0.
On vient donc de montrer que π∈RepQℓϕ(G) si et seulement s’il existe T un tore maximal non-ramifié de G, x∈A(T,K)∩BT0, ϕT∈Φm(Ik,T) correspondant à s∈Sϕ,x tels que ⟨πGx+,RTxGx(θT)⟩=0. Pour achever la preuve du théorème il ne nous reste donc qu’à montrer que ϕ=ι(ϕT). Or cela découle du diagramme commutatif suivant
[TABLE]
∎
Notons que le théorème précédent n’est énoncé que pour Λ=Qℓ puisque l’on peut en déduire une description de IrrQℓ(G)∩RepZℓϕ(G) grâce à la proposition 4.1.1. Notons également que pour Λ=Zℓ, les objets simples de RepZℓϕ(G) sont
(1)
Les objets simples de caractéristique 0 qui sont les π∈IrrQℓ(G)∩RepZℓϕ(G) qui ne sont pas entières.
2. (2)
Les objets simples de caractéristique ℓ qui sont les sous-quotients simples des réductions modulo ℓ des π∈IrrQℓ(G)∩RepZℓϕ(G) qui sont entières (voir le lemme 6.8 de [Dat05], les hypothèses peuvent être supprimées ici car on est en niveau 0).
4.3. Condition de relevance
Nous avons noté précédemment que si G n’est pas quasi-déployé alors les catégories RepΛϕ(G) peuvent être vides. Nous allons montrer dans cette partie que RepΛϕ(G) est non vide si et seulement si ϕ est relevant, au sens suivant
4.3.1 Définition**.**
Soit ϕ∈Φ(IkΛ,G) un paramètre inertiel. On dit que ϕ est relevant s’il existe φ′∈Φ(G) une extension de ϕ à Wk′ qui est relevant, c’est à dire que si l’image de φ′ est contenue dans un Levi de LG alors ce dernier est relevant (au sens de [Bor79] 3.4).
Soit φ∈Φ(Wk,G) et posons ϕ:=φ∣IkΛ. Pour w∈Wk, l’action par conjugaison de φ(w) normalise ϕ(IkΛ) donc normalise également CG(ϕ)∘, le centralisateur connexe de l’image de ϕ dans G. On définit alors
[TABLE]
qui est un Levi de LG dont la partie connexe est Mφ:=CG(Z(CG(ϕ)∘)φ(Wk),∘).
4.3.2 Lemme**.**
Soit φ∈Φ(Wk,G). Alors toute extension φ′∈Φ(G) de φ à Wk′ se factorise par Mφ. De plus il existe un φ′∈Φ(G) étendant ϕ:=φ∣Ik ne se factorisant par aucun sous Levi propre de Mφ.
Démonstration.
Ici, on écrira plutôt Wk′ sous la forme Wk×SL2. On prendra garde cependant à prendre la bonne "restriction" de Wk×SL2 à Wk qui est donnée par le plongement Wk↪Wk×SL2, w↦(w,diag(∣w∣1/2,∣w∣−1/2)). Néanmoins, cela ne fait pas de différence lorsque l’on prend les restrictions à l’inertie.
Prenons φ′∈Φ(G) une extension de φ. Par définition Mφ contient φ(Wk). De plus, φ′(SL2) est contenue dans CG(ϕ)∘ donc φ′(SL2)⊆Mφ et par conséquent φ′(Wk′)⊆Mφ.
Construisons maintenant un φ′ ne se factorisant par aucun sous Levi propre de Mφ. Un Levi minimal de Mφ factorisant φ′ est obtenu en prenant le centralisateur dans Mφ d’un tore maximal de CMφ(φ′)∘. Ainsi pour prouver la propriété demandée, il nous suffit de fabriquer un φ′ tel que CMφ(φ′)∘⊆Z(Mφ).
Soit ϕ∈Φ(Ik,G). Prenons φ étendant ϕ tel que l’automorphisme semi-simple θ de conjugaison par φ(Frob) préserve un épinglage (CG(ϕ)∘,B,T,{xα}α∈Δ) de CG(ϕ)∘. On définit φ∣Wk′=φ (ici on considère la restriction naïve de Wk×SL2 à Wk) et φ∣SL2′:SL2→CG(φ)∘ le morphisme principal de SL2 à valeur dans CG(φ)∘ associé à l’épinglage choisi. Nous avons alors que CG(φ′)∘=CCG(φ)∘(φ∣SL2′)∘=Z(CG(φ)∘)∘. Pour achever la preuve il ne reste donc qu’à montrer que Z(CG(φ)∘)∘=Z(CG(ϕ)∘)φ(Wk),∘. En effet, on aura alors le résultat voulu puisque CMφ(φ′)∘⊆CG(φ′)∘=Z(CG(ϕ)∘)φ(Wk),∘⊆Z(Mφ).
Notons que CG(ϕ)=CG(φ)θ. Pour simplifier les notations on pose H=CG(ϕ). Il nous reste donc à prouver que Z(Hθ,∘)∘=Z(H∘)θ,∘. Calculons les centres ici présents. Nous avons que Z(H∘)=∩α∈Δker(α) et par conséquent Z(H∘)θ,∘=((∩α∈Δker(α))∩Tθ,∘)∘. Comme θ préserve un épinglage, on a également grâce au théorème 1.8 (v) de [DM94], Z(Hθ,∘)=∩α∈Δ/θker(α∣Tθ,∘)=∩α∈Δ/θker(α)∩Tθ,∘, d’où le résultat voulu.
∎
On appelle tore maximal de LG un sous-groupe T de LG qui se surjecte sur ⟨ϑ⟩ et dont l’intersection T∘ avec G est un tore maximal de G. Pour un tel tore, on notera T:=T∘ sa partie connexe. Nous avons la suite exacte suivante : T↪T↠⟨ϑ⟩. Le tore T agit par conjugaison sur T et donc, on en déduit une action de ⟨ϑ⟩ sur T qui nous permet de définir une k-structure sur T le dual de T. On dira qu’un tore maximal T est relevant si le plongement T↪G correspond dualement à un k-plongement T↪G. Enfin, on dira que T est elliptique dans LG si T n’est contenu dans aucun Levi propre M de LG ou de façon équivalente si Z(T)∘=Z(LG)∘.
4.3.3 Lemme**.**
Soit M un Levi de LG.
(1)
Si M contient T, un tore maximal relevant, alors M est relevant.
2. (2)
Si M est relevant et T est un tore maximal elliptique de M alors T est relevant.
Démonstration.
(1)
(Dat) Notons (M∘)ab l’abélianisé de M∘ qui est un tore. Le groupe M agit par conjugaison sur M∘ donc sur (M∘)ab. Cette action est triviale sur M∘ donc nous donne une action de ⟨ϑ⟩ sur (M∘)ab. Le plongement T∘→M∘ induit alors un morphisme ⟨ϑ⟩-équivariant T∘→(M∘)ab. On obtient ainsi dualement un k-plongement S↪T. Si T est relevant, on peut choisir un plongement T↪G rationnel, et alors CG(S) est un Levi rationnel, dual de M, qui est donc relevant.
2. (2)
Le tore T de M nous fournit dualement un plongement T↪Mqd, où Mqd est la forme quasi-déployée de M, un k-sous-groupe de Levi de G dual de M. Comme T est elliptique, le rang déployé de T est le même que celui du centre de Mqd, et par conséquent T est elliptique. Ainsi, il se plonge dans toutes les formes intérieures de Mqd (voir par exemple [Kal16] lemme 3.2.1) donc en particulier dans M et donc T est relevant.
∎
4.3.4 Lemme**.**
Soit φ∈Φ(Wk,G). Notons ϕ=φ∣Ik et posons C:=CG(ϕ)∘φ(Wk) qui est un sous-groupe de LG. Alors il existe T⊆C un sous-tore maximal de C tel que Z(T)∘=Z(C)∘.
Démonstration.
Notons θ la conjugaison par φ(Frob) qui est un automorphisme semi-simple de C:=CG(ϕ)∘. Prenons alors (T,B) une paire de Borel de CG(ϕ)∘ stable sous θ (existe par [Ste68] théorème 7.5). Nous pouvons écrire C sous la forme C:=C⋊⟨θ⟩. On forme alors T:=T⋊⟨θ⟩ qui est un tore maximal de C. Nous allons modifier T pour le rendre elliptique. Toute section η de la suite exacte NC(T)↪NC(T)↠⟨θ⟩ (la notation NC(T) signifie le normalisateur de T dans C et idem pour NC(T) avec C) nous permet de définir un tore maximal Tη par Tη:=T⋅η(⟨θ⟩). Une section η est donnée par η(θ)=nθθ où nθ∈NC(T). On prend alors pour nθ un élément de θ-coxeter, c’est à dire un élément du groupe de Weyl formé en prenant un produit de réflexions simples, une pour chaque orbite sous θ. Il découle alors du lemme 7.4 (i) de [Spr74] que le tore que l’on obtient est elliptique, ce qui achève la preuve.
∎
Rappelons nous que dans la section 4.2 nous avons fixé un tore maximal de référence T0, qui nous a permis d’associer à T, un tore maximal non-ramifié de G, un élément w∈W0, un tore LT=T0⋊⟨wϑ⟩ et un plongement ι:LT↪LG en choisissant un relèvement w˙∈N(T0,G) de w.
4.3.5 Proposition**.**
Soit ϕ∈Φm(Ik,G). Alors les propositions suivantes sont équivalentes :
(1)
ϕ* est relevant*
2. (2)
Il existe T un tore maximal non-ramifié de G et ϕT∈Φm(Ik,T) tel que ϕ∼ι∘ϕT où ι:LT↪LG
3. (3)
RepQℓϕ(G)* est non vide*
Démonstration.
L’équivalence (2)⇔(3) est donnée par le théorème 4.2.1. Montrons (1)⇔(2).
Supposons ϕ relevant. Par définition, il existe φ′:Wk′→LG relevant qui étend ϕ. Notons φ=φ∣Wk′. Alors le lemme 4.3.2 nous dit que Mφ factorise φ′ et est donc un Levi relevant. Le lemme 4.3.4 nous fournit T un tore maximal de C:=CG(ϕ)∘φ(Wk) tel que Z(T)∘=Z(C)∘. Comme C⊆Mφ on a également que T est un tore maximal de Mφ. Maintenant Z(T)∘=Z(C)∘⊆Z(Mφ)∘ et comme T est un tore maximal de Mφ on a aussi Z(Mφ)∘⊆Z(T)∘ et par conséquent Z(Mφ)∘=Z(T)∘, c’est à dire que T est un tore maximal elliptique de Mφ. Le lemme 4.3.3(2) nous dit alors que T est un tore relevant. De plus comme T⊆C, ce tore factorise ϕ et l’on a (2).
Supposons maintenant qu’il existe T⊆G un tore maximal non-ramifié de G et ϕT∈Φm(Ik,T) tel que ϕ∼ι∘ϕT. On rappelle que LT=T0⋊⟨wϑ⟩. Le paramètre ϕT se prolonge en φT∈Φ(Wk,T) et on pose φ=ι∘φT∈Φ(Wk,G) qui est une extension de ϕ à Wk. Ainsi Im(ϕ)⊆T0, donc T0⊆CG(ϕ)∘ et donc T0⊆Mϕ. Nous avons également que w˙ϑ=φ(Frob)∈Mϕ. Ainsi ι(LT)⊆Mϕ et le lemme 4.3.3(1) nous dit alors que Mϕ est relevant. De plus, le lemme 4.3.2 nous construit φ′∈Φ(G) un paramètre étendant ϕ et tel que Mφ soit un Levi minimal contenant son image. Comme Mφ est relevant, on en déduit que φ′ est relevant et donc que ϕ est relevant.
∎
4.3.6 Théorème**.**
Soit ϕ∈Φm(IkΛ,G). Alors RepΛϕ(G) est non vide si et seulement si ϕ est relevant.
Démonstration.
La proposition 4.3.5 nous donne le résultat lorsque Λ=Qℓ. Pour le cas général, notons que par la proposition 4.1.1, RepΛϕ(G) est non vide si et seulement s’il existe ϕ′∈Φm(Ik,G) tel que ϕ∣IkΛ′∼ϕ et RepΛϕ(G) est non vide, si et seulement s’il existe ϕ′∈Φm(Ik,G) relevant prolongeant ϕ, si et seulement si ϕ est relevant.
∎
4.4. Compatibilité à l’induction et à la restriction parabolique
Cette sous-partie à pour but d’étudier le comportement des catégories RepΛϕ(G) vis à vis de l’induction et de la restriction parabolique.
Jusqu’à présent, nous avons considéré l’immeuble de Bruhat-Tits semi-simple, puisque celui-ci est muni d’une structure de complexe polysimplicial. Cependant dans cette section, nous souhaitons comparer l’immeuble d’un Levi et celui de G. L’immeuble de Bruhat-Tits "étendu" semble alors plus approprié. Cela ne fait pas une grosse différence. En effet nous traitions la structure polysimpliciale de façon purement combinatoire. De plus, les idempotents eϕ,σ auraient très bien pu être définis pour un point quelconque x de l’immeuble, on aurait alors eu que eϕ,x=eϕ,σ, où σ est le plus petit polysimplexe contenant x. Ainsi, dans cette partie seulement, on utilisera l’immeuble de Bruhat-Tits "étendu", que l’on notera BTe(G).
Soit P un k-sous-groupe parabolique de G de quotient de Levi M défini sur k. Prenons S un tore déployé maximal de G contenu dans P et notons T son centralisateur dans G. Il existe alors un unique relèvement de M en un sous-groupe de G contenant T. Notons φ le système de racines de G relativement à S et φM⊆φ celui de M. L’appartement AMe(S,k) de BTe(M) relativement à S est égal à Ae:=Ae(S,k) mais en ne gardant que les murs associés aux racines affines dont la partie vectorielle est dans φM. Soit x∈A, alors Mx∘=M∩Gx∘ et Mx+=M∩Gx+ (voir [MP96] section 4.3). Rappelons que l’on a déjà défini Mx≃Mx∘/Mx+ et posons Px l’image de Px:=P∩Gx∘ dans Gx.
4.4.1 Lemme**.**
Px* est un sous-groupe parabolique de Gx de quotient de Levi Mx.*
Démonstration.
Notons φP le sous-ensemble de φ des racines α telles que P soit engendré par T et les Uα, α∈φP. Notons maintenant φx (resp. φP,x, resp. φM,x) les racines affines passant par x et dont la partie vectorielle est dans φ (resp. φP, resp. φM). Alors φx (resp. φP,x, resp. φM,x) est le système de racine de Gx (resp. Px, resp. Mx) relativement à Sx. Choisissons maintenant une forme linéaire f:X∗(S)→R telle que φP={α∈φ,f(α)≥0} et φM={α∈φ,f(α)=0}. Les sous-ensembles φP,x et φM,x vérifient alors φP,x={α∈φx,f(α)≥0} et φM,x={α∈φx,f(α)=0}, ce qui montre que Px est bien un parabolique de Gx de quotient de Levi Mx.
∎
Considérons M un dual de M sur Qℓ muni d’un plongement ι:LM↪LG (voir [Bor79] section 3.4), qui induit une application Φm(IkΛ,M)→Φm(IkΛ,G).
Commençons par vérifier la compatibilité à la restriction parabolique.
4.4.2 Théorème**.**
Soit ϕ∈Φm(IkΛ,G). Alors pour tout sous-groupe parabolique P de G ayant pour facteur de Levi M, on a
[TABLE]
où le produit est pris sur les ϕM∈Φm(IkΛ,M) tels que ι∘ϕM∼ϕ et rPG désigne la restriction parabolique.
Démonstration.
Soit V∈RepΛϕ(G). La restriction parabolique préserve le niveau donc rPG(V)∈RepΛ0(M). Il nous suffit donc de montrer que pour x∈AMe et ϕ′∈Φm(IkΛ,M) tel que ι∘ϕ′=ϕ, on a eϕ′,xrPG(V)=0.
Nous avons rPG(V)Mx+≃rPxGx(VGx+) (voir [Dat09] propositions 3.1 et 6.2), donc eϕ′,xrPG(V)Mx+≃eϕ′,xrPxGx(VGx+)≃eϕ′,xrPxGx(eι∘ϕ′,x(VGx+)) (la dernière égalité provient de 2.1.2). Or par hypothèse ι∘ϕ′=ϕ donc eι∘ϕ′,x(VGx+)=0 d’où le résultat.
∎
Passons maintenant à l’induction parabolique.
4.4.3 Théorème**.**
Soit ϕM∈Φm(IkΛ,M) et notons ϕ∈Φm(IkΛ,G) son image par Φm(IkΛ,M)→Φm(IkΛ,G). Alors pour tout sous-groupe parabolique P de G ayant pour facteur de Levi M, on a
[TABLE]
où iPG désigne l’induction parabolique.
Démonstration.
Cela découle du théorème 4.4.2 et du fait que rPG est adjoint à gauche de iPG.
∎
4.4.4 Proposition**.**
Soit ϕ∈Φm(IkΛ,G). Alors si ϕ est discret (c’est-à-dire ne se factorise pas par un Levi rationnel propre) toutes les représentations de RepΛϕ(G) sont cuspidales et toutes les représentations irréductibles de RepΛϕ(G) sont supercuspidales.
De plus, si G est quasi-déployé, on a la réciproque pour la cuspidalité, c’est à dire que ϕ est discret si et seulement si RepΛϕ(G) ne contient que des cuspidales.
Démonstration.
La cuspidalité découle immédiatement du théorème 4.4.2. Pour la supercuspidalité, remarquons que si ϕ est discret, alors le théorème 4.4.3 montre qu’une induite n’as pas de composante dans RepΛϕ(G) et donc n’a pas de sous-quotient irréductible dans RepΛϕ(G).
Maintenant si G est quasi-déployé et que ϕ n’est pas discret, alors RepΛϕ(G) contient des induites d’après le théorème 4.4.3 (nous utilisons l’hypothèse quasi-déployé pour dire que ces facteurs sont non-nuls).
∎
Si G n’est pas quasi-déployé l’équivalence peut être fausse, comme le montre l’exemple de G=D× où D est une k-algèbre à division de dimension finie. Alors toutes les représentations sont cuspidales, en particulier RepΛ1(G) ne contient que des cuspidales.
Avoir ϕ discret n’est pas une condition nécessaire pour avoir des cuspidales (supercuspidales) dans RepΛϕ(G). En effet, toute cuspidale unipotente se retrouvera dans RepΛ1(G).
Soit ϕM∈Φm(IkΛ,M) et posons ϕ=ι∘ϕM∈Φm(IkΛ,G). Nous venons de voir que iPG réalise un foncteur
[TABLE]
La catégorie RepΛϕM(M) est un facteur direct de RepΛ0(M), on a donc un foncteur eϕM:RepΛ0(M)→RepΛϕM(M). Définissons rPG,ϕM:=eϕM∘rPG, de sorte que rPG,ϕM soit un foncteur
[TABLE]
4.4.5 Lemme**.**
Le foncteur rPG,ϕM est adjoint à gauche de iPG.
Démonstration.
Soient V∈RepΛϕ(G) et W∈RepΛϕM(M). Nous savons déjà que rPG est adjoint à gauche de iPG, donc Hom(rPG(V),W)=Hom(V,iPG(W)). Maintenant RepΛϕM(M) est un facteur direct de RepΛ0(M) de sorte que Hom(rPG(V),W)=Hom(rPG,ϕM(V),W) et on a le résultat.
∎
4.4.6 Théorème**.**
Notons CG(ϕ) le centralisateur dans G de l’image de ϕ. Alors si CG(ϕ)⊆ι(M) la paire de foncteurs adjoints (iPG,rPG,ϕM) réalise une équivalence de catégories entre RepΛϕM(M) et RepΛϕ(G).
Démonstration.
Soit V∈RepΛϕM(M). Par adjonction, nous avons une application rPGiPG(V)→V. Le lemme géométrique nous dit qu’elle est surjective et que son noyau W, admet une filtration dont les composantes du gradué associé sont isomorphes à (iM∩wPM∘w∘rw−1P∩MM)(V), où w parcourt un ensemble WP de représentants particuliers dans G des doubles classes WM,0\W0/WM,0 ne contenant pas la classe triviale (WM,0 est le groupe de Weyl de M). Nous souhaitons montrer que eϕM(W)=0.
Prenons donc w∈WP et montrons que
[TABLE]
Identifions les paramètres inertiels avec des classes de conjugaison semi-simples F-stables. Ainsi ϕM correspond à s∈(Mss∗)F et on note RepΛs(M) pour RepΛϕM(M). Par le théorème 4.4.2
[TABLE]
où {s1,⋯,sn} est l’image réciproque de {s} par l’application ((w−1M∩M)ss∗)F→(Mss∗)F. Donc
où {t1,⋯,tm} est l’image de {ws1,⋯,wsn} par l’application ((M∩wM)ss∗)F→(Mss∗)F.
On veut donc montrer qu’aucun des ti n’est égal à s. Supposons le contraire et que l’on ait un i tel que ti=s. Par construction, ti est dans l’une des classes de conjugaison sur M∗ des w(sj), donc il existe g∈M∗ et j∈{1,⋯,n} tels que ti=gw(sj). De même par construction des sj, il existe h∈M∗ tel que sj=hs. Donc s=ti=gwh(s) et gwh∈CG∗(s)⊆M∗ (par hypothèse), ce qui est absurde car w∈/M∗. Ceci nous montre que eϕM(W)=0 et donc que rPG,ϕMiPG(V)→∼V est un isomorphisme.
Montrons maintenant que le foncteur rPG,ϕM est conservatif. Ceci nous permettra de conclure grâce au lemme 4.4.7 ci-dessous. Comme les catégories considérées sont abéliennes et que rPG,ϕM est exact, il nous suffit de montrer que si V=0 alors rPG,ϕM(V)=0.
Prenons donc V∈RepΛϕ(G) tel que V=0. Il existe x∈Ae tel que eϕ,xV=0. Notons s∈(Mss∗)F la classe de conjugaison semi-simple correspondant à ϕM. Comme eϕ,xV=0, il existe sx∈(Mx∗)ss dont l’image par (Mx∗)ssF→(Mss∗)F est s et telle que esx,ΛGxVGx+=0. L’hypothèse CG∗(s)⊆M∗ peut se retraduire, si l’on voit s comme un élément de T∗, de la manière suivante : si w∈W0 est tel que ws=s alors w∈WM,0. Or l’application (Mx∗)ss→(Mss∗) est définie par Tx∗/WM,x→T∗/WM,0 et comme WM,x=WM,0∩Wx on en déduit que sx vérifie les mêmes hypothèses que s, c’est à dire CGx∗(sx)⊆Mx∗.
Maintenant, nous avons vu dans la preuve du théorème 4.4.2 que
[TABLE]
En notant rPxGx,sx le foncteur esx,ΛMxrPxGx, on a
[TABLE]
Comme CGx∗(sx)⊆Mx∗ le théorème B’ de [BR03] nous dit que rPxGx,sx réalise une équivalence de catégories. En particulier il est conservatif et comme esx,ΛGx(VGx+)=0 on a
[TABLE]
et donc rPG,ϕM(V)=0 ce qui achève la preuve.
∎
4.4.7 Lemme**.**
Soient C, D deux catégories et F:C→D un foncteur. Si F est conservatif et admet un adjoint à droite (ou à gauche) pleinement fidèle, alors F réalise une équivalence de catégories.
Démonstration.
Soit G un adjoint à droite. Le cas d’un adjoint à gauche se traite de la même manière par dualité. Le foncteur G étant pleinement fidèle, le morphisme α:FG→idD est un isomorphisme naturel. Nous devons montrer que β:idC→GF est également un isomorphisme. Par les axiomes d’adjonctions, la composition
[TABLE]
est idF(x) pour tout x∈C. Comme α est déjà un isomorphisme, on en déduit que F(βx) est un isomorphisme, et donc que βx est un isomorphisme puisque F est conservatif.
∎
4.5. Compatibilité à la correspondance de Langlands
Dans cette partie nous prendrons Λ=Qℓ et k de caractéristique nulle. La correspondance de Langlands locale prédit une application à fibres finies IrrQℓ(G)→Φ(G), π↦φπ. Dans des cas où elle est connue, nous souhaitons vérifier que la décomposition du théorème 3.4.5 est bien compatible à cette dernière, c’est à dire que si π∈IrrQℓ(G) est une représentation de niveau 0 alors π∈RepQℓϕ(G) avec φπ∣Ik∼ϕ.
La correspondance de Langlands est connue dans plusieurs cas dont : les tores (prouvé par Langlands lui-même), les représentations unipotentes des groupes p-adiques adjoints ([Lus95], [Lus02]) et les groupes classiques ([HT01] [Hen00] [Art13] [Mok15] [KMSW14]). La compatibilité à la correspondance de Langlands pour les tores est contenue dans le théorème 4.2.1. Pour ce qui est des représentations unipotentes, par construction, elle appartiennent toutes à RepQℓ1(G). Par conséquent, dans cette section nous examinerons le cas des groupes classiques. Notons que G=GLn a déjà été fait dans [Dat16] section 3.2.6, on se concentrera ici sur les autres cas. Dans le but d’utiliser les résultats de [LS16], nous supposerons de plus que k est de caractéristique résiduelle impaire.
Commençons par expliquer ce que l’on entend par un groupe classique. Soit k′ une extension de degré au plus 2 de k et f′ son corps résiduel. Notons σ le générateur du groupe de Galois de k′/k et Nk′/k:k′×→k× l’application norme. Fixons un signe ε=±1 et soit (V,h) un espace k′/k-ε-hermitien non-dégénéré. Dans cette partie G:=U(V)∘ est la composante connexe du groupe des k-points du groupe réductif déterminé par (V,h), c’est à dire U(V):={g∈Autk′(V),h(gv,gw)=h(v,w) pour tout v,w∈V} et U(V)∘:={g∈U(V),Nk′/kdetk′(g)=1}.
La correspondance de Langlands pour les groupes classiques (restreinte à Wk) est compatible à l’induction parabolique (voir [Mou15] théorème 4.9). Il en est de même pour RepQℓϕ(G) d’après la section 4.4. Nous pouvons ainsi nous restreindre ici aux représentations irréductibles cuspidales. On pose A(G) l’ensemble des classes d’équivalence des représentations irréductibles cuspidales de G et A[0](G) le sous-ensemble des représentations de niveau 0. Soit ρ une représentation irréductible cuspidale de GLn(k′). On définit la représentation ρσ de GLn(k′) par ρσ(g)=ρ(tσ(g−1)), où tg désigne la transposée de g. On dit alors que ρ est auto-duale si ρσ≃ρ et on pose Anσ(k′) l’ensemble des représentations irréductibles cuspidales auto-duales de GLn(k′), Aσ(k′):=∪n≥1Anσ(k′) et A[0]σ(k′) le sous-ensemble de Aσ(k′) composé des représentations de niveau 0.
Notons H=H−⊕H+ le plan hyperbolique, c’est à dire, H± est un k′-espace vectoriel de dimension 1 de base e± et H est muni de la forme hH donnée par hH(λ−e−+λ+e+,μ−e−+μ+e+)=λ−σ(μ+)+ελ+σ(μ−). Pour un entier n≥0, on pose Vn:=V⊕nH muni de la forme hn:=h⊕hH⊕⋯⊕hH et Gn:=U(Vn)∘. Le stabilisateur dans Gn de la décomposition Vn=nH−⊕V⊕nH+ est un sous-groupe de Levi Mn de Gn et l’on a un isomorphisme Mn≃GLn(k′)×G. Le stabilisateur de nH− est quand à lui un sous-groupe parabolique Pn de Gn de facteur de Levi Mn. Ainsi si ρ∈Anσ(k′) et π∈A(G), on peut former ρ⊗π que l’on considère comme une représentation de Mn. Définissons pour s∈C, I(ρ,π,s):=iPnGnρ∣det(⋅)∣k′s⊗π.
Si I(ρ,π,s) est réductible pour un certain s∈R alors il existe un unique réel positif sπ(ρ) tel que, I(ρ,π,s) est réductible si et seulement si s=±sπ(ρ).
Si I(ρ,π,s) est irréductible pour tout s∈R, on pose alors sπ(ρ)=0. Définissons alors l’ensemble de Jordans Jord(π) par
[TABLE]
Rappelons que comme G est un groupe classique on a la correspondance de Langlands locale, IrrQℓ(G)→Φ(G), π↦φπ. Jusqu’à présent nos paramètres de Langlands φ∈Φ(G) étaient de la forme φ:Wk′→LG(Qℓ) avec Wk′=Wk⋉Qℓ. Dans cette section seulement, on considére une autre version du groupe de Weil-Deligne : Wk′≃Wk×SL2(Qℓ). Ainsi les paramètres de Langlands sont de la forme φ:Wk×SL2(Qℓ)→LG. Notons NG la dimension de l’espace vectoriel sur lequel agit naturellement G. Alors si φ:Wk×SL2(Qℓ)→LG est un paramètre de Langlands, on notera φ~:Wk′×SL2(Qℓ)→GLNG(Qℓ) l’application obtenue en restreignant φ à Wk′ et en la composant avec G↪GLNG(Qℓ). Il est attendu (et connu au moins dans le cas où G est quasi-déployé, voir par exemple [Moe14]) que le paramètre φ~π soit décrit grâce à l’ensemble de Jordan Jord(π) de la façon suivante
Si G est un groupe classique quasi-déployé et π∈A(G), on a
[TABLE]
où φρ est la représentation irréductible de Wk′ correspondant à ρ via la correspondance de Langlands locale pour GLn et stm est la représentation irréductible m-dimensionnelle de SL2(Qℓ).
Le résultat précédent étant connu dans le cas où G est quasi-déployé et le théorème 3.4.5 nécessitant l’hypothèse K-déployé, nous nous limiterons ici au cas où G est un groupe classique non-ramifié, c’est à dire un groupe spécial orthogonal impair SO2n+1, un groupe spécial orthogonal pair SO2n (groupe spécial orthogonal déployé) ou SO2n∗ (groupe spécial orthogonal quasi-déployé associé à une extension quadratique non-ramifiée k′/k), un groupe symplectique Sp2n ou un groupe unitaire Un(k′/k) où k′ est une extension non-ramifiée de k.
Pour comprendre φπ nous avons donc besoin de comprendre Jord(π) et en particulier sπ(ρ). Nous allons pour cela nous appuyer sur les résultats obtenus dans [LS16].
Soit π∈A[0](G). Il existe alors x∈BT0 et s∈(Gx∗)ss tels que es,QℓGxπGx+. Comme nous sommes dans le cas où G est un groupe classique, le groupe Gx se décompose en un produit de deux groupes Gx≃Gx,1×Gx,2, où les Gx,i sont des groupes classiques (voir par exemple [LS16] section 2). Ainsi s correspond via cet isomorphisme à (s1,s2) où si∈(Gx,i∗)ss. Soit P∈f′[X] un polynôme unitaire. Désignons par τ le générateur du groupe de Galois Gal(f′/f). On définit Pτ(X):=τ(P(0))−1Xdeg(P)τ(P)(1/X) et on dit que P est auto-dual si P=Pτ. Le polynôme caractéristique Psi de si est alors un polynôme unitaire auto-dual et on l’écrit (comme dans [LS16] section 7) Psi(X)=∏PP(X)aP(i), où le produit est pris sur l’ensemble des polynômes unitaires irréductibles auto-duaux sur f′ (une telle écriture est possible car la série de Deligne-Lusztig associée à si contient une représentation cuspidale et que si Psi contenait un facteur de la forme P(X)Pτ(X) avec P irreductible et P=Pτ alors le centralisateur de si dans (Gx,i∗)ss serait contenu dans un Levi rationnel propre).
Soit ρ une représentation irréductible cuspidale auto-duale de niveau zero d’un certain GLn(k′). Notons G′=GLn(k′). Comme précédemment nous avons l’existence d’un y∈BT0(G′,k′) et d’une classe de conjugaison semi-simple sρ∈(Gy′∗)ss telle que esρ,QℓGy′ρGy′+. Notons qu’ici Gy′∗≃GLn(f′). Associons de même à sρ son polynôme caractéristique Q qui est un polynôme unitaire irréductible auto-dual de degré n.
Notons ρ′∈Anσ(k′) l’unique (à équivalence près) twist non-ramifié (non-équivalent) de ρ qui est auto-dual. Alors pour G un groupe classique non-ramifié, on a
[TABLE]
sauf si G=Sp2n et Q(X)=X−1 où dans ce cas on a
[TABLE]
Les résultats dans [LS16] sont exprimés en termes de polynômes auto-duaux. Nous nous utilisons plutôt des classes de conjugaisons semi-simples. Nous souhaitons donc faire le lien entre les deux.
Soit H un groupe du type GLn, Sp2n, SO2n+1 ou SO2n sur F. On considère son plongement naturel H⊆GLN où N est en entier naturel (N=n pour GLn, N=2n+1 pour SO2n+1 et N=2n pour Sp2n ou SO2n). Soit s∈Hss une classe de conjugaison semi-simple. Celle-ci donne lieu à une classe de conjugaison semi-simple de GLN et l’on peut considérer P son polynôme caractéristique.
4.5.4 Lemme**.**
Une classe de conjugaison géométrique semi-simple s∈Hss est caractérisée par son polynôme caractéristique P.
Démonstration.
Traitons H=Sp2n, les autres cas étant similaires. On a donc N=2n. Soit T le tore déployé de Sp2n, c’est à dire T=Diag(a1,⋯,an,an−1,⋯,a1−1), ai∈F. Nous pouvons supposer que s∈T et donc écrire s=(a1,⋯,a2n) avec an+i=an−i+1−1 pour 1≤i≤n. Prenons s′=(b1,⋯,b2n)∈T une autre classe de conjugaison semi-simple géométrique de H ayant pour polynôme caractéristique P. Nous souhaitons donc montrer que s et s′ sont conjuguées dans H. Comme ce sont deux éléments de T cela est équivalent au fait qu’il existe w∈WH0, le groupe de Weyl de H, tel que w⋅s′=s. Rappelons que WH0≃Sn⋉(Z/2Z)n. Comme s et s′ ont même polynôme caractéristique, il existe une permutation σ∈S2n telle que bi=aσ(i). Comme s∈T, {aσ(1),⋯,aσ(2n)}={a1±,⋯,an±} (comptés avec multiplicités), donc il existe i∈{1,⋯,n} tel que aσ(1)=ai±. Posons τ(1)=i. Comme s′∈T, aσ(2n)=b2n=b1−1=aσ(1)−1, donc {aσ(2),⋯,aσ(2n−1)}={ai±,1≤i≤n,i=τ(1)}. On construit donc par récurrence une permutation τ∈Sn telle que aσ(i)=aτ(i)±, pour 1≤i≤n. Dit autrement, on vient de fabriquer un élément w∈WH0≃Sn⋉(Z/2Z)n tel que bi=aσ(i)=w⋅ai, donc tel que s′=w⋅s ce qui achève la preuve.
∎
Soit x∈BT0 et s∈(Gx∗)ss. La classe de conjugaison s correspond comme précédemment à (s1,s2), si∈(Gx,i∗)ss qui ont pour polynômes caractéristiques Ps1 et Ps2. Dans la section 3.2 on a construit une application ψ~x:((Gx∗)ss)F→(G∗(F)ss)F. Nommons s~:=ψ~x(s) l’image de s par cette application.
4.5.5 Lemme**.**
Notons Ps~ le polynôme caractéristique de s~ alors on a :
(1)
Si G=Sp2n : Ps~(X)=Ps1(X)Ps2(X)
2. (2)
Si G=Sp2n : Ps~(X)=Ps1(X)Ps2(X)/(X−1)
Démonstration.
Traitons par exemple le cas où G=Sp2n est un groupe symplectique. Dans ce cas Gxi=Sp2ni(f) (avec n1+n2=n). On a G∗=SO2n+1 et Gxi∗=SO2ni+1. Notons T∗ le tore déployé de G∗ et Ti∗ celui de Gxi∗. On peut alors considérer que s~∈G∗, si∈Ti∗ et donc écrire
[TABLE]
On obtient alors que
[TABLE]
d’où le résultat. On fait de même avec les autres cas.
∎
4.5.6 Théorème**.**
Supposons que G est un groupe classique non-ramifié, k de caractéristique nulle et p=2. Soient π∈IrrQℓ(G) une représentation de niveau 0 et ϕ∈Φm(Ik,G) tel que π∈RepQℓϕ(G). Notons φπ le paramètre de Langlands associé à π via la correspondance de Langlands locale pour les groupes classiques. Alors φπ∣Ik∼ϕ.
Démonstration.
La section 4.4 permet de nous ramener au cas où π est cuspidale. Le théorème 4.5.2 nous dit alors φ~π=⨁(ρ,m)∈Jord(π)φρ⊗stm donc φ~π∣Ik=⨁(ρ,m)∈Jord(π)mφρ∣Ik. Comme ∑m,(ρ,m)∈Jord(π)m=⌊sπ(ρ)2⌋ (où ⌊⋅⌋ désigne la partie entière inférieure) on obtient φ~π∣Ik=⨁ρ∈A[0]σ(k)⌊sπ(ρ)2⌋φρ∣Ik. Notons [ρ] la classe d’inertie de ρ de sorte que [ρ]∩Aσ(k′)={ρ,ρ′}. Les deux paramètres de Langlands φρ et φρ′ ont la même restriction à l’inertie donc φ~π∣Ik=⨁[ρ](⌊sπ(ρ)2⌋+⌊sπ(ρ′)2⌋)φρ∣Ik. Notons t∈(Gss∗)F la classe de conjugaison semi-simple associée à φπ∣Ik.
Reprenons les notations précédentes, π nous fournit un x∈BT0 et un s∈(Gx∗)ss correspondant à (s1,s2), si∈(Gx,i∗)ss. On définit également s~∈(Gss∗)F par s~:=ψ~x(s). Par définition s~ est la classe de conjugaison semi-simple F-stable associée à ϕ. Il nous faut donc montrer que t=s~. Le lemme 4.5.4 nous dit qu’il suffit de montrer que Pt=Ps~ où Pt et Ps~ sont les polynômes caractéristiques de t et s~.
Si ρ∈A[0]σ(k), on a vu qu’on pouvait lui associer une classe de conjugaison semi-simple sρ et l’on note Q son polynôme caractéristique. La compatibilité à Langlands dans le cas G=GLn, démontré dans [Dat16] section 3.2.6, montre que Q est bien le polynôme caractéristique de la classe de conjugaison semi-simple F-stable associée à φρ∣Ik.
Le théorème 4.5.3 et le lemme 4.5.5 permettent alors de conclure. Traitons par exemple la cas G=Sp2n. Nous avons φ~π∣Ik=⨁[ρ](⌊sπ(ρ)2⌋+⌊sπ(ρ′)2⌋)φρ∣Ik. Le théorème 4.5.3 nous donne alors ⌊sπ(ρ)2⌋+⌊sπ(ρ′)2⌋=aQ(1)+aQ(2) si Q(X)=X−1 et ⌊sπ(ρ)2⌋+⌊sπ(ρ′)2⌋=a(X−1)(1)+a(X−1)(2)−1 si Q(X)=X−1. Donc
[TABLE]
Le lemme 4.5.5 montre alors que Pt=Ps~ qui est le résultat recherché.
∎
Le théorème de décomposition de Bernstein fournit une partition des irréductibles IrrQℓ(G)=⊔s∈B(G)Irrs(G), où B(G) désigne l’ensemble des classes d’inertie de données cuspidales. En supposant vraie la correspondance de Langlands locale, on obtient une autre partition IrrQℓ(G)=⊔φ∈Φ(G)Πφ, où Πφ est le L-paquet associé au paramètre φ. Haines introduit dans [Hai14] la notion de "centre de Bernstein stable" qui permet de comparer ces deux décompositions.
Soit λ∈Φ(Wk,G) et i sa classe d’inertie (on rappelle la définition de l’équivalence inertielle de Haines en C.0.1). On définit un paquet inertiel par
[TABLE]
Supposons que l’on ait la correspondance de Langlands locale pour G ainsi que ses sous-groupes de Levi, la compatibilité à l’induction parabolique et à certains isomorphismes (voir [Hai14] définition 5.2.1 pour plus de détails). Alors on peut définir une application Li qui à une classe d’inertie de données cuspidales s=[L,σ]∈B(G) associe Li(s) la classe d’inertie du paramètre de Weil φσ∣Wk. Les paquets inertiels permettent de comparer les décompositions IrrQℓ(G)=⊔s∈B(G)Irrs(G)=⊔φ∈Φ(G)Πφ :
Soient G un groupe classique déployé et i une classe d’inertie de paramètres de Weil. Alors
[TABLE]
Revenons à l’étude de RepQℓϕ(G).
4.5.8 Théorème**.**
Soient G un groupe classique non-ramifié, k de caractéristique nulle, p=2 et ϕ∈Φm(Ik,G) un paramètre inertiel modéré. Alors si CG(ϕ), le centralisateur de ϕ(Ik) dans G, est connexe
[TABLE]
où i est la classe d’inertie formée des paramètres de Weil qui étendent ϕ.
Dit autrement, RepQℓϕ(G) est un "bloc stable" (c’est-à-dire, correspond à un idempotent primitif du centre de Bernstein stable au sens de Haines [Hai14]).
Démonstration.
La proposition C.0.2 montre que si CG(ϕ) est connexe, alors l’ensemble des λ∈Φ(Wk,G) tels que λ∣Ik∼ϕ forme une classe d’équivalence inertielle. De plus, le théorème 4.5.6 montre que la construction de RepQℓϕ est compatible avec la correspondance de Langlands, d’où le résultat.
∎
Lorsque CG(ϕ) n’est pas connexe, RepQℓϕ(G) est une somme de "blocs stables". Nous expliquerons dans un prochain article comment décomposer naturellement la catégorie RepQℓϕ(G) en "blocs stables".
Annexe A Rappels sur le groupe dual
Soient Ω un corps algébriquement clos et G, G′ deux groupes réductifs définis sur Ω. Prenons φ:G→G′ un isomorphisme. Choisissons T un tore maximal de G et notons T′=φ(T) qui est un tore maximal de G′. On associe à G et T une donnée radicielle ϕ(G,T)=(X,X∨,ϕ,ϕ∨) où X=X∗(T) est le groupe des caractère de T, X∨=X∗(T) est le groupe des co-caractères, ϕ est l’ensemble des racines et ϕ∨ l’ensemble des co-racines. À partir de ϕ(G,T) on forme la donnée radicielle duale ϕ(G,T) définie par ϕ(G,T)=(X∨,X,ϕ∨,ϕ). D’après [Spr79] théorème 2.9 nous savons qu’il existe un groupe réductif G et un tore T tel que ϕ(G,T)=ϕ(G,T). De façon analogue il existe G′ et T′ tel que ϕ(G′,T′)=ϕ(G′,T′).
L’isomorphisme φ:G→G′ induit un isomorphisme f(φ):ϕ(G′,T′)→ϕ(G,T). Nous avons alors aussi l’isogénie tf(φ):ϕ(G′,T′)→ϕ(G,T), c’est à dire tf(φ):ϕ(G′,T′)→ϕ(G,T). Le théorème 2.9 de [Spr79] nous dit également qu’il existe un isomorphisme φ:G′→G qui envoie T′ sur T et tel que f(φ)=tf(φ). Ce φ n’est pas unique et deux tels φ diffèrent par un automorphisme Int(t^′) où t^′∈T′.
Nous savons que T≃X∗(T)⊗ZΩ×=X⊗ZΩ× et de même T′≃X′⊗ZΩ×. Par définition de φ, le morphisme φ:T′→T est donné par f(φ)⊗id:X′⊗ZΩ×→X⊗ZΩ×. Nous avons donc le diagramme commutatif suivant :
[TABLE]
φ est défini à conjugaison intérieure près, ainsi si l’on passe aux classes de conjugaison celui ci est bien défini. De plus on sait que Gss≃(T/W) où W est le groupe de Weyl de G relativement à T. Ainsi on obtient
A.0.1 Lemme**.**
Avec les notations précédentes on a un diagramme commutatif
[TABLE]
Si maintenant on prend G′=G et φ∈Aut(G). Nous pouvons identifier de manière canonique Gss et Gss′ de la façon suivante. Il existe un g∈G tel que T′=Ad(g)(T). L’automorphisme Ad(g) induit donc un isomorphisme f de X′ dans X et un isomorphisme canonique
[TABLE]
(comme on a quotienté par le groupe de Weyl, f⊗id ne dépend pas du choix de g).
Le lemme A.0.1 nous fournit un isomorphisme canonique fss entre Gss et Gss′. Via cette identification, l’automorphisme φ donne lieu à un isomorphisme φss∈Aut(Gss). Ce dernier est défini par le diagramme commutatif suivant
[TABLE]
Il correspond donc à l’automorphisme de X : f∘f(φ). Une autre façon de voir les choses est la suivante :
Fixons un épinglage (G,B,T,{uα}α∈Δ). On a alors une suite exacte scindée
[TABLE]
L’automorphisme f∘f(φ) correspond à l’image de φ par l’application Aut(G)⟶Out(G). Son image par Out(G)→Out(G) est t(f∘f(φ)). On peut donc prendre pour φ l’image de t(f∘f(φ)) par Out(G)→Aut(G). L’automorphisme φss recherché est alors l’application induite par φ sur les classes de conjugaison semi-simples.
A.0.2 Lemme**.**
On a un diagramme commutatif
[TABLE]
où φ est l’image de φ par l’application Aut(G)→Out(G)→Out(G)→Aut(G). En particulier, si φ∈Int(G), φss=id.
Annexe B Rappels sur le Frobenius
Soit G un groupe réductif connexe défini sur F. Une structure sur f donne lieu à un endomorphisme de Frobenius noté F:G→G, tel que les f-points de G soient G:=GF=G(f). Celui-ci est défini de la manière suivante :
G possède une f-structure si et seulement si son algèbre des fonctions, que l’on note A, vérifie A=A0⊗fF où A0 est une f-algèbre. L’endomorphisme de Frobenius F:G→G est alors défini par son co-morphisme F∗∈End(A0⊗fF) qui a x⊗λ associe xq⊗λ.
Le groupe de Galois Gal(F/f) agit également sur A0⊗fF par x⊗λ↦x⊗λq et donc induit une action que l’on note τ sur G.
Nous avons besoin de comprendre un peu plus en détail comment ces deux actions agissent lorsque G=T est un tore défini sur f. Notons X=X∗(T)=Hom(T,Gm) le groupe des caractères de T. On a X≃Homalg−Hopf(F[t,t−1],A) et donc τ et F se prolongent en des actions sur X. Notons τX l’action de τ induit sur X.
Soit α∈X et calculons τX⋅F⋅α.
[TABLE]
On voit donc que τX⋅F⋅α=αq. Notons ψ l’élévation à la puissance q. Comme T≃Hom(X,F×), ces actions se transfèrent en des actions sur T. A quoi correspond ψ? Prenons u:X→F× alors
[TABLE]
Donc ψ agit comme l’élévation à la puissance q sur T. Finalement on trouve que l’action de F sur T est donnée par F=τX−1∘ψ.
Annexe C Équivalence inertielle pour les paramètres de Langlands
Nous rappelons dans cette section la définition de classe inertielle introduite par Haines dans [Hai14]. Nous montrons également une proposition, utile pour le théorème 4.5.8, qui relie une classe inertielle aux paramètres de l’inertie.
Soit G un groupe réductif connexe défini sur k un corps p-adique. On considère ici des représentations à coefficients complexes.
Commençons par rappeler la notion de parabolique standard et de Levi standard de LG, définis dans [Bor79] paragraphes 3.3 et 3.4. Fixons des données T0⊆B0⊆G, composées d’un tore maximal et d’un Borel, stables sous l’action du groupe de Galois. On dit alors qu’un sous-groupe parabolique P de LG est standard si P⊇LB0. Sa composante neutre P∘:=P∩G est alors un sous-groupe parabolique standard de G contenant B0 et on a P=P∘⋊Wk. Soit M∘ l’unique Levi de P∘ contenant T0. Alors M:=NP(M∘) est un sous-groupe de Levi de P et M=M∘⋊Wk. Les sous-groupes de Levi de LG construits de cette manière sont appelés standards. Tout sous-groupe de Levi de LG est G-conjugué à un Levi standard, et pour M un Levi standard de LG, on note {M} l’ensemble des sous-groupes de Levi standards qui sont G-conjugués à M.
Soit λ:Wk→LG un morphisme admissible. L’image de λ est alors contenue dans un Levi minimal de LG, bien défini à conjugaison par un élément de CG(λ)∘, où CG(λ) désigne le centralisateur de λ(Wk) dans G (voir [Bor79] proposition 3.6). Notons (λ)G la classe de G-conjugaison de λ. Alors λ donne lieu à une unique classe de Levi standards {Mλ} telle qu’il existe λ+∈(λ)G dont l’image est contenue minimalement dans Mλ, pour un Mλ dans cette classe.
Soient λ1,λ2:Wk→LG deux paramètres admissibles. On dit que λ1 et λ2 sont inertiellement équivalents si
(1)
{Mλ1}={Mλ2}
2. (2)
il existe M∈{Mλ1}, λ1+∈(λ1)G et λ2+∈(λ2)G dont les images sont minimalement contenues dans M, et z∈H1(⟨ϑ⟩,(Z(M∘)Ik)∘) vérifiant
[TABLE]
C.0.2 Proposition**.**
Soit ϕ∈Φ(Ik,G) tel que CG(ϕ), le centralisateur de ϕ(Ik) dans G, est connexe. Alors l’ensemble des λ∈Φ(Wk,G) tels que λ∣Ik∼ϕ forme une classe d’équivalence inertielle.
Démonstration.
Remarquons tout d’abord que deux paramètres admissibles de Wk inertiellement équivalents ont des restrictions à l’inertie conjuguées. Prenons donc deux paramètres admissibles λ1,λ2:Wk→LG tels que λ1∣Ik∼λ2∣Ik∼ϕ et montrons qu’ils sont inertiellement équivalents. Quitte à conjuguer par G, on peut supposer que λ1∣Ik=λ2∣Ik=ϕ. Fixons (T,B) une paire constituée d’un tore maximal et d’un Borel de CG(ϕ).
Comme λ1∣Ik=ϕ, pour w∈Wk, λ1(w) normalise ϕ(Ik) donc normalise également CG(ϕ). En faisant agir w par conjugaison par λ1(w) on obtient une action Adλ1:Wk/Ik→Aut(CG(ϕ)). La conjugaison par λ1(Frob), Adλ1(Frob) est donc un automorphisme semi-simple de CG(ϕ), que l’on notera θλ1. Par le théorème 7.5 de [Ste68] il existe une paire (T1,B1) constituée d’un tore maximal et d’un Borel de CG(ϕ) tous les deux θλ1-stables. Quitte à conjuguer λ1 par un élément de CG(ϕ), on peut supposer que (T1,B1)=(T,B), c’est à dire que T et B sont θλ1-stables. On fait de même pour λ2 et donc T et B sont également θλ2-stables.
Posons Mλ1:=CLG([Tθλ1]∘). Comme (Tθλ1)∘ est un tore maximal de CG(λ1)∘ ([DM94] théorème 1.8 (iii)), Mλ1 est un Levi minimal contenant l’image de λ1 ([Bor79] proposition 3.6). Adoptons les même notations pour λ2.
Écrivons pour w∈Wk, λ2(w)=η(w)λ1(w) avec η(w)∈G. Alors η est un cocycle à valeurs dans CG(ϕ) pour l’action Adλ1, c’est-à-dire η∈ZAdλ11(Wk/Ik,CG(ϕ)). Comme la paire (T,B) est à la fois θλ1-stable et θλ2-stable, η(Frob) est dans le normalisateur dans CG(ϕ) de la paire (T,B) qui est égal à T. Puisque η(Frob)∈T, on a en particulier que Tθλ1=Tθλ2 et donc Mλ1=Mλ2. Notons maintenant M:=Mλ1=Mλ2.
La suite exacte 1→M∘→M→⟨ϑ⟩→1 et le choix d’une section permettent de définir une action de ⟨ϑ⟩ sur M∘. Par conjugaison, elle induit une action de ⟨ϑ⟩ sur Z(M∘) qui est alors indépendante du choix de la section. On a donc une action canonique de ⟨ϑ⟩ sur Z(M∘).
On aurait pu conjuguer ϕ dès le départ pour avoir M standard. Il nous suffit donc pour montrer que λ1 et λ2 sont inertiellement équivalents de montrer l’existence d’un z∈H1(⟨ϑ⟩,(Z(M∘)Ik)∘) tel que (zλ1)M∘=(λ2)M∘. Soit t∈T, alors tλ2=η′λ1 avec η′=t−1ηAdλ1(t). Ainsi, pour finir la preuve de la proposition, il nous suffit de montrer qu’il existe t∈T tel que t−1η(Frob)θλ1(t)∈(Z(M∘)Ik)∘. Or comme (Tθλ1)∘⊆(Z(M∘)Ik)∘ cela découle du lemme C.0.3 ci-dessous. Pour pouvoir appliquer ce dernier, il nous reste à vérifier que θλ1 induit un automorphisme d’ordre fini sur X∗(T). Par dualité, il suffit de vérifier que θλ1 a une action d’ordre fini sur le groupe des caractère X∗(T). Pour cela nous allons montrer la finitude de l’action de θλ1 sur Q, le réseau engendré par les racines, puis sur le centre Z(CG(ϕ)). Comme le groupe des caractères de Z(CG(ϕ)) est X∗(T)/Q ([Spr79] 2.15), on en déduit la finitude de l’action sur X∗(T).
L’automorphisme θλ1 de CG(ϕ) stabilise T, donc agit sur l’ensemble des racines de CG(ϕ) par rapport à T. Cet ensemble étant fini, cette action est également d’ordre fini. Il nous reste à étudier l’action de θλ1 sur Z(CG(ϕ)) le centre de CG(ϕ). D’après [Dat17a] lemme 2.1.1, il existe n∈N∗ et λ:Wk→LG une extension de ϕ telle que λ(nFrob)=(1,nϑ). En particulier θλ a une action d’ordre fini sur Z(CG(ϕ)). Or nous avons vu que deux paramètres de Wk qui étendent ϕ diffèrent par un cocycle à valeur dans CG(ϕ), donc l’action sur le centre Z(CG(ϕ)) est indépendante du choix de l’extension de ϕ. Par conséquent θλ1 a une action d’ordre fini sur le centre et on a le résultat.
∎
C.0.3 Lemme**.**
Soient T un tore sur C et θ∈Aut(T). On note X∗:=X∗(T) l’ensemble des co-caractères et on suppose que θ induit un automorphisme d’ordre fini sur X∗. Posons Lθ l’application Lθ:T→T, t↦t−1θ(t). Alors T=Lθ(T)⋅(Tθ)∘.
Démonstration.
Le groupe des co-caractères de (Tθ)∘ vaut X∗((Tθ)∘)=X∗θ.
On définit LθX:X∗→X∗ par LθX(λ)=λ−θ(λ). Alors X∗(Lθ(T))⊇Im(LθX) .
Posons X∗,Q:=X∗⊗Q et de même Lθ,QX:X∗,Q→X∗,Q. Comme θ est d’ordre fini, θ est un endormorphisme semi-simple du Q-espace vectoriel X∗,Q. Ainsi, on a la décomposition X∗,Q=X∗,Qθ⊕Im(Lθ,QX). On en déduit que X∗θ+Im(LθX) est d’indice fini dans X∗ et donc, comme C∗ est divisible, que l’application (X∗θ⊗C∗)×(Im(LθX)⊗C∗)→X∗⊗C∗ est surjective. En particulier l’application (X∗((Tθ)∘)⊗C∗)×(X∗(Lθ(T))⊗C∗)→X∗⊗C∗ est surjective, d’où le résultat.
∎
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