$(\varphi, \Gamma)$-modules de de Rham et fonctions $L$ $p$-adiques
Joaquin Rodrigues Jacinto

TL;DR
This paper develops a method to construct $p$-adic $L$-functions from de Rham $p$-adic Galois representations, extending their analytic properties and establishing a functional equation in dimension two.
Contribution
It introduces a new approach to constructing $p$-adic $L$-functions for de Rham representations, including cases with additive bad reduction and supercuspidal forms.
Findings
Constructs $p$-adic $L$-functions for elliptic curves with bad reduction
Provides $p$-adic $L$-functions for supercuspidal modular forms
Proves a functional equation for $p$-adic $L$-functions in dimension two
Abstract
We develop a variant of Coleman and Perrin Riou's methods giving, for a de Rham -adic Galois representation, a construction of -adic functions from a compatible system of global elements. As a result, we construct analytic functions on an open set of the -adic weight space containing all locally algebraic characters of large enough conductor. Applied to Kato's Euler system, this gives -adic -functions for elliptic curves with additive bad reduction and, more generally, for modular forms which are supercuspidal at . In the case of dimension , we prove a functional equation for our -adic -functions.
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-modules de de Rham et fonctions -adiques
Joaquín Rodrigues Jacinto
Résumé.
On développe une variante des méthodes de Coleman et Perrin-Riou permettant, pour une représentation galoisienne de de Rham, construire des fonctions -adiques à partir d’un système compatible d’éléments globaux. On obtient de la sorte des fonctions analytiques sur un ouvert de l’espace des poids contenant les caractères localement algébriques de conducteur assez grand. Appliqué au système d’Euler de Kato, cela fournit des fonctions -adiques pour les courbes elliptiques à mauvaise réduction additive et, plus généralement, pour les formes modulaires supercuspidales en . En dimension , nous prouvons une équation fonctionnelle pour nos fonctions -adiques.
Abstract.
We develop a variant of Coleman and Perrin Riou’s methods giving, for a de Rham -adic Galois representation, a construction of -adic functions from a compatible system of global elements. As a result, we construct analytic functions on an open set of the -adic weight space containing all locally algebraic characters of large enough conductor. Applied to Kato’s Euler system, this gives -adic -functions for elliptic curves with additive bad reduction and, more generally, for modular forms which are supercuspidal at . In the case of dimension , we prove a functional equation for our -adic -functions.
Table des matières
-
0.3.4 L’équation fonctionnelle en dimension et valeurs aux entiers positifs
-
II.4.2 L’équation fonctionnelle du système d’Euler de Kato, d’après Nakamura
Introduction
Cette article est consacré à l’étude des fonctions -adiques associées aux formes modulaires. En utilisant la théorie des -modules et en généralisant certains résultats de Perrin-Riou, on montre comment construire des fonctions -adiques associées à une représentation -adique du groupe de Galois absolu de (possiblement à mauvaise réduction en ) munie d’un système compatible de classes de cohomologie. En particulier, ceci fournit des fonctions -adiques pour une forme modulaire supercuspidale en tordue par des caractères suffisamment ramifiés.
Soit
[TABLE]
une forme primitive (i.e cuspidale, nouvelle, propre pour les opérateurs de Hecke et normalisée) de poids , niveau et caractère . Pour un caractère de Dirichlet, notons
[TABLE]
la fonction complexe associée à et . La série définissant converge pour , admet un prolongement analytique à tout le plan complexe et elle satisfait une équation fonctionnelle reliant les valeurs et , où est la forme conjuguée à . La théorie des symboles modulaires permet de montrer l’existence des périodes complexes et telles que, si est un caractère de Dirichlet, est un entier tel que et est tel que , alors
[TABLE]
Ceci permet, en fixant une immersion et en notant , de voir ces valeurs dans le monde -adique en posant
[TABLE]
Les fonctions -adiques peuvent être vues naturellement comme des fonctions rigides analytiques sur l’espace des poids -adiques 111L’espace est un espace analytique rigide dont les -points, pour une extension finie de , sont donnés par . Il est une union de boules ouvertes et donc quasi-Stein. Par un théorème d’Amice, les distributions sur correspondent aux fonctions (rigides) analytiques sur .. Si est un caractère d’ordre fini, une telle fonction est déterminée par ses valeurs sur les caractères de la forme , . En particulier, si l’on pose, pour et , , une fonction analytique sur l’espace des poids donne naissance à une famille de fonctions d’une variable -adique , pour parcourant les caractères d’ordre fini.
Fixons un isomorphisme et notons
[TABLE]
le polynôme de Hecke en de la forme et ses racines. On dit que est de pente finie si au moins une de ces racines est non nulle. Remarquons simplement que, si , alors est de pente finie, et que, si divise , alors est de pente finie si et seulement si . Une des premières constructions de la fonction -adique de dépend du choix d’une racine non nulle, disons , du polynôme de Hecke en de la forme .
Théorème 0.1** ([30], [1], [44], [31], [38], [3], [18]).**
Soient de pente finie et comme ci-dessus. Il existe une (unique si ) fonction , d’ordre , telle que, si est un caractère de Dirichlet de conducteur et un entier tel que , on a
[TABLE]
où dénote la somme de Gauss du caractère et le facteur est défini par la formule
[TABLE]
La construction peut être adaptée ([18]) à la situation où est de pente infinie mais est de pente finie pour un certain caractère . Si n’est pas de pente finie pour aucun caractère , on dit que la forme est supercuspidale. Cette condition correspond ([29, Prop. 2.8]) à ce que la représentation lisse de associée à soit supercuspidale.
0.1. Le système d’Euler de Kato
Il existe une construction alternative ([25], [14]) de la fonction -adique, qui est moins élémentaire mais a pourtant l’avantage de permettre de relier les valeurs en certains points entiers de la fonction -adique à des quantités de nature cohomologique, ce qui permet, par exemple, de démontrer des instances de la conjecture de Birch et Swinnerton-Dyer -adique et la conjecture principale d’Iwasawa pour les représentations galoisiennes attachées aux formes modulaires. Nous rappelons dans ce qui suit la construction de Kato de la fonction -adique dans le cas où est un nombre premier ne divisant pas le niveau de 222cf. [14] pour les modifications nécessaires dans le cas semi-stable et [18] pour le cas où la représentation dévient cristalline sur une extension abélienne de ..
Soit une extension finie de contenant les coefficients de Fourier de la forme et notons l’anneau des entiers de . Soit la -représentation du groupe de Galois absolu de associée à par Shimura-Deligne: elle est de dimension , non ramifiée en dehors , de Rham en et caractérisée par le fait que, pour tout , alors
[TABLE]
où désigne le Frobenius arithmétique en et dénote le groupe d’inertie du groupe de Galois absolu de vu dedans comme un groupe de décomposition. Notons aussi par la restriction de au groupe , qui est une représentation de dimension , de Rham (cristalline si ) à poids de Hodge-Tate [math] et .
Soient l’extension cyclotomique de , et le caractère cyclotomique. La construction de Kato repose sur la construction d’un système d’Euler 333Les éléments zêta de Kato dépendent d’un certain nombre de choix que l’on ignore dans cette introduction afin de simplifier l’exposition. attaché à dans la représentation (qui est de Rham à poids de Hodge-Tate et en ) et dont les niveaux en les différentes puissances de fournissent un élément, aussi noté , de la cohomologie d’Iwasawa de la représentation définie par
[TABLE]
où dénote n’importe quel -réseau de stable par , dénote l’algèbre d’Iwasawa de et où la limite projective est prise par rapport aux applications de corestriction (le dernier isomorphisme étant une conséquence du lemme de Shapiro).
Un théorème fondamental de Kato ([25, Thm. 12.5]) montre que l’élément est intimement lié aux valeurs spéciales de la fonction complexe de la forme . Si (i.e si est cristalline), ce théorème permet à Kato d’appliquer la machine à fonctions -adiques de Perrin-Riou ([36], [37], [25])
[TABLE]
où dénote l’algèbre de distributions sur 444D’après un théorème d’Amice, et sont isomorphes, or on garde la notation , qui est plus souvent utilisée., interpolant -adiquement les applications exponentielles et (d’après un théorème de Colmez, Benois et Kato-Kurihara-Tsuji) exponentielles duales de Bloch-Kato pour des différentes tordues de la représentation en question, pour obtenir une nouvelle construction de la fonction -adique de .
Théorème 0.2** ( [25, Thm. 16.6] ).**
Soit un vecteur propre du Frobenius cristallin de valeur propre . On a alors
[TABLE]
où dénote l’accouplement de Poincaré.
Remarquons que l’on dispose dans tous les cas d’un système d’Euler et que l’application de Perrin-Riou a été généralisée pour les représentations de de Rham par des travaux de Colmez ([13]) et Cherbonnier-Colmez ([11]) et, pour un -module sur l’anneau de Robba , par Nakamura ([32]). Or ces applications ne s’expriment pas naturellement en termes de fonctions analytiques sur l’espace des poids et ne fournissent malheureusement (ou heureusement) pas si simplement des fonctions -adiques.
0.2. Le cas supercuspidal
Décrivons brièvement le résultat principal de cet article. L’isomorphisme que l’on a fixé permet de voir comme un caractère de Dirichlet de conducteur , , et on note la forme tordue de par , qui est aussi une forme primitive (de niveau et caractère , au moins si est assez grand). Rappelons que l’on a posé
[TABLE]
et que la forme donne lieu à une représentation automorphe de , où parcourt l’ensemble des places de et est une représentation lisse de . Pour un caractère de Dirichlet, vu comme un caractère des adèles, et une place de , on note les facteurs epsilon des composantes locales de la représentation 555On a ., de sorte que le facteur epsilon global associé à et est donné par la formule
[TABLE]
La fonction satisfait alors l’équation fonctionnelle
[TABLE]
On obtient le théorème suivant:
Théorème 0.3** (def. 3 + thm. I.1 + lemme II.6 + thm. II.10).**
Soit une forme primitive et soit . Il existe des plongements naturels
[TABLE]
un ouvert ne dépendant que de la puissance de divisant le niveau de la forme et contenant tous les caractères d’ordre pour assez grand, et une unique fonction rigide analytique telle que, si est un caractère de conducteur et sont tels que , alors
[TABLE]
De plus, la fonction satisfait une équation fonctionnelle de la forme 666La formulation de l’équation fonctionnelle est légèrement imprécise, cf. théorème II.10.
[TABLE]
où
[TABLE]
où dénote la partie de première à et .
Finalement, si alors et, si est une valeur propre du polynôme de Hecke en de et est un vecteur propre du Frobenius cristallin de valeur propre , on a
[TABLE]
Remarque 0.4*.*
Les méthodes du théorème fournissent, plus généralement, pour toute représentation de Rham de dimension et tout , un ouvert , ne dépendant que de la valuation -adique du discriminant de la plus petite extension finie galoisienne sur laquelle dévient semi-stable, et une unique fonction interpolant des exponentielles et exponentielles duales de différentes spécialisations de l’élément . Dans le cas général, on n’a pas, hélas! une interprétation si satisfaisante des valeurs interpolées.
0.3. Démonstration
Disons quelques mots sur la démonstration du théorème.
0.3.1. Plongements -adiques des valeurs spéciales
Soit le motif associé à la forme et considérons, pour ,
[TABLE]
dont est la réalisation -adique. En utilisant les symboles d’Eisenstein définis par Beilinson ([2]), on peut construire des éléments (cf. [22, §3.2]) et un résultat de Gealy ([22, Thm. 4.1.1]) montre qu’ils satisfont une variante de la conjecture de Bloch-Kato.
Par ailleurs, grâce aux travaux de Gros ([23]), Niziol ([35]), Besser ([8]), et Nekovar-Niziol ([34]), on dispose aussi des régulateurs -adiques
[TABLE]
qui satisfont la relation de commutativité
[TABLE]
où est l’exponentielle de Bloch-Kato.
Le résultat de Gealy mentionné ci-dessus suggère de considérer les régulateurs -adiques des éléments comme les valeurs -adiques naturels à interpoler. Notons que les éléments vivent dans des modules différents. Nous allons expliquer comment les voir tous naturellement comme des éléments dans .
Si est un caractère d’ordre fini, dénote sa somme de Gauss et , alors et, si dénote une base du module 777 dénote le -espace vectoriel de dimension sur lequel agit à travers ., le groupe (et donc aussi ) agit trivialement sur l’élément et est donc une base du -espace vectoriel . Si , il en est de même de . Notons
[TABLE]
qui est une base du module et, pour et les éléments duaux de et , on note
[TABLE]
qui est une base du module .
Si est de Rham, alors l’est aussi et on a, par ce qui précède,
[TABLE]
de sorte que l’application induit un isomorphisme
[TABLE]
Notons
[TABLE]
le coefficient principal de la série de Laurent de la fonction en . On pose, pour ,
[TABLE]
Remarquons que, dans la formule définissant , on "multiplie" et "divise" par , de sorte que son introduction n’a moralement aucun effet. La valeur correspond donc à et la puissance correspond à la puissance de dans la définition de .
0.3.2. Interpolation: un premier exemple
La construction de la fonction locale repose sur la théorie des -modules, et est inspirée de la ressemblance entre celle-ci et l’analyse fonctionnelle -adique, via le dictionnaire d’analyse fonctionnelle -adique de Colmez, qui est aussi à la base même de la construction de la correspondance de Langlands -adique pour .
Soit l’espace des fonctions localement analytiques sur à valeurs dans et , son -dual topologique, l’espace des distributions sur . Si et , on note l’évaluation de en . On a des actions du groupe et des opérateurs et sur l’espace de distributions définis par les formules
[TABLE]
et une opération de "multiplication par " définie par . Notons que si et seulement si la distribution est supportée sur et que, si , alors est la restriction à de .
La transformée d’Amice
[TABLE]
induit un isomorphisme , où . L’opérateur différentiel sur correspond à la multiplication par sur les distributions au sens que et les actions de et de correspondent à et . En fixant un système compatible de racines primitives de l’unité (c’est-à-dire, est une racine primitive -ième de et pour tout ), on peut définir des applications de "localisation"
[TABLE]
où dénote les éléments de qui convergent sur la couronne et . L’opérateur stabilise et on a l’identité . Si , on note . Le lemme suivant nous permet de réécrire l’intégration -adique en termes des applications de localisation.
Lemme 0.5**.**
Pour tout , il existe une unique fonction analytique interpolant les valeurs , , aux caractères . De plus, si , est un caractère de conducteur , , et , alors 888Si , on note l’élément lui correspondant par le caractère cyclotomique.
[TABLE]
L’avantage du lemme ci-dessus est que le terme de droite a un sens, pour tout -module de de Rham, si l’on remplace par , où est l’équation différentielle -adique associée à par Berger, dès que est assez grand, comme on le verra à continuation.
0.3.3. Interpolation: le cas général
Comme suggéré par les résultats de Kato, la construction de demande à étendre la construction du logarithme de Perrin-Riou aux -modules de de Rham.
Soit et notons le -module sur l’anneau de Robba qui lui est associé par l’équivalence de catégories de Fontaine [20], Cherbonnier-Colmez [10] et Kedlaya [26]. On a un isomorphisme, dû à Fontaine et Pottharst ([11], [39]),
[TABLE]
Suppposons de Rham et notons l’équation différentielle -adique associée à par Berger ([4], [5]). Si est à poids de Hodge-Tate positifs, on a . On dispose d’un opérateur de connexion sur au-dessus de l’opérateur de "multiplication par " sur .
Pour , il existe des sous--modules tels que . Ces modules sont stables par l’action de et satisfont . On a, pour tout , des applications de localisation
[TABLE]
et on note l’application . L’opérateur stabilise et on a
Si , est un caractère de conducteur , et , on a l’égalité suivante dans , qui est l’analogue, en termes de théorie d’Iwasawa, de l’égalité du lemme 0.5 ci-dessus:
[TABLE]
où dénote l’exponentielle duale de Bloch-Kato. La proposition suivante permet de prolonger analytiquement le terme de gauche de cette égalité.
Proposition 0.6** (prop. I.13).**
Pour tout , il existe une unique fonction rigide analytique interpolant les valeurs , , aux caractères .
La restriction à (i.e l’application de l’opérateur ) permet d’interpoler -adiquement l’opérateur mais, en revanche, l’application de spécialisation n’est pas définie sur tout le module . Une étude du rayon de convergence de l’élément , pour un caractère , montre que le terme de gauche de l’équation définit bien une fonction analytique sur une boule ouverte autour dans l’espace des poids. Le théorème suivant, qui est une généralisation du Logarithme de Perrin-Riou et le résultat principal de cet article, appliqué à , fournit la construction de la fonction . On renvoie au texte pour les notations qui n’ont pas encore été introduites.
Théorème 0.7** (thm. I.1).**
Soient un -module qui est de Rham à poids de Hodge-Tate positifs et . Notons . Il existe un ouvert , ne dépendant que du module , et une unique fonction analytique telle que, pour tout , où est un caractère de conducteur et , on a
[TABLE]
Ce théorème, accouplé à un deuxième résultat de Gealy reliant les éléments motiviques du théorème II.3 et le système d’Euler de Kato (cf. prop. II.4), permet de démontrer l’existence de l’application du théorème 0.3. Le fait que dans le cas cristallin l’on récupère la fonction -adique classique associée à la forme suit du fait que notre application est une généralion du Logaritme de Perrin-Riou et de la description de la fonction -adique de en termes du système d’Euler de Kato.
0.3.4. L’équation fonctionnelle en dimension et valeurs aux entiers positifs
Il est naturel de se demander si ce que la fonction interpole aux entiers positifs s’interprète aussi en termes de valeurs spéciales de la fonction complexe. Rappelons que, dans la bande critique , les valeurs sont naturellement interprétées -adiquement en les divisant par les périodes complexes de la forme . Si , une équation fonctionnelle purement locale demontrée dans [40], accouplée avec une équation fonctionnelle satisfaite par le système d’Euler de Kato demontrée par Nakamura (prop. II.8), fournit l’équation fonctionnelle du théorème 0.3.
0.4. Plan de l’article
L’organisation de l’article ne reflet pas celle de l’introduction. Les premières sections présentent des résultats purement locaux, reportant l’application aux formes modulaire à la fin.
Le premier chapitre contient le premier résultat principal de la thèse, à savoir l’extension analytique (partielle) de l’application Logarithme de Perrin-Riou pour les représentations de de Rham, fournissant des fonctions rigides analytiques sur des ouverts de l’espace des poids interpolant les applications exponentielle et exponentielle duale de Bloch et Kato. On y trouvera aussi des rappels et généralités sur les -modules, ainsi qu’une estimation précise du rayon de convergence de en termes du module , permettant de décrire l’ouvert du théorème 0.7. Dans le cas étale de dimension , en utilisant le résultat principal de [40], on obtient une équation fonctionnelle pour notre fonction locale.
Finalement, on montre, à l’aide d’un théorème de M. Gealy et des conjectures de Bloch-Kato pour les formes modulaires, comment la construction de la fonction locale peut être utilisée pour donner une construction de la fonction -adique d’une forme modulaire, sans aucune hypothèse sur sa pente, et montrer qu’elle interpole des valeurs spéciales de la forme (dûment interprétées -adiquement) en tout caractère algébrique de composante finie suffisament ramifiée.
0.5. Remerciements
Le travail présent fait partie de ma thèse de doctorat réalisée à l’Institut de Mathématiques de Jussieu-Paris Rive Gauche (IMJ-PRG) sous la direction de Pierre Colmez. Je tiens à lui exprimer mes plus grands et sincères remerciements pour tout ce qu’il m’a appris et pour tout le temps qu’il a investi dans ma formation mathématique, avec disponibilité et bonne humeur. Je remercie aussi Arthur-César Le Bras, Gabriel Dospinescu et Shanwen Wang, avec qui j’ai partagé des nombreuses discussions qui ont beaucoup aidé à ma compréhension du sujet. Je remercie finalement les rapporteurs pour ses remarques et corrections.
Notations
On fixe certaines notations:
- •
Soient un nombre premier, le corps des nombres -adiques, l’anneau des entiers de , le groupe des unités et la complétion -adique de la clôture algébrique de .
- •
On fixe un système , où , de racines -ièmes primitives de l’unité satisfaisant la relation dès que . Si , on note le -ième niveau de la tour cyclotomique et .
- •
Soit le groupe de Galois absolu de . On définit le caractère cyclotomique par la formule , pour tout , et on note le noyau de , qui s’identifie au groupe de Galois absolu de , et qui s’identifie à . Le caractère cyclotomique induit un isomorphisme . Si , on note son inverse par .
- •
Soit une extension finie de , qui sera notre corps de coefficients, et notons et . On note la catégorie des -espaces vectoriels de dimension finie munis d’une action -linéaire continue du groupe . On omettra souvent des notations, cependant il faut être conscient que est le corps sous-jacent et qu’il change au fur et à mesure des besoins. Par exemple, si est un caractère de et si on note la représentation de dimension engendrée par un élément sur lequel l’action de est définie par la formule , on sous-entendra que le corps de coefficients contient les valeurs prises par .
0.5.1. Anneaux des séries de Laurent
Commençons par quelques définitions classiques.
- •
On définit le corps par
[TABLE]
muni de la valuation donnée par , ce qui fait de un corps valué de dimension dont on note l’anneau des entiers.
- •
Si , on définit comme l’anneau des fonctions analytiques à valeurs dans sur la couronne . On a
[TABLE]
L’anneau est principal, de Banach pour la valuation définie par
[TABLE]
- •
Pour on note
[TABLE]
l’anneau de fonctions analytiques sur la couronne qui est un anneau de Fréchet pour la famille de valuations pour .
- •
Soit . On note
[TABLE]
l’anneau de Robba et son sous-anneau d’éléments bornés. C’est l’anneau des séries de Laurent (resp. des séries de Laurent à coefficients bornés) qui convergent sur une couronne pour assez petit (qui dépend de chaque fonction). On remarquera que l’on obtient et en complétant , respectivement, par la topologie -adique et par la topologie de Fréchet définie par la famille de normes , .
Si est un des anneaux définis ci-haut, on note son intersection avec . On a, par exemple, et s’identifie à l’anneau des fonctions analytiques sur la boule ouverte unité. On a une action de sur tous les anneaux définis et une action de l’opérateur sur les anneaux , et , définies par les formules
[TABLE]
Tous ces anneaux portent des topologies naturelles pour lesquelles les actions de et sont continues. Posons L’anneau est muni d’une action de l’opérateur : est une extension de degré de avec une base formée par les éléments , , et on pose . Ceci peut être écrit comme
[TABLE]
L’opérateur ainsi construit est un inverse à gauche de .
Pour comme ci-dessus, on note la catégorie des -modules sur .
0.5.2. Caractères de
Soit un caractère de conducteur . On définit, pour , la somme de Gauss tordue et on note . On note le caractère de Dirichlet modulo , défini par pour . Rappelons deux résultats classiques de la théorie des caractères:
Proposition 0.8**.**
Soit un caractère de conducteur . Alors
- •
* pour tout .*
- •
**
Si est une fonction localement constante modulo et à support compact, on peut définir sa transformée de Fourier discrète par la formule
[TABLE]
où est un entier arbitraire tel que , et est la racine de l’unité d’ordre une puissance de définie par l’application et par le choix du système de racines de l’unité: si est tel que , alors . Si est un caractère de Dirichlet de conducteur , on a
[TABLE]
En particulier, on observe que est à support dans (resp. ) si (resp. si ).
0.5.3. L’espace des poids -adiques
On note l’espace des poids -adiques. Il est un espace rigide analytique, dont les points, pour une extension finie de , paramètrent les caractères continus de à valeurs dans . Posons si et si . On a . L’application logarithme induit un isomorphisme de groupes , d’inverse l’application exponentielle. On a un isomorphisme
[TABLE]
où est la boule unité ouverte centrée en . L’inverse de cet isomorphisme envoie sur le caractère , ou dénote la réduction modulo (resp. si ) de .
Si , on note la deuxième coordonné de l’image de par l’isomorphisme ci-dessus et on note son poids.
L’espace admet un recouvrement croissant admissible par des ouverts affinoïdes , ce qui fait de un espace quasi Stein. On note et les anneaux des fonctions analytiques de ces espaces. On a
[TABLE]
On dispose ([1]) d’un isomorphisme, dû à Amice,
[TABLE]
envoyant sur la fonction analytique définie par . Comme les polynômes sont denses dans l’espace des fonctions localement analytiques, l’isomorphisme précédent montre qu’une fonction s’annulant sur les caractères , , est identiquement nulle. On exprime ceci en disant que les caractères de la forme , , sont Zariski denses dans .
On définit
[TABLE]
où le produit tensoriel à droite c’est le produit tensoriel complété usuel entre deux espaces de Banach. On peut, plus généralement, considérer des distributions à valeurs dans une limite inductive de Fréchets quelconque par les mêmes formules. On dira que est une fonction analytique sur à valeurs dans si elle appartient à .
I. La fonction locale d’un -module de de Rham
Le présent chapitre contient le premier résultat de cet article, encadré dans l’étude des fonctions -adiques des -modules de de Rham associées à un système d’Euler, comme démarré par Perrin-Riou ([36]). On construit (thm. I.27), pour un -module de Rham sur , une extension analytique de l’application Logarithme de Perrin-Riou fournissant, à partir d’un élément dans la cohomologie d’Iwasawa de , une fonction -adique, définie sur un ouvert de l’espace de poids.
I.1. Résultat principal
On a besoin d’introduire quelques notations pour énoncer le résultat principal de cet article. Si sont deux caractères, on définit leur distance par si et si non, où , sont définis dans 0.5.3. Si est un caractère d’ordre fini, on note la -partie de son conducteur (de sorte que ) et, pour , on définit
[TABLE]
Rappelons que dénote le coefficient principal de la série de Laurent de la fonction en . Notons, pour de Rham et ,
[TABLE]
Enfin, on note , , le rayon de surconvergence de (cf. §I.2.1 ci-dessous). Le résultat principal de ce chapitre est le suivant:
Théorème I.1**.**
Soient de Rham à poids de Hodge-Tate positifs, , et notons . Il existe un entier 999L’entier ne dépend que du module et est borné en termes du conducteur de la plus petite extension galoisienne de tel que l’action de sur se factorise à travers . Si , où , la constante est donc bornée en termes du conducteur de la plus petite extension sur laquelle dévient semi-stable., et une unique fonction rigide analytique , où l’on a posé , telle que, pour tout , où est un caractère de conducteur , , et est tel que ou 101010Plus précisément, doit être suffisamment petit de sorte que soit un isomorphisme. Il suffirait donc de demander , où dénote le plus petit poids de Hodge-Tate de (cf. [4, Thm. 0.9])., on a
[TABLE]
Voici quelques remarques:
- •
On obtiendra ce théorème (thm. I.27) comme conséquence d’un résultat un peu plus général énoncé dans le théorème I.15.
- •
Comme les caractères sont Zariski denses dans , la fonction est unique.
- •
Si est cristallin, alors l’application provient par restriction d’une fonction rigide analytique définie sur tout l’espace des poids .
- •
Comme corollaire de ce théorème, on obtiendra une construction partielle de la fonction -adique associée à un système d’Euler d’un -module de de Rham. Si est le -module associé à la représentation -adique d’une forme modulaire, on verra comment ces valeurs s’interprètent en termes de valeurs spéciales de la fonction complexe de la forme modulaire.
Voici un bref résumé de ce chapitre. On commence par rappeler les outils et notations nécessaires dont on aura besoin pour la preuve du théorème. On pourra consulter [32] et [5], qui sont les références principales. La structure de la preuve du théorème I.1 est la suivante: Dans la section I.2.1, on rappelle des généralités sur les -modules de de Rham sur l’anneau de Robba. Ensuite (§I.3.2) on définit la multiplication analytique par un caractère sur un -module. Dans I.3.4, on définit la fonction . Le Lemme I.17 calcule le rayon de convergence de , ce qui explique la définition de l’ouvert du théorème. Les propositions I.22 et I.23 montrent, en utilisant la loi de réciprocité explicite de Perrin-Riou comme démontrée par Nakamura, les propriétés d’interpolation de , introduisant l’opérateur différentiel auxiliaire dans les formules. Enfin, quand est à poids de Hodge-Tate positifs et on se débarrasse (§I.3.8) de l’opérateur différentiel pour obtenir ainsi l’interpolation voulue.
I.2. Généralités sur les -modules
Notons la catégorie de -modules sur .
I.2.1. Sous-modules naturels de
Soit de rang . L’algèbre de Lie de agit sur (cf. [4, §5.1]) via l’opérateur -linéaire
[TABLE]
où dénote n’importe quel élément sans torsion de , ce qui définit un opérateur différentiel au-dessus de l’opérateur agissant sur .
Lemme I.2** ([6, Thm. I.3.3]).**
Il existe et, pour tout , des uniques sous--modules de , satisfaisant
- •
**
- •
, et on a un isomorphisme , pour tout tel que .
De plus, les modules sont stables par et .
On définit comme le plus petit entier tel que le lemme I.2 est vrai avec et on dit que est le rayon de surconvergence de . Pour , on pose
[TABLE]
On a alors
[TABLE]
ce qui montre que est un espace de type (i.e limite inductive d’espaces de Fréchet).
Rappelons que l’on a des morphismes de localisation
[TABLE]
envoyant sur . Pour on définit
[TABLE]
[TABLE]
qui sont des et -modules, respectivement, libres de rang et munis d’une action semi-linéaire de . Finalement, on définit
[TABLE]
qui sont, respectivement, des et -modules libres de rang .
I.2.2. Théorie de Hodge -adique
Comme l’on a déjà remarqué, la plupart des objets de la théorie de Hodge -adique peuvent être exprimés purement en terme des -modules. Suivant ce programme, commencé par Fontaine [20], on définit les invariants suivants:
Definition 1**.**
Soit de rang . On définit
[TABLE]
qui sont des -espaces vectoriels de dimension finie.
On munit de sa filtration de Hodge, donnée par . On observe que est muni d’une action bijective du Frobenius ainsi que d’une filtration induite par l’inclusion définie par , où on a noté l’application de localisation 111111Il existe ici un petit abus évident en notant par deux applications différentes, l’une étant l’application de localisation notée usuellement et l’autre l’inverse de l’opérateur agissant sur , mais cela ne devrait pas causer de problèmes de lecture.. On a
[TABLE]
où la première inégalité est évidente par ce qui précède et la dernière suit en remarquant que est un -espace vectoriel de rang et est donc un -espace vectoriel de rang .
Definition 2**.**
Soit un -module sur . On dit que est cristallin (resp. de Rham) si l’inégalité (resp. ) est une égalité.
Si est de Rham, on définit ses poids de Hodge-Tate comme les opposés des entiers où la filtration change, c’est-à-dire l’ensemble .
I.2.3. L’équation différentielle -adique
Rappelons la construction de Berger (cf. [4], [6]) de l’équation différentielle -adique associée à un -module de de Rham sur .
Proposition I.3** ([6, Thm. III.2.3]).**
Soit de rang , de Rham, et, pour chaque , posons
[TABLE]
et . Alors, est un -module sur , de rang , qui satisfait
- •
**
- •
* pour tout .*
- •
**
Le -module ainsi obtenu est de Rham à poids de Hodge-Tate tous nuls. Remarquons que l’on peut reconstruire , à partir de la donnée de et de la filtration de Hodge sur , en utilisant la formule
[TABLE]
Si les poids de Hodge-Tate de sont contenus dans , on a des inclusions .
La troisième propriété de la proposition I.3 caractérisant permet de définir un opérateur différentiel
[TABLE]
satisfaisant les identités et . Si est un -module de de Rham sur , on notera .
I.2.4. Les anneaux de Fontaine
Rappelons la construction des anneaux de Fontaine associés à une extension galoisienne finie de . Notons , , , la plus grande sous-extension de non ramifiée et la plus grande extension non ramifiée de dans . Notons , .
La théorie du corps des normes (cf., par exemple, [15] ou [6, §I.2]) permet de construire des extensions étales de degré , munies d’une action du Frobenius et du groupe . Plus précisément, soit le corps basculé de . Il est un corps de caractéristique , algébriquement clos et muni d’une valuation pour laquelle il est complet. Notons , et l’anneau des entiers de , qui s’identifie à la limite projective pour n’importe quel idéal contenant et différent de l’idéal maximal de . Soient et la clôture séparable de dans . La théorie du corps des normes permet aussi de montrer que . Si est une extension finie galoisienne de , on pose . On dispose d’une application bien définie et injective d’image l’anneau des entiers de , qui fournit une uniformisante de l’extension (l’image d’un système compatible où est une uniformisante de pour assez grand). Soit , où et , le polynôme minimal de sur . Enfin, si est tel que sa réduction modulo évaluée en est , alors et on note l’image de dans ce quotient, dont la réduction modulo est .
L’anneau s’identifie à l’anneau des séries formelles , , à coefficients bornés, qui convergent sur une couronne pour un assez petit (qui dépend de ). On peut de la sorte définir les anneau , qui s’identifient à l’espace des séries de Laurent à coefficients dans , convergentes sur la couronne , où dénote l’indice de ramification de l’extension , muni de la norme spectrale , ainsi que , , etc. En complétant pour la famille de normes , on obtient une extension étale et on a
[TABLE]
On a un opérateur de dérivation agissant sur : si est une extension non ramifiée, on a et pour ; si est ramifiée et dénote le polynôme minimal de sur comme ci-dessus, l’identité et le fait que est une dérivation donnent la formule
[TABLE]
où, si , .
Enfin, soit une variable formelle et étendons les actions et sur à des actions sur par les formules
[TABLE]
La dérivation agit sur par . On définit un opérateur de monodromie sur comme la dérivation -linéaire telle que .
I.2.5. Théorème de monodromie -adique et surconvergence
Soit
[TABLE]
la différente de l’extension et posons , où comme plus haut. Rappelons (cf. [15, Prop. 4.12]) que, si dénote le conducteur de 121212Le conducteur de est la borne inférieure de l’ensemble des tels que le groupe de ramification supérieure agit trivialement sur . et est un entier, alors et . En particulier, si a suffisamment de racines de l’unité, dans la terminologie de [17], alors . On aura besoin des faits suivants:
Lemme I.4** ([17, Lem. 2.17]).**
Si , alors et on a pour tout .
Soit de Rham et notons . D’après le théorème de monodromie -adique (cf. [6, Thm. III.2.1]), il existe une extension galoisienne finie de tel que l’on a un isomorphisme
[TABLE]
On note
[TABLE]
l’espace des -solutions de . C’est un -module filtré (la filtration dépend de la donnée de ). Le résultat suivant permet de reconstruire à partir de .
Proposition I.5** ([6, Thm. III.2.1, Thm. C]).**
Soient et comme ci-dessus. Si est une extension galoisienne finie de telle que agit sur à travers , alors
[TABLE]
le groupe agissant sur à travers , et sur à travers (il agit trivialement sur l’élément ).
On récupère l’action de via l’action résiduelle du groupe sur le module , l’action de via son action (diagonale) sur le produit tensoriel et l’action de l’opérateur à travers celle sur . Le lemme suivant sera très utile pour nos constructions futures.
Lemme I.6**.**
Il existe, pour tout , des sous--modules de , munis d’une famille de valuations , satisfaisant les conditions du lemme I.2, et de sorte que, pour tout , la norme de l’opérateur sur soit .
Démonstration.
Débarrassons-nous d’abord de l’opérateur . Le module est un -module libre de rang muni d’une action de (agissant sur le facteur de droite) et de (agissant diagonalement) et on affirme qu’il contient un système libre de générateurs tués par . En effet, notons la valeur de sur et posons, pour une base quelconque de ,
[TABLE]
chaque somme étant une somme finie car est nilpotent. Alors les sont par construction tués par et ils forment un système libre de générateurs de , car l’opérateur est inversible, étant nilpotent. Le module est donc un -espace vectoriel de dimension , muni d’une action de , et on a
[TABLE]
Soit une base de de sorte que la matrice de l’opérateur soit à coefficients entiers 131313Ceci est possible grâce au fait que est nilpotent: si est une base de de sorte que la matrice de soit triangulaire supérieure avec des zéros sous la diagonale, alors on peut choisir des entiers de sorte que la matrice de dans la base soit à coefficients entiers comme on voulait., et soient les éléments associés à cette base formant une base de fournis par le paragraphe précédent. Posons, pour ,
[TABLE]
On a , et le théorème de Hilbert implique que . Le module est donc -admissible au sens de Fontaine et on a un isomorphisme
[TABLE]
induit par , de -modules topologiques de rang munis d’une action de . Cet isomorphisme est en outre compatible avec les structures présentes sur . Cela veut dire en particulier que le -module est de dimension .
Si , alors 141414Comme on le voit, par exemple, en notant que, si , est un -module libre de rang , dont une base est formée par , et donc . , d’où
[TABLE]
ce qui montre que
[TABLE]
De plus, le fait que et les formules pour l’action de sur montrent que la deuxième condition du lemme I.2 est satisfaite.
Les modules sont des -modules libres, dont une base est donnée par les éléments , et ils sont munis d’une famille de valuations définies par
[TABLE]
Calculons la norme de l’opérateur sur la base décrite ci-dessus pour une de ces valuations. On a et donc
[TABLE]
où , avec pour tout , par le choix de la base de . On en déduit que, si dénote l’anneau des entiers de et dénote le -module engendré par les éléments , alors (rappelons que )
[TABLE]
On en déduit
[TABLE]
où dans la première égalité on a utilisé la définition de , dans la deuxième l’inégalité triangulaire et l’inclusion et dans la troisième l’estimation du lemme I.4 et le fait que .
Vu que l’on a borné la norme de l’opérateur sur une base de , un petit calcul montre que
[TABLE]
pour tout . En effet, écrivons , , de sorte que . On a alors
[TABLE]
où la première ligne suit de l’inégalité triangulaire, la deuxième suit de la définition de sur , la troisième de l’inégalité (sur ) et du calcul du paragraphe précédent et la dernière suit en appliquant la définition de une autre fois.
Enfin, est stable par , il est muni par restriction d’une famille de valuations et, par ce qui précède, la norme de agissant sur est bornée par , ce qui permet de conclure.
∎
Remarque I.7*.*
- •
Si , les modules
[TABLE]
complétés de pour la valuation , sont des -modules de rang , munis de la valuation pour les quelles la norme de est . On a
[TABLE]
- •
Le lemme I.6 ci-dessus montre que le rayon de surconvergence du module peut être majoré en termes du conducteur de la plus petite extension galoisienne telle que agit trivialement sur . Si est de Rham, ceci permet de borner le rayon de surconvergence de en termes de la plus petite extension (galoisienne) de sur laquelle dévient semi-stable.
I.2.6. -modules relatifs
Soit une algèbre affinoïde sur . L’anneau de Robba relatif à est défini en posant, pour ,
[TABLE]
où le premier produit tensoriel est le produit tensoriel complété entre deux espaces de Banach. On peut montrer que (produit tensoriel complété inductif ou projectif entre deux espaces topologiques localement convexes). Ceci s’interprète en termes de fonctions analytiques sur des espaces rigides: si est un intervalle d’extremités dans et dénote la droite affine rigide de paramètre , en notant l’ouvert admissible de défini par ( dénote la valuation de l’algèbre affïnoide ), on a un isomorphisme naturel
[TABLE]
On a aussi une interprétation en termes de séries de Laurent (resp. de puissances si ) à coefficients dans de la manière évidente. On a un endomorphisme -linéaire d’anneaux , qui envoie sur , induisant une action de sur et on a une action continue du groupe , agissant par , , sur tous les anneaux définis ci-dessus.
Pour un module sur et , on note et . Un -module sur est un module projectif de type fini sur , muni d’un isomorphisme -linéaire et d’une action semi-linéaire de , commutant avec dans le sens évident. L’isomorphisme induit, pour tout , des opérateurs semi-linéaires , définis comme la composée
[TABLE]
la première flèche étant celle induite par et la deuxième étant .
Un -module sur est un -module (projectif de type fini) tel qu’il existe et un -module sur tel que .
Plus généralement, si est un espace rigide analytique sur et , on définit comme le faisceau des fonctions rigides analytiques sur , et un -module sur est une collection compatible de -modules sur pour chaque ouvert admissible de .
I.2.7. Cohomologie des -modules
Si est une représentation -adique de et est un générateur topologique de 151515Si , il faut considérer la -partie du sous-groupe de torsion de , dont l’image dans le quotient soit un générateur topologique, et prendre les invariants par dans tous les modules de la suite ci-dessous. , le complexe
[TABLE]
calcule la cohomologie galoisienne de en termes de son -module sur associé (cf. [24]). D’après [28] et [27], on peut définir la cohomologie des -modules sur l’anneau de Robba relatif à une algèbre affïnoide sur (et, plus généralement, sur un espace analytique rigide sur une extension finie de ), retrouvant les constructions de Herr dans le cas d’un -module étale au-dessus d’un point.
Soient une algèbre affïnoide sur et un -module sur . On note la partie de -torsion de (qui est triviale si , et cyclique d’ordre quand ). Soit tel que son image dans en est un générateur topologique. On pose et, pour , un générateur topologique de . Pour et , on note si et si , et on définit le complexe
[TABLE]
où les flèches sont données, respectivement, par et . Les modules sont définis comme les groupes de cohomologie de ce complexe. Quand , on note .
Proposition I.8** ([27, Prop. 2.3.6, Thm. 4.4.2]).**
Soient une algèbre affïnoide sur et un -module sur . Les complexes et sont quasi-isomorphes et les groupes de cohomologie sont des -modules de type fini, compatibles au changement de base. On a une dualité locale et une formule de Euler-Poincaré.
I.2.8. Cohomologie d’Iwasawa des -modules
Soit l’algèbre d’Iwasawa de . On décompose , où désigne la partie de torsion de et via le caractère cyclotomique, et on obtient un isomorphisme . Soit un générateur topologique de et notons son image dans . On obtient un isomorphisme en envoyant sur .
Soit l’algèbre algèbre de distributions sur . Précisément, on obtient en remplaçant la variable par dans la définition de . On peut de la sorte définir les anneaux et on a Le choix de l’isomorphisme fait que s’identifie aux fonction analytiques sur la boule et à celui des fonctions analytiques sur la boule ouverte unité. Ce dernier espace s’identifie à l’anneau des sections globales sur l’espace des poids -adiques, et aussi, par le théorème d’Amice (cf. [42, Th. 2.2]) au -dual continu des fonctions localement analytiques sur .
On note (cf. [27, Def. 4.4.7]) le module muni de l’action de via , et . On définit
[TABLE]
Plus généralement, si est un -module sur , on définit sa déformation cyclotomique par
[TABLE]
Les actions , et sont données par les formules
[TABLE]
pour , et . Le module est un -module sur l’anneau de Robba relatif à l’espace des poids.
On définit la cohomologie d’Iwasawa de comme
[TABLE]
Ce sont, d’après le théorème I.8, des -modules de type fini. On peut donc voir les groupes de cohomologie d’Iwasawa comme des groupes de cohomologie à valeurs dans .
Si est un caractère, le changement de base par rapport à fournit un isomorphisme
[TABLE]
Si , cet isomorphisme induit des morphismes de spécialisation
[TABLE]
la notation étant justifiée par l’interprétation classique de la cohomologie d’Iwasawa en termes des distributions.
Si , on définit le complexe , concentré en , par
[TABLE]
Le complexe appartient à 161616Rappelons que, pour un anneau , dénote la sous-catégorie de la catégorie dérivée de la catégorie des modules sur dont les objets sont quasi-isomorphes à un complexe borné formé par des -modules projectifs finis et tel que leur cohomologie est concentrée en dégrées . et calcule la cohomologie d’Iwasawa de (cf. [27, Thm. 4.4.8]). On a, en particulier, un isomorphisme
[TABLE]
dont l’inverse est donnée par 171717Si , il faut appliquer à le projecteur naturel sur le sous espace d’éléments -invariants. On évitera ce cas-ci, se traitant de la même manière mais avec une complication technique supplémentaire. . Si , on note, afin d’alléger les notation, l’élément . Si , on a (cf. [16, §VIII.1.3] ou [33, §2.2.3, Eq. (6)]) la formule pour la spécialisation
[TABLE]
où , si et .
Terminons en mentionnant que induit un automorphisme sur donné par , ce qui induit un isomorphisme de -modules , donné par , et donc un isomorphisme de -modules
[TABLE]
On a, par exemple,
[TABLE]
I.2.9. Applications exponentielles
Si est de Rham et , on note
[TABLE]
[TABLE]
les applications exponentielle et exponentielle duale de Bloch-Kato comme définies dans [32, §2.3; §2.4]. Quand cela ne pose pas de problèmes, on omettra les indices dans les notations des applications exponentielles.
Explicitement ([32, Lem. 2.12(1)]), si , alors il existe tel que , et il existe aussi tel que pour tout . Alors on a
[TABLE]
On remarquera que l’application est nulle sur .
Si est un module muni d’une action de , et , on pose 181818Comme précédemment, si et autrement.
[TABLE]
et on définit les groupes de cohomologie . Par exemple, si et , alors
[TABLE]
Si est de Rham et , on a un isomorphisme et l’application qui envoie vers la classe de cohomologie est un isomorphisme (cf. [32], juste avant le lemme 2.14). De plus, on a une application naturelle définie par , où et dénote la classe de cohomologie correspondante. On définit
[TABLE]
comme la composition . Remarquons que, par construction, l’image de tombe dans .
I.2.10. Exponentielle de Perrin-Riou
Rappelons la formulation de l’application exponentielle de Perrin-Riou pour un -module de de Rham (cf. [32], [5]) et la loi de réciprocité. On définit, pour 191919Dans la formule ci-dessous, dénote simplement l’identité et ., l’opérateur différentiel
[TABLE]
Lemme I.9** ([32, Lem. 3.6]).**
Soit de Rham et soit tel que . Alors et il induit un opérateur -linéaire
[TABLE]
Si et , l’expression 202020Rappelons que, si , l’élément appartient à , s’écrit donc sous la forme , et on note ., pour , n’est définie que pour assez grand. Pourtant, l’identité , , nous permet de lui donner toujours un sens en utilisant les traces et en considérant les valeurs , où est n’importe quel entier assez grand.
Théorème I.10** ([32, Thm. 3.10]).**
Soient de Rham, un entier tel que , et . On a
* Si et si il existe vérifiant , ou si et , alors, on a, pour ,*
[TABLE]
* Si , on a, pour ,*
[TABLE]
Remarque I.11*.*
- •
Rappelons que, pour , l’élément dénote une base du -espace vectoriel muni d’actions de et par les formules , , et . Si est un -module, on note la tordue de par la -ième puissance du caractère cyclotomique. Si est de Rham, l’est aussi et on a , dans la notation de §I.3.3. Le terme appartient à et induit un isomorphisme . La première égalité a lieu dans (ou ) et la deuxième dans .
- •
Notons que induit, pour , un isomorphisme et on a donc, pour , . Si , l’élément s’écrit sous la forme et, si on écrit , l’expression dénote l’élément , qui n’est autre que . Le deuxième point du théorème est donc une paraphrase de la loi de réciprocité de Cherbonnier-Colmez. Pour , le résultat est (au moins pour l’auteur) un peu plus mystérieux car l’opérateur , devenant un opérateur d’intégration, fait apparaître des termes qu’on ne voyait pas directement dans le développement de .
- •
Si l’application est bijective et on peut reformuler le résultat en disant que, si ou , alors, pour , on a
[TABLE]
où dénote ou selon que ou que .
- •
Si (), alors l’introduction de dans les formules est superflue et, comme , alors et on a
[TABLE]
On remarque que si et .
On se servira de la version suivante de la loi de réciprocité de Cherbonnier-Colmez, qui est un des ingrédients de la preuve du théorème précédent, mais pour lequel on n’a pas trouvé de référence précise.
Proposition I.12**.**
Soient de Rham, , et . Alors, pour , on a l’égalité suivante dans :
[TABLE]
Démonstration.
La formule permet de nous ramener au cas . En outre, la formule 212121Si , sa corestriction est définie par la formule , cf. [11, Lem. II.2.1]. nous ramène à montrer le résultat pour assez grand. En particulier on peut considérer de sorte que et on doit donc montrer
[TABLE]
On a la formule pour la spécialisation , où (car on suppose ). Rappelons que l’application est définie comme la composition du morphisme avec l’inverse de l’isomorphisme donné par .
Si , la classe de cohomologie correspond à la classe sous l’isomorphisme entre ces deux modules. L’image du cocycle par le morphisme est donc donnée par .
Or, , et (dans ), car tous les autres termes sont dans l’image de (en effet, si , …), ce qui permet de conclure car . ∎
I.3. La fonction locale
I.3.1. Distributions à valeurs dans un espace de type
On reprend les constructions de §0.5.3. Si est un espace de type , on pose
[TABLE]
où le dernier produit tensoriel est le produit tensoriel usuel entre deux espaces de Banach. On dit que est une fonction analytique sur à valeurs dans si est un élément de .
I.3.2. Prolongement analytique de
Soit de rang , de Rham, et notons . Rappelons que, d’après le lemme I.6, si dénote la plus petite extension galoisienne telle que agit sur à travers et si l’on note , il existe, pour tout , des sous--modules de , munis d’une famille de valuations , , pour lesquelles la norme de l’opérateur satisfait
[TABLE]
On supposera dorénavant, et par commodité, que est tel que . De plus, pour , les opérateurs
[TABLE]
agissent de façon continue pour les valuations . Rappelons aussi que l’on a
[TABLE]
Si et , on peut écrire , . La formule de Leibnitz et l’identité donnent, pour ,
[TABLE]
Enfin, rappelons que, si alors dénote son poids (cf. §0.5.3) et que le poids du caractère est . L’identité de la formule ci-dessus suggère la proposition suivante, qui est le point de départ des constructions de cet article.
Proposition I.13**.**
Soient et . Alors, la série
[TABLE]
converge, pour , dans , et la somme ne dépend ni de ni du choix du système de représentants de . L’application ainsi définie est une fonction rigide analytique sur à valeurs dans .
Démonstration.
Notons, pour et , et les normes, relatives aux valuations et , des opérateurs
[TABLE]
et, pour et , la norme de l’opérateur pour la valuation , de sorte que et .
Pour , on pose
[TABLE]
Supposons , on a alors
[TABLE]
Remarquons d’ailleurs les estimations suivantes évidentes:
- •
- •
Or et donc
[TABLE]
Or, si , la constante est bornée en fonction de . En effet, si , la formule pour donne . On en déduit donc
[TABLE]
- •
- •
On en déduit:
[TABLE]
Par définition de fonction analytique sur à valeurs dans , il faut montrer que, pour tout , il existe et tel que, pour tout , l’expression (2) est convergente pour la valuation naturelle de , et que les éléments dans ainsi définis ne dépendent ni de ni du système de représentants de et sont compatibles par rapport aux applications naturelles de restriction .
Fixons et choisissons assez grand et assez petit de sorte que . On observe qu’aucun choix ne dépend de . Ceci montre que la somme des converge sur pour tout et définit, pour chaque , un élément dans .
On montre maintenant que l’expression ne dépend ni de ni du choix du système de représentants de . Si l’on fixe , et comme ci-dessus et un système de représentants de , l’expression (2) définit une fonction rigide analytique sur . De plus, les valeurs de ces fonctions aux caractères , , ne dépendent pas du choix de . On conclut en remarquant que ces caractères sont Zariski denses dans .
Enfin, les fonctions définies ne dépendent évidement pas de , et on conclut donc que (2) définit un élément de ∎
Corollaire I.14**.**
Soit le plus petit qui fait que la formule (2) soit bien définie sur et soit . Alors, pour tous , stabilise .
I.3.3. Bases et modules de de Rham
Les éléments définis ci-dessous permettront de simplifier considérablement les notations futures ainsi que de clarifier certains facteurs apparaissant dans les formules d’interpolation (on y reviendra dans §I.4.1).
Si est un caractère, on note une base du -espace vectoriel de dimension muni d’actions de et via les formules et , . Si est un -module, on note le module (c’est le tordu de par ). Le choix de fournit un isomorphisme de -espaces vectoriels . Si est un caractère, les mêmes constructions s’appliquent sur en regardant comme un caractère sur en posant .
Soit un caractère localement constant. L’élément est fixé par l’action de et on a donc un isomorphisme , ce qui nous fournit un générateur de ce module. Si , on rappelle que l’on a noté une base du module , de sorte que est une base de . Notons
[TABLE]
qui est une base de . L’élément
[TABLE]
constitue une base du module .
Si est de Rham, alors l’est aussi et on a, par ce qui précède,
[TABLE]
de sorte que l’application induit un isomorphisme .
Enfin, on note , les éléments duaux, respectivement, de et , ainsi que
[TABLE]
base du module . L’application induit un isomorphisme et on a pour tout .
I.3.4. Interpolation
Soient de Rham, , un caractère de Dirichlet de conducteur , et . On pose
[TABLE]
L’application est définie sur et l’expression ci-dessus n’a donc un sens que pour les caractères tels que et, dans ce cas, on a . Nous allons montrer que est bien définie dès que est un caractère de Dirichlet assez ramifié et est un caractère vivant dans un certain voisinage ouvert du caractère trivial et que les valeurs interpolées par aux caractères spéciaux , , sont reliées à des valeurs arithmétiquement intéressantes. Le théorème principal de ce chapitre est le suivant:
Théorème I.15**.**
Soient de Rham, et tel que . Il existe une constante (ne dépendant que de l’extension fournie par le théorème de monodromie -adique et de ) 222222cf. le lemme I.17 ci-dessous pour le calcul de la constante., telle que la formule (3) définit une fonction rigide analytique , où (cf. §I.1). De plus, pour tout caractère , où est un caractère de conducteur , , et , on a
[TABLE]
De plus, si est cristallin, l’application provient par restriction d’une fonction rigide analytique définie sur tout l’espace des poids.
Remarque I.16*.*
- •
L’application étant -linéaire, on a .
- •
La preuve du théorème conste de trois parties. Dans la section I.3.5, on calcule la constante , qui fournit l’ouvert de définition de , et, dans les sections I.3.6 et I.3.7, on montre les propriétés d’interpolation. Notons que, si l’on définit comme ou selon le cas, on obtient un énoncé d’interpolation uniforme pour tous les entiers .
I.3.5. Calcul du rayon de convergence
Si est un caractère de conducteur , alors, pour que la formule (3) définissant l’application ait un sens, il suffit que . Ceci impose des conditions sur la valeur de dans la définition de , comme le montre le corollaire I.14. Le lemme suivant calcule, pour un fixe, le rayon de convergence autour de cette formule, ce qui décrit l’ouvert de définition de l’application .
Lemme I.17**.**
Soient et un caractère de conducteur , . Il existe une constante , où est une constante qui ne dépend que de , telle que la formule définissant est bien définie dès que .
Démonstration.
L’élément est défini comme somme des
[TABLE]
pour assez grand. Ces éléments appartiennent 232323Rappelons que, comme , alors , et donc . à si . Prenons donc .
Soit , avec
[TABLE]
et montrons que, si , la somme définissant converge.
Par la démonstration de la proposition I.13, on a
[TABLE]
où est une constante qui ne dépend pas de et . On se ramène donc à montrer que
[TABLE]
On a , donc . On a deux cas:
- •
Si , alors la condition est automatiquement satisfaite dès que .
- •
Supposons que . On a v_{p}\big{(}{\omega_{\kappa}\choose j}\big{)}=jv_{p}(\omega_{\kappa})-v_{p}(j!)\geq j(v_{p}(\omega_{\kappa})-\frac{1}{p-1}). Pour montrer l’inégalité ci-dessus, il suffit donc de montrer que
[TABLE]
Ceci revient à montrer que, pour tout , on a , ou, de manière équivalente,
[TABLE]
La fonction d’une variable réelle atteint son maximum absolu en . On a donc
[TABLE]
ce qui permet de conclure.
∎
Remarque I.18*.*
- •
Le lemme ci-dessus nous permet de décrire l’ouvert de définition de : il est une union de boules centrées sur les points , , de rayon (qui tend vers quand ).
- •
Si , , , sont deux racines primitives de l’unité (correspondant au choix de deux caractères d’ordre fini du même conducteur), alors . On en déduit que les boules sont disjointes dès que .
- •
Un entier , , correspond au caractère et 242424On a posé , mais cela ne change rien si l’on choisit un autre générateur de , comme par exemple .. On en déduit que si . L’ouvert contient alors tous les caractères de la forme , . En particulier, si , il contient tous les caractères , avec .
I.3.6. Interpolation des applications exponentielles duales
On commence par quelques résultats préliminaires. On pourra comparer le lemme suivant avec [5, Lem. II.1] (pour le cas cristallin et le caractère trivial).
Lemme I.19**.**
Soient de Rham, et un caractère de conducteur , et . Alors
* Si , on a*
[TABLE]
* L’expression ne dépend pas de .*
Démonstration.
Par définition de , on a et car est fixé par , d’où peut être exprimé comme , avec (l’expression n’est évidement pas unique).
Montrons le premier point. Il suffit, par linéarité, de montrer le résultat sous l’hypothèse que , avec . Or,
[TABLE]
On en déduit le résultat en remarquant que est une fonction à support dans et que .
En ce qui concerne le dernier point, on peut supposer par linéarité que , où et . On a
[TABLE]
L’expression ci-dessus ne dépend pas de , d’où le résultat. ∎
Remarque I.20*.*
Si est cristallin, et dans le lemme ci-dessus, on a, d’après [5, Lem. II.1],
[TABLE]
Lemme I.21**.**
Soient , un caractère constant modulo avec et . On a alors l’égalité suivante dans :
[TABLE]
De plus, si est de Rham, on a l’égalité (dans )
[TABLE]
Démonstration.
Montrons seulement le deuxième point, vu que les mêmes techniques seront utilisées plus tard. Par la proposition I.12 (appliquée à , et ), on a
[TABLE]
où on a utilisé que l’élément est fixé par et commute donc à la trace. Notons que . La somme de Gauss s’écrit comme
[TABLE]
et on a
[TABLE]
où on a utilisé la formule pour la trace et encore une fois la formule reliant et . On en déduit
[TABLE]
Or et, par la loi de réciprocité encore une fois (pour , et ), on sait que , d’où
[TABLE]
ce qui permet de conclure. ∎
Proposition I.22**.**
Soient de Rham, , tel que , un caractère de conducteur , , et un entier. On a alors l’égalité suivante dans
[TABLE]
Démonstration.
La preuve du lemme I.21 appliqué à donne
[TABLE]
Or, on remarque que . L’opérateur a donc l’effet de tuer les coefficients plus petits que . Comme , on a
[TABLE]
Par ailleurs, en utilisant, respectivement, le lemme I.19 et la définition de (cf. §I.3.4, (3)), on obtient
[TABLE]
ce qui permet de conclure. ∎
I.3.7. Interpolation des applications exponentielles
Des calculs du même genre montrent que
Proposition I.23**.**
Soient de Rham, , tel que , un caractère de conducteur tel que et un entier tel que l’équation a une solution dans et tel que soit un isomorphisme. On a alors l’égalité suivante dans
[TABLE]
Démonstration.
De la même façon que dans le lemme I.21, on montre que
[TABLE]
Observons que, si , alors . En appliquant la loi de réciprocité (théorème I.10), on voit que l’expression ci-dessus est égale à
[TABLE]
D’où
[TABLE]
Par le lemme I.19 et par le fait que est inversible sur et qu’on a donc le droit d’écrire , on a
[TABLE]
ce qui permet de conclure. ∎
Ceci finit la preuve du théoreme I.15.
I.3.8. Le cas des poids de Hodge-Tate positifs
Soit de Rham à poids de Hodge Tate positifs et notons toujours . Fixons un entier tel que . On a donc et, si , on peut appliquer la construction faite ci-dessus à l’élément (et ) pour obtenir une application . On commence avec quelques remarques
Lemme I.24**.**
Soient , un caractère localement analytique et . On a
[TABLE]
En particulier, si est localement constant, on a
[TABLE]
Démonstration.
Si , par définition de l’action de sur , on a
[TABLE]
et, si , la formule donne
[TABLE]
ce qui permet de conclure car . ∎
Lemme I.25**.**
Soient , un caractère de Dirichlet de conducteur et assez grand 252525Il suffit que soit plus grand que le plus grand poids de Hodge-Tate et assez grand de sorte que soit bijective.. Alors
[TABLE]
Démonstration.
C’est une conséquence directe de la proposition I.23 et du lemme I.24 ci-dessus. ∎
Lemme I.26**.**
Soient et comme dans la proposition I.22. Alors
[TABLE]
Démonstration.
Si l’on part de , les calculs faits dans la preuve de la proposition I.22 marchent en posant et donnent exactement le résultat cherché. ∎
En notant, comme précédemment, par l’application ou selon le cas, on peut résumer ces résultats dans la forme énoncée au début de du chapitre:
Théorème I.27**.**
Soient de Rham à poids de Hodge-Tate positifs et . Il existe une fonction rigide analytique telle que, si , où est un caractère de conducteur et est tel que ou , alors
[TABLE]
I.3.9. Le cas cristallin
Soit cristallin de rang . Supposons que les pentes de sur sont . On a (cf. [32, Lem. 3.16]) et, si , alors (cf. [7, Prop. 2.5.2]). Notons les valeurs propres de et choisissons une base , , de telle que pour tout . On peut alors écrire
[TABLE]
pour certaines distributions vérifiant , . Quelques calculs classiques nous permettent de montrer le résultat suivant
Proposition I.28**.**
Soient un caractère de conducteur , , et . On a alors
[TABLE]
En regardant le terme de droite de cette proposition, on en déduit
Corollaire I.29**.**
Soit cristallin, alors la fonction provient par restriction d’une fonction définie sur tout l’espace des poids.
I.4. Équation fonctionnelle en dimension
Dans cette section, nous utilisons le résultat principal de [40] (où on pourra trouver une exposition plus détaillée des résultats ainsi que ses preuves) pour en déduire une équation fonctionnelle satisfaite par la fonction locale quand le -module est de dimension , de Rham et non-triangulin. On commence par fixer un certain nombre de notations.
I.4.1. Notations
Soit de dimension , de Rham à poids de Hodge-Tate [math] et que l’on suppose non triangulin 262626D’après Kedlaya, tout module sur est étale à torsion près par un caractère ou triangulin. Dans ce dernier cas les calculs qui suivent sont déjà connus et l’hypothèse de non triangularité n’est donc pas vraiment restrictive. et notons , qui est à poids de Hodge-Tate tous nuls.
Étendons un peu les notations de I.3.3. Si est un caractère, on note une base du module muni d’actions de et via les formules et , . On note le module . Le choix de fournit un isomorphisme de -espaces vectoriels .
Soit le dual de Tate de , où est le -module étale libre de rang de base sur lequel et agissent par les formules si , . On note
[TABLE]
l’accouplement naturel. Soient et . Le fait que soit de dimension nous permet d’identifier . Comme les poids de Hodge-Tate de sont [math] et , et ceux de sont nuls, le caractère est localement constant et (et ). Notons .
Soit est un caractère localement constant, vu comme un caractère de en posant . Rappelons que l’on a un générateur du module , que dénote la base de duale de , et que . Ceci fournit deux bases et du module , reliées par la formule .
On aura besoin de jongler un peu avec des éléments habitant dans le module de de Rham des différents tordus de et de son dual de Tate et les identifications suivantes permettent de voir tous ces éléments dans . Fixons une base de et notons
[TABLE]
le produit scalaire défini par la formule .
L’isomorphisme induit un isomorphisme . On définit par la formule , ce qui nous permet de fixer les bases et du module et de son dual. On fixe aussi les bases et du module et de son dual.
Enfin, afin d’alléger les notations dans les calculs futurs, notons, pour comme ci-dessus et ,
[TABLE]
bases de et respectivement, et leurs duales
[TABLE]
ainsi que des bases des module et
[TABLE]
[TABLE]
et leurs duales
[TABLE]
[TABLE]
et les variantes évidentes que l’on puisse imaginer.
Par exemple, si est un caractère d’ordre fini, si et si , on écrira l’image de par l’isomorphisme
[TABLE]
et de même, si , on notera l’image de par l’isomorphisme
[TABLE]
Remarque I.30*.*
- •
Les bases des modules de de Rham ainsi définies héritent une action de l’opérateur . On a, par exemple,
[TABLE]
[TABLE]
- •
Il faut faire un peu d’attention et distinguer le caractère identité et le caractère cyclotomique . Les deux coïncident sur mais , tandis que le premier prend la valeur . Par exemple, agit trivialement sur l’élément mais .
I.4.2. Facteurs epsilon pour
Commençons par rappeler la définition des facteurs locaux associés à un caractère. Soit un caractère continu. On dit que est non ramifié si sa restriction à est triviale et il est ramifié dans le cas contraire. On définit son conducteur par [math] s’il est non ramifié, et par , où est le plus petit entier tel que la restriction soit triviale, dans le cas contraire. Notons (cf. [9], §6.23, [41, §1.1])
[TABLE]
le facteur epsilon associé au caractère . Il satisfait l’équation fonctionnelle
[TABLE]
On notera dans la suite .
I.4.3. Facteurs epsilon pour
Soit une représentation lisse irréductible de et notons sa contragrédiente. On note (cf. [9, §6]) le facteur epsilon de la représentation , ainsi que où est le conducteur de 272727Le conducteur est défini comme le plus petit entier tel que possède un élément fixe par les matrices de la forme K_{n}=\{{{\big{(}\begin{smallmatrix}a&b\\ c&d\end{smallmatrix}\big{)}}}\in\mathrm{M}_{2}({{\bf Z}_{p}}), mod . On a . . Observons que, si , alors 282828On note le caractère non-ramifié de envoyant {{\big{(}\begin{smallmatrix}a&b\\ c&d\end{smallmatrix}\big{)}}} vers .. Le facteur epsilon satisfait une équation fonctionnelle
[TABLE]
où est le caractère central de la représentation .
I.4.4. Une équation fonctionnelle locale
Soit étale de dimension , de Rham non triangulin à poids de Hodge-Tate [math] et . Soit de sorte que . Rappelons que la correspondance de Langlands permet (cf. [16, Prop. V.2.1], [12, Rem. V.14], [40, §2.5]) de construire une involution
[TABLE]
Plus précisement, notre -module peut être vu comme un faisceau {{\big{(}\begin{smallmatrix}{{\bf Z}_{p}}-\{0\}&{{\bf Z}_{p}}\\ 0&1\end{smallmatrix}\big{)}}}-équivariant 292929L’action de , et la multiplication par , , correspondant à {{\big{(}\begin{smallmatrix}p&0\\ 0&1\end{smallmatrix}\big{)}}}, {{\big{(}\begin{smallmatrix}a&0\\ 0&1\end{smallmatrix}\big{)}}} et {{\big{(}\begin{smallmatrix}1&b\\ 0&1\end{smallmatrix}\big{)}}} respectivement. sur dont les sections globales sont données par et la construction (cf. [16]) de la représentaiton de associée à par la correspondance de Langlands -adique est fondée sur l’extension de ce faisceaux en un faisceau -équivariant sur . On a un accouplement parfait et -équivariant sur et la suite exacte fondamentale de -modules suivante:
[TABLE]
De plus, on a un isomorphisme
[TABLE]
Si , on note l’image inverse de par cet isomorphisme. En notant w={{\big{(}\begin{smallmatrix}0&1\\ 1&0\end{smallmatrix}\big{)}}}, l’élément appartient donc à (\Pi(D)^{*}\otimes\omega_{D})^{{{\big{(}\begin{smallmatrix}p&0\\ 0&1\end{smallmatrix}\big{)}}}=\omega_{D}(p)}. On pose alors
[TABLE]
L’équation fonctionnelle suivante est le résultat principal de [40].
Théorème I.31**.**
Soit et notons . On a
[TABLE]
où
[TABLE]
pour tout , où dénote la représentation lisse de associée à (la représentation galoisienne associée à) par la correspondance de Langlands classique.
I.4.5. Équation fonctionnelle de la fonction locale
Le théorème I.31 nous permet de montrer une équation fonctionnelle pour la fonction .
Théorème I.32**.**
Soit étale de dimension , de Rham à poids de Hodge-Tate [math] et . Soient et . Soit un caractère de conducteur avec . Soient l’ouvert fourni par le théorème I.15 et tel que . Alors
[TABLE]
Démonstration.
Par le théorème I.27, on sait que
[TABLE]
L’équation fonctionnelle du théorème I.31 nous dit que
[TABLE]
Finalement, en appliquant encore une fois le théorème I.27, on obtient
[TABLE]
Ces trois équations et un petit calcul permettent de conclure. ∎
II. Fonction -adique d’une forme modulaire
Pour terminer, on applique les résultats obtenus à la représentation associée à une forme modulaire et au système d’Euler de Kato pour obtenir une construction (partielle) de la fonction -adique de la forme modulaire en question.
Soit
[TABLE]
une forme primitive (cuspidale, propre pour les opérateurs de Hecke, nouvelle et normalisée) de poids , niveau et caractère . Les opérateurs de Hecke agissent sur par . On note le corps de nombres engendré par les coefficients de et la forme conjuguée à . On note
[TABLE]
la normalisation de la fonction complexe de la forme . Soit une place de au-dessus de et soit . Notons la représentation galoisienne de dimension attachée à ([25, §6.3]) et , qui est de Rham à poids de Hodge-Tate [math] et .
En appliquant une version -adique de la conjecture de Bloch-Kato, on construit (cf. §II.2), pour tout (que l’on voit comme un caractère de Dirichlet de conducteur une puissance de ) et tout , un plongement -adique naturel
[TABLE]
des valeurs spéciales aux entiers négatifs de la fonction complexe (normalisée) de la forme modulaire. Rappelons que, dans la bande critique , les valeurs sont naturellement interprétés (cf. par exemple [25, Thm. 16.2]) -adiquement en les multipliant par les périodes complexes de la forme . Le théorème final (annoncé dans l’introduction) de ce texte peut être énoncé sous la forme suivante:
Théorème II.1**.**
Il existe un ouvert , ne dépendant que de l’extension sur laquelle la représentation galoisienne associée à dévient semi-stable, et contenant tous les caractères d’ordre fini assez ramifiés, et une fonction rigide analytique telle que, si , où est un caractère de conducteur et est tel que ou , alors
[TABLE]
De plus, la fonction satisfait une équation fonctionnelle de la forme
[TABLE]
où
[TABLE]
Finalement, si 303030Plus généralement, si la représentation associée à est cristabéline., est une valeur propre du polynôme de Hecke de de et est un vecteur propre du Frobenius cristallin de valeur propre , alors et on a
[TABLE]
Remarque II.2*.*
- •
Si , , on devrait pouvoir trouver un lien entre l’exposant et le discriminant de l’extension sur laquelle la -représentation dévient semi-stable, c’est-à-dire, entre et le rayon de surconvergence de l’équation différentielle -adique associée à . L’ouvert du théorème ne devrait donc dépendre que de .
- •
La dernière affirmation suit de la construction de Kato de la fonction -adique de en utilisant le Logarithme de Perrin-Riou, et du fait que la construction menée dans ce travail est une généralisation directe de celui-ci.
II.1. Notations et compléments
II.1.1. Conjecture de Bloch-Kato pour les formes modulaires
Soit la courbe modulaire de niveau et notons la -ième variété de Kuga-Sato de niveau et l’idempotent usuel (cf. [25, §1.1; §11.1] ou [43]). Soit le motif associé à la forme (cf. [22], [43]) et considérons
[TABLE]
dont est la réalisation -adique.
Notons l’algèbre engendrée par les opérateurs de Hecke de niveau premier à et le caractère associé à . On a une description (cf. [43], [19], [22])
[TABLE]
[TABLE]
[TABLE]
des groupes de cohomologie motivique, de Deligne et étale, respectivement, du motif , ainsi que des régulateurs
[TABLE]
[TABLE]
En utilisant les symboles d’Eisenstein définis par Beilinson (cf. [2]), on construit,pour , des éléments (cf. [21, §3.2], où les éléments sont notés )
[TABLE]
Si , on pose
[TABLE]
Enfin, on sait ([25, Thm. 13.6]) que les symboles modulaires , , engendrent sur , ce qui nous permet, en prenant des combinaisons linéaires des éléments , de définir, pour tout ,
[TABLE]
Proposition II.3** ([22, Thm. 4.1.1]).**
Soit . Alors
[TABLE]
où dénote le coefficient principal de la série de Taylor en de la fonction de sans ses facteurs en les places divisant .
II.1.2. Cohomologie syntomique
Les groupes de cohomologie syntomique d’un schema séparé de type fini sur un corps -adique, ainsi que des morphismes de périodes syntomiques
[TABLE]
et des morphismes de réalisation -adiques (ou syntomiques)
[TABLE]
de la cohomologie motivique vers la cohomologie syntomique compatibles avec les morphismes de périodes syntomiques et les réalisations étales, ont été définis dans [34] (cf. [34, Thm. A]).
Soient , et (et donc ). On a (cf. [34, rem. 4.14] et le diagramme qui le précède pour la première égalité et [25, Eq. 11.3.3] pour la deuxième) et, en appliquant le projecteur , en projetant sur la partie correspondante à la forme et en tordant, on obtient des régulateurs -adiques
[TABLE]
La proposition [34, Prop. 4.13], avec (et ) se traduit alors en la relation
[TABLE]
qui nous sera très utile dans la suite.
II.2. Plongements -adiques des valeurs spéciales
Soient comme ci-dessus et d’ordre fini, vu comme un caractère de Dirichlet en fixant un isomorphisme entre et . La proposition II.3 nous permet, en utilisant les régulateurs -adiques, de donner un sens -adique aux valeurs spéciales de la fonction complexe associée à en dehors de la bande critique.
Notons
[TABLE]
qui est de Rham à poids de Hodge-Tate [math] et . On a, inspirés de la proposition II.3, envie de voir les éléments comme les transmutations des valeur spéciales en -adique. Or, comme on l’a déjà remarqué, afin de construire une fonction interpolant ces valeurs, il faut les voir tous dans un même module. Rappelons que, pour un caractère de Dirichlet, on a
[TABLE]
Definition 3**.**
On pose 313131Notons que, dans la formule, on ”mutiplie” et ”divise” par la somme de Gauss de , de sorte qu’elle n’a moralement aucun effet. Le terme correspond, dans le monde -adique, à l’élément de Fontaine, apparaissant dans le facteur . Enfin, le facteur est le coefficient principal de la série de Laurent de en , où elle a un pôle simple., pour ,
[TABLE]
II.3. Interpolation
Dans cette section, on démontre que les constructions faites dans les chapitres précédents nous permettent d’interpoler les plongements -adiques des valeurs spéciales de la fonction complexe de définis dans II.2. Ceci constitue la preuve du théorème II.1 annoncé au début du chapitre. On démontre d’abord, en utilisant un deuxième résultat de Gealy reliant les classes de cohomologie motiviques au système d’Euler de Kato et le théorème I.27, les propriétés d’interpolation des valeurs spéciales aux entiers négatifs. On sait déjà, d’après les résultats de Kato, que les valeurs interpolées par notre fonction dans la bande critique s’interprètent bien en termes des valeurs spéciales complexes. Finalement, en utilisant une équation fonctionnelle du système d’Euler de Kato établie par Nakamura et l’équation fonctionnelle du théorème I.32, on obtiendra dans la section suivante une interprétation des valeurs spéciales aux entiers positifs , ce qui donne une image complète des valeurs interpolées par la fonction -adique d’une forme modulaire.
II.3.1. Relèvement motivique des éléments de Kato
Rappelons que, pour chaque , on a des éléments dans la cohomologie d’Iwasawa
[TABLE]
construits par Kato (cf. [25, Thm. 12.5]).
Proposition II.4** ([22, Prop. 9.1.1]).**
Soit . Alors
[TABLE]
Remarque II.5*.*
- •
La proposition 9.1.1 de [22] montre le résultat pour . Le cas quelconque s’en déduit des compatibilités des réalisations par des correspondances algébriques et de la définition des éléments zêta, et le cas d’un élément quelconque suit par linéarité.
- •
Remarquons que, par construction, et la proposition ci-dessus s’exprime donc aussi comme
[TABLE]
II.3.2. Interpolation aux entiers négatifs
Notons
[TABLE]
les -modules associés aux formes et . Rappelons que l’on a posé , qui est de Rham à poids de Hodge-Tate [math] et , et notons
[TABLE]
Lemme II.6**.**
Soit . On a
[TABLE]
Démonstration.
En utilisant le théorème II.4 et la remarque qui le suit, on obtient
[TABLE]
d’où, par la compatibilité entre le régulateur -adique et le régulateur étale, on en déduit
[TABLE]
Par ailleurs, le théorème I.27 affirme que
[TABLE]
d’où le résultat. ∎
II.3.3. La bande critique
Si , on pose
[TABLE]
On sait, d’après [25, Thm. 12.5], que les images de ces valeurs par l’application de périodes sont reliées aux valeurs spéciales de la fonction de . Le lemme suivant est immédiat
Lemme II.7**.**
Soit . Alors
[TABLE]
II.4. Équation fonctionnelle et valeurs aux entiers positifs
Pour l’interprétation -adique des valeurs , , on fera appel à l’équation fonctionnelle de la fonction locale, qui s’avéra fortement ressemblante à l’équation fonctionnelle complexe.
II.4.1. L’équation fonctionnelle complexe
Notons le groupe des adèles de . Soit un caractère d’ordre fini. On regarde comme un caractère de Dirichlet (via ) ainsi que comme un caractère de Hecke de la façon usuelle 323232Si est de conducteur , il est vu comme un caractère des idèles en utilisant la décomposition . Le caractère de induit par est (avec ) et, si , celui de est l’unique caractère non-ramifié caractère prenant la valeur en , où est n’importe quel relèvement de la classe de modulo .. La forme est supercuspidale et on note
[TABLE]
la représentation automorphe de associée à . On a . Notons le facteur epsilon global de la représentation défini par 333333Le produit étant fini car est non ramifiée en presque toute place
[TABLE]
où est le facteur epsilon de la représentation de , comme décrit dans §I.4.2, et .
La fonction complexe satisfait l’équation fonctionnelle 343434Le décalage en provient du fait que les facteurs locaux des représentations de sont normalisés de sorte que le centre de symétrie de l’équation fonctionnelle des fonctions soit situé en , tandis que celui des fonctions automorphes l’est en .
[TABLE]
Si est un entier, on peut écrire l’équation fonctionnelle sous la forme
[TABLE]
ou bien
[TABLE]
En décomposant le facteur epsilon, on peut réécrire l’équation fonctionnelle sous la forme suivante:
[TABLE]
Remarquons pour finir que, si l’on écrit , alors, pour , on a l’égalité
[TABLE]
et, en utilisant le fait que le conducteur de est , on en déduit
[TABLE]
II.4.2. L’équation fonctionnelle du système d’Euler de Kato, d’après Nakamura
Écrivons , . Si , notons l’élément dual à sous l’accouplement parfait donné par la dualité de Poincaré.
On note
[TABLE]
[TABLE]
[TABLE]
les tordus des systèmes d’Euler associés aux formes et et l’image par l’involution de (cf. §I.4.4), respectivement.
Proposition II.8** ([33, Conj. 4.4; Thm. 4.6; Prop. 4.7]).**
Notons . Alors
[TABLE]
Remarque II.9*.*
- •
[33, Conj. 4.4] est énoncé en termes de facteurs epsilon des représentations de Weil-Deligne. Sa démonstration (dans le cas de Rham non triangulin) est basée sur la compatibilité locale-globale dans la correspondance de Langlands -adique et [33, Prop. 3.14]. Cette dernière proposition peut être énoncée naturellement (cf. thm. I.31) en termes de facteurs locaux des représentations de . La preuve de la proposition ne ferait donc pas usage de la compatibilité locale-globale et elle resterait donc purement locale.
- •
Il faut faire un peu d’attention car les normalisations des facteurs locaux dans ce travail ne coïncident pas avec celles de [33]. Comme on l’a remarqué, dans le texte présent, les facteurs locaux des représentations lisses sont normalisés de sorte que l’équation fonctionnelle de la fonction soit centrée en , tandis que, dans [33], elle est centrée en . La différence entre les facteurs locaux est donc un twist par .
II.4.3. L’équation fonctionnelle de la fonction -adique
L’équation fonctionnelle du système d’Euler de Kato et l’équation fonctionnelle I.32 nous permettent d’interpréter les valeurs aux entiers positifs de la fonction .
Théorème II.10**.**
Soit un entier. Alors
[TABLE]
où
[TABLE]
Démonstration.
En appliquant le théorème I.32 (avec au lieu de , au lieu de et au lieu de ), on obtient
[TABLE]
où
[TABLE]
Observons que
[TABLE]
Comme , on en déduit
[TABLE]
D’après le théorème I.27, on a
[TABLE]
On a
[TABLE]
où on a utilisé la proposition II.8 dans la deuxième égalité, et la définition de l’action de sur dans la troisième. En utilisant l’égalité
[TABLE]
on en déduit
[TABLE]
En rassemblant les formules (4) et (5), on déduit le résultat.
∎
Remarque II.11*.*
Notons que, pour , les valeurs du côté droite de la formule du théorème s’interprètent en termes des valeurs spéciales de la fonction complexe de . En utilisant l’équation fonctionnelle complexe on peut traduire ceci et donner une formule d’interpolation de la fonction -adique en termes de valeurs spéciales complexes en tout entier .
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