Extensions +∞-w0-générées
El Hassane Fliouet
Résumé
In this note, we continue to be interested in the relationship that connects the restricted distribution of finitude at the local level of intermediate fields of a purely inseparable extension K/k to the absolute or global finitude of K/k. In "w0-generated field extensions,
Arch. Math. 47, (1986), 410-412", JK Deveney constructed an example of modular extension K/k called w0-generated such that for any proper subfield L of K/k, L is finite over k, and for every n∈N, we have [kp−n∩K:k]=p2n. This example has proved to be extremely useful in the construction of other examples of w0-generated extensions. In particular, we prolong the w0-generated to an extension of unspecified finite size.
However, when K/k is of unbounded size, we show that any modular extension of unbounded exponent admits a proper subextension of unbounded exponent. This brings us to study the w0-generated in the restricted sense. In addition, with the aim of extending the w0-generated to a purely inseparable extension of unbounded size, we propose other generalizations.
Mathematics Subject Classification MSC2010: Primary 12F15
Keywords:
Purely inseparable, Degree of irrationality, Modular extension, w0-generated field extensions, +∞-w0-generated, q-finite extension.
1 Introduction
Soit K/k une extension purement inséparable de caractéristique p>0. Une partie B de K est dite r-base de K/k si K=k(Kp)(B), et pour tout x∈B, x∈k(Kp)(B∖{x}). En vertu du ([16], III, p. 49, corollaire 3) et de la propriété d’échange des r-bases, on en déduit que toute extension admet une r-base et que le cardinal d’une r-base est invariant. Si de plus K/k est d’exposant fini, on vérifie aussitôt que B est une r-base de K/k si et seulement si B est un générateur minimal de K/k. Sous ces conditions, on désigne par di(K/k)=∣G∣, où G est un générateur minimal de K/k, le degré d’irrationalité de K/k, et par di(k)=∣B∣, où B est une r-base de k/kp, le degré d’imperfection de k. Ces deux invariants permettent de mesurer respectivement la taille de K/k et la longueur de k.
Notamment, la taille d’une extension croit en fonction de l’inclusion. Plus précisément, pour toute chaine d’extensions d’exposant borné k⊆L⊆K, on a di(L/k)≤di(K/k) (cf. [10]). En particulier, cette propriété permet d’étendre la meseure de la taille à une extension purement inséparable K/k quelconque par prolongement vertical du degré d’irrationalité des sous-extensions intermédiaires d’exposant fini de K/k. Ainsi, on pose di(K/k)=n∈Nsup(di(kp−n∩K/k)), ici le sup est employé dans le sens ([16], III, p. 25, proposition 2). Dans ce contexte, on montre dans (cf. [10]) que la mesure de la taille d’une extension est compatible avec l’inclusion et la linéarité disjointe. En d’autres termes, on a :
Pour toute chaine d’extensions purement inséparables k⊆L⊆L′⊆K, on a di(L′/L)≤di(K/k)≤di(k)
Pour tous corps intermédiaires K1 et K2 de K/k, k-linéairement disjoints, on a di(K1(K2)/k)=di(K1/k)+di(K2/k) et di(K1(K2)/K2)=di(K1/k).
En outre, di(K/k)=sup(di(L/k)), où k⊆L⊆K. Autrement dit, la mesure de la taille de K/k est vue comme limite inductive du degré d’irrationalité de ces sous-extensions intermédiaires.
Dans cette note, nous continuons à s’intéresser à la relation qui relit la répartition restreinte de la finitude au niveau des corps intermédiaires d’une extension purement inséparable K/k à la finitude absolue ou globale de K/k.
Dans [9], J. K. Deveney construit un exemple d’extension modulaire K/k dite extension w0-générée tel que toute sous-extension propre de K/k est finie, et telle que pour tout n∈N, on a [kp−n∩K:k]=p2n. Il est facile de vérifier que
di(kp−n∩K/k))=2, et donc K/k est relativement parfaite d’exposant non borné dont la mesure de la taille vaut 2. En particulier, K/k ne conserve pas la distribution de la finitude au niveau local des corps intermédiaires de K/k. Ainsi, on peut espérer étendre la w0-génératrice à une extension de taille quelconque.
Dans cette perspective, dans [2] on construit pour tout entier j une extension purement inséparable K/k d’exposant non borné vérifiant :
Toute sous-extension propre de K/k est finie;
Pour tout n∈N, [kp−n∩K:k]=pjn.
Améliorant ainsi le contre-exemple de J. K. Deveney, une telle extension est relativement parfaite d’exposant non borné, et pour tout n∈N, di(kp−n∩K/k)=j. Il est également clair que K/k ne conserve pas la finitude restreinte.
Il s’agit donc d’une forme d’irréductibilité dans le sens où K/k ne peut se décomposer sous la forme k⟶K1⟶K avec K1/k et K/K1 ont chacune un exposant non borné. D’autre part, toute extension de taille finie est composée d’extensions w0-générées.
Toutefois, lorsque la taille de K/k n’est pas borné, on montre que toute extension modulaire d’exposant non borné admet une sous-extension d’exposant non borné. En particulier, on montre pour qu’une extension w0-générée soit de taille finie il faut et il suffit que la plus petite sous-extenion m de K/k telle que K/m est modulaire soit non triviale (m=K), et par suite si l’on tient compte de ce résultat, il est fort probable que la w0-génératrice soit liée aux extensions de taille finie. Ceci, nous amène à étudier de près la w0-génératrice au sens restreint. Conformément à cette approche, et dans le but d’étendre la w0-génératrice aux extensions purement inséparables de taille non bornée, on propose d’autres généralisations. Une extension K/k est dite j-w0-générée si K/k n’admet aucun corps intermédiaire L d’exposant non borné sur k et de degré d’irrationalité inférieur ou égal j. Il s’agit d’une forme d’irrédictubilité locale conditionnée par la mesure de la taille. En particulier, si pour tout entier j, K/k est j-w0-générée, K/k sera appelée +∞-w0-générée. On vérifie aussitôt que toute extension w0-générée est +∞-w0-générée et inversement toute extension +∞-w0-générée de taille finie est w0-générée. Il s’agit d’une répartition absolue de la w0-génératrice au niveau des extensions de taille finie. Par ailleurs, pour des raisons de la non-contradiction, on construit un exemple d’extension +∞-w0-générée de taille infinie.
Enfin, il est à noter qu’au cours de cette note, on reprend, les notations et les résultats élémentaires de [10],
puisqu’ils sont utilisés avec toute leur force ici.
2 Généralité
D’abord, nous commencerons par donner une liste préliminaire des notations le plus souvent utilisées tout le long de ce travail :
k* désigne toujours un corps commutatif de caractéristique p>0, et Ω une clôture algébrique de k.*
kp−∞* indique la clôture purement inséparable de Ω/k.*
Pour tout a∈Ω, pour tout n∈N∗, on symbolise la racine du polynôme Xpn−a dans Ω par ap−n. En outre, on pose k(ap−∞)=k(ap−1,…,ap−n, …)=n∈N∗⋃k(ap−n) et
kp−n={a∈Ω∣ ,apn∈k}.
Pour toute famille B=(ai)i∈I d’éléments de Ω, on note k(Bp−∞)=k((aip−∞)i∈I).
Enfin, |.| sera employé au lieu du terme cardinal.
Il est à signaler aussi que toutes les extensions qui interviennent dans ce papier sont des sous-extensions purement inséparables de Ω, et il est commode de noter [k,K] l’ensemble des corps intermédiaires d’une extension K/k.
2.1 r-base, r-générateur
Définition 2.1
Soit K/k une extension. Une partie G de K
est dite r-générateur de K/k, si K=k(G) ; et si de plus pour
tout x∈G, x∈k(G\x), G sera appelée
r-générateur minimal de K/k.
Définition 2.2
Etant données une extension K/k de caractéristique p>0 et
une partie B de K. On dit que B est une r-base de K/k, si B
est un r-générateur minimal de K/k(Kp). Dans le même ordre d’idées, on dit que B est
r-libre sur k, si B est une r-base de k(B)/k ; dans le cas
contraire B est dite r-liée sur k.
Voici quelques cas particuliers :
Toute r-base de k/kp s’appelle p-base de k.
Egalement, toute partie d’éléments de k, r-libre sur kp sera appelée p-indépendante (ou p-libre) sur kp.
Ici B désigne une partie d’un corps commutatif k de caractéristique p>0. Comme conséqueces immédiates on a :
B* est p-base de k si et seulement si pour tout n∈Z, Bpn l’est également de kpn.*
B* est r-libre sur kp si et seulement si pour tout n∈Z, Bpn l’est auusi sur kpn+1.*
B* est p-base de k si et seulement si B est un r-générateur minimal de k/kp.*
B* est p-base de k si et seulement si pour tout n∈N∗, kp−n=⊗k(⊗k k( ap−n ))a∈B
et pour tout a∈B, a∈kp. En particulier, B est p-base de k si et seulement si kp−∞=⊗k(⊗kk(ap−∞))a∈B et pour tout a∈B, a∈kp.*
Il est à noter que le produit tensoriel est utilisé conformément à la définition 5 (cf. [17], III, p. 42). Il est vu comme limite inductive du produit tensoriel d’une famille finie de k-algèbre.
Toutefois, la proposition ci-dessous permet de ramener l’étude des propriétés des systèmes r-libres des extensions de haureur ≤1, (Kp⊆k) au cas fini. Plus précisément, on a :
Proposition 2.1
Soit K/k une extension de caractéristique p>0. Une partie B de K est r-libre sur k(Kp) si et seulement s’il en est de même pour toute sous-partie finie de B.
**Preuve. **Immédiat. \sqcap$$\sqcup
Proposition 2.2
Soit K/k une extension de caractéristique p>0. Toute partie finie B de K satisfait [k(Kp)(B):k(Kp)]≤p∣B∣, et il y’a égalité si et seulement si B est r-libre sur k(Kp).
**Preuve. **Notons B={x1,…,xn}, comme pour tout i∈{1,…,n}, on a xip∈k(Kp)⊆k(Kp)(x1,…,xi−1), alors [k(Kp)(x1,…,xi):k(Kp)(x1,…,xi−1)] ≤p, et il y’a égalité si et seulement si xi∈k(Kp)(x1,…,xi−1). Compte tenu de la transitivité de la finitude, on a
[k(Kp)(x1,…,xn):k(Kp)]=i=1∏n[k(Kp)(x1, …, xi):k(Kp)(x1,…,xi−1)]≤pn, et il y’a égalité si et seulement si B est r-libre sur k(Kp). \sqcap$$\sqcup
Corollaire 2.3
Soit K/k une extension de caractéristique p>0. Une partie B de K est r-libre sur k(Kp) si et seulement si pour toute sous-partie finie B′ de B, on a [k(Kp)(B′):k(Kp)]=p∣B′∣.
Comme application, le résultat ci-dessous montre que la r-indépendance est transitive dans le cas des extensions de hauteurs 1. Autrement dit :
Proposition 2.4
Etant donnée une extension K/k de caractéristique p>0. Deux parties
B1 et B2 de K sont respectivement r-libres sur k(Kp) et k(B1)(Kp)
si et seulement si B1∪B2 l’est
sur k(Kp). En particulier, si B1 est une r-base de
k(Kp)/Kp, et B2 est une r-base de K/k(B1)(Kp), alors B1∪B2 est p-base de K.
**Preuve. **La condition suffisante résulte aussitôt de la définition des r-bases. Par ailleurs, d’après la proposition 2.1, on se ramène au cas où B1 et B2 sont finies. En vertu de la proposition 2.2, on a [k(Kp)(B1∪B2):k(Kp)]=[k(Kp)(B1∪B2):k(Kp)(B1)].[k(Kp)(B1):k(Kp)]=p∣B2∣.p∣B1∣=p∣B2∣+∣B1∣ =p∣B1∪B2∣, et par suite B1∪B2 est r-libre sur k(Kp). \sqcap$$\sqcup
Comme conséquences immédiates :
Corollaire 2.5
Soient k⊆L⊆K des extensions purement inséparables et B1, B2 deux parties respectivement de K et L. Si B1 est une r-base de K/L et B2 une r-base de L(Kp)/k(Kp), alors B1∪B2 est une r-base de K/k.
Corollaire 2.6
Soient K/k une extension de caractéristique p>0, x un élément de K, et B
une partie r-libre sur k(Kp). Pour que B∪{x} soit r-libre sur k(Kp) il faut et il suffit que x∈k(Kp)(B).
**Preuve. **immédiat. \sqcap$$\sqcup
Théorème 2.7
[théorème de la r-base incomplète] Etant données une extension K/k de caractéristique p>0, et une partie B de K, r-libre sur k(Kp). Pour tout
r-générateur G de K/k(Kp), il existe un sous-ensemble G1 de G
tel que B∪G1 est une r-base de K/k.
**Preuve. **Le cas où k(Kp)(B)=K est trivialement évident. Si k(Kp)(B)=K, il existe x∈G tel que
x∈k(Kp)(B). En effet, si pour tout x∈G, x∈k(Kp)(B), comme G est un r-générateur de K/k(Kp), on aura k(Kp)(G)=K⊆k(Kp)(B), absurde. D’après le lemme précédent, B∪{x}
est une partie r-libre sur k(Kp). Posons ensuite H={L⊂G tel
que B∪L est r-libre sur k(Kp)}. IL est clair que H est inductif, et donc d’après
le lemme de Zorn, H admet un élément maximal que l’on note M. Soit B1=M∪B, nécessairement K=k(Kp)(B1), si
K=k(Kp)(B1), il existe également un élément y de G tel que y∈k(Kp)(B1), et donc B1∪{y} serait
r-libre sur k(Kp) ; c’est une contradiction avec
le fait que M est maximal. \sqcap$$\sqcup
Voici quelques conséquences immédiates :
De tout r-générateur de K/k(Kp) on
peut en extraire une r-base de K/k.
Toute partie r-libre sur k(Kp) peut
être complétée en une r-base de K/k. En particulier, toute partie p-indépendante sur kp peut être étendue en une p-base de k.
Toute extension K/k admet une r-base. En outre, tout corps commutatif de caractéristique p>0 admet une p-base.
Par ailleurs, toutes les r-bases d’une même extension ont même cardinal comme le précise le résultat suivant.
Théorème 2.8
Soit K/k une extension de caractéristique p>0. Si B1
et B2 sont deux r-bases de K/k, alors ∣B1∣=∣B2∣.
Pour la preuve de ce théorème on se sérvira des résultats
suivants.
Lemme 2.9
[Lemme d’échange]* Sous les conditions du théorème
précédent, pour tout x∈B2, il existe x1∈B1 tel
que (B1\{x1})∪{x} est une r-base de K/k.*
**Preuve. **Choisissons un élément arbitraire x de B2, comme B2 est une r-base de K/k, il en résulte que
{x} est r-libre sur k(Kp). Compte tenu du
théorème 2.7, il existe B1′⊂B1 tel que B1′∪{x} est une r-base de K/k. D’où, p=[k(Kp)(B1′)({x}):k(Kp)(B1′)]=[K:k(Kp)(B1′)]=[k(Kp)(B1′)(B1\B1′):k(Kp)(B1′)], et comme
B1\B1′ est r-libre sur k(Kp)(B1′), on en déduit que ∣B1\B1′∣=1, c’est-à-dire B1\B1′ est réduit à un singleton. \sqcap$$\sqcup
Proposition 2.10
Soit K/k une extension de caractéristique p>0. Si K/k admet au moins une r-base finie, alors toutes les r-bases de K/k sont finies et ont même cardinal.
**Preuve. **Immédiat, il suffit d’appliquer la proposition 2.2. \sqcap$$\sqcup
Preuve du théorème 2.8. D’après la prroposition 2.1, on se ramène au cas où ∣B1∣ et ∣B2∣ sont infinies.
Comme B1 est une r-base de K/k, pour tout x∈B2, il existe une partie finie D(x) de B1 telle
que x∈k(Kp)(D(x)), et par suite K=k(Kp)(B2)⊆k(Kp)(x∈B2⋃(D(x))). Il en résulte que x∈B2⋃(D(x))=B1, et en vertu du ([16], III, p. 49, cor 3), on obtient ∣B1∣≤∣B2∣.∣N∣=∣B2∣. De la même façon on montre que
∣B2∣≤∣B1∣ ; d’où
∣B1∣=∣B2∣. \sqcap$$\sqcup
Comme conséquence, on a :
Corollaire 2.11
Pour toute partie B1 de K, r-libre sur k(Kp), et tout
r-générateur G de K/k, on a ∣B1∣≤∣G∣.
**Preuve. **Immédiat, puisque tout r-générateur peut se réduire (respectivement toute famille r-libre peut se compléter) en une r-base. \sqcap$$\sqcup
Dans le cas où K/k(Kp) est finie, compte tenu du théorème de la r-base incomplète, un r-générateur G de K/k(Kp) est une r-base de K/k si et seulement si ∣G∣=Logp([K:k(Kp)]). En particulier, si B est une r-base de K/k et G un
r-générateur de K/k(Kp) tels que ∣B∣=∣G∣<+∞, alors G est une r-base de K/k.
Soit K/k une extension purement inséparable de caractéristique p>0. On rappelle que K est dit d’exposant fini sur k,
s’il existe e∈N tel que Kpe⊆k, et le plus petit entier qui satisfait cette relation sera appelé exposant (ou hauteur) de K/k. Certes,
la proposition suivante permet de ramener l’étude des propriétés des r-générateurs minimals des extensions
d’exposant fini au cas des extensions de hauteur 1, lesquelles sont plus riches.
Proposition 2.12
Soit K/k une extension purement inséparable d’exposant fini. Pour qu’une partie de K soit une r-base de K/k il faut et il suffit que elle soit r-générateur minimal de K/k.
**Preuve. **Soit G une r-base de K/k, donc K=k(Kp)(G)=⋯=k(Kpe)(G) =k(G), et s’il existe x∈G tel que x∈k(G\{x}), on aura x∈k(Kp)(G\{x}), c’est une contradiction avec le fait que
G est une r-base de K/k. Inversement, pour tout r-générateur minimal G de K/k, on a
K=k(G)=k(Kp)(G), et s’il existe x∈G tel que x∈K=k(Kp)(G\x)=⋯=k(Kpe)(G\{x}=k(G\{x}), on aura une contradiction avec le fait que G est
un r-générateur minimal de K/k. \sqcap$$\sqcup
Théorème 2.13
Soit L/k une sous extension d’une extension purement inséparable d’exposant fini K/k. Pour toutes r-bases BL et BK respectivement de
L/k et K/k, on a ∣BL∣≤∣BK∣.
**Preuve. **On distingue deux cas :
1-ier cas. Si K/k est d’exposant 1, c’est-à-dire Kp⊆k, donc Lp⊆k. D’après le théorème 2.7, il existe B1⊆BK
tel que BL∪B1 est une r-base de K/k, et par suite ∣BL∣≤∣BL∪B1∣=∣BK∣.
2-ième cas. Etant donné un entier naturel e distinct de [math] et 1. Raisonnons par récurrence en supposant que le théorème est vérifié pour toute extension d’exposant <e, et soit K/k une extension purement inséprable d’exposant e. Il est clair que k(Kp)⊆L(Kp)⊆K, et donc il existe B1⊆BL et B2⊆BK telles que B1 et B2 sont deux r-bases respectivement de L(Kp)/k(Kp) et K/L(Kp). D’après la transitivité de la r-indépendance, B1∪B2 est une r-base de K/k(Kp). Posons ensuite k1=k(B1) et BL′=BL∖B1 ; on vérifie aussitôt que L⊆k1(Kp)=k1(B2p), et k1(Kp)/k1 est d’exposant <e. Par application de la propriété de récurrence et du corollaire 2.11,
on obtient ∣BL′∣≤∣B2p∣=∣B2∣. Comme B1∩BL′=∅ et B1∩B2=∅, alors ∣B1∪BL′∣≤∣B1∪B2∣, et par suite ∣BL∣≤∣BK∣. \sqcap$$\sqcup
3 Degré d’irrationalité
Soit K/k une extension purement inséparable. Désormais, et sauf mention expresse du contraire, pour tout n∈N∗, on note kn=kp−n∩K, on obtient ainsi k⊆k1⊆⋯⊆kn⊆⋯⊆K, et kn/k est d’exposant fini. Soit Bn une r-base de kn/k, d’après le théorème 2.13, ∣Bn∣≤∣Bn+1∣.
Ensuite, on pose di(K/k)=n∈N∗sup(∣Bn∣), on rappelle que le sup est utilisé ici au sens du ([16], III, p. 25, proposition 2).
Définition 3.1
L’invariant di(K/k) défini ci-dessus s’appelle le degré d’irrationalité de K/k.
En particulier, et pour des raisons de différenciation, le degré d’irrationalité de k/kp sera appelé degré d’imperfection de k et sera noté di(k).
Remarque 3.1
di(K/k)* permet de mesurer la taille de l’extension K/k, et di(k) la longueur de k.*
Toutefois, on vérifie aussitôt que :
di(K/K)=0.
Pour tout n∈Z, di(k)=di(kpn)=di(kp−∞/k).
Compte tenu du corollaire 2.5, pour toute sous-extension L/k de K/k, on a di(K/k(Kp))=di(K/L(Kp))+di(L(Kp)/k(Kp)). Plus généralement, si K/k est d’exposant 1, on a di(K/k)=di(K/L)+di(L/k).
En vertu de la proposition 2.2, pour toute extension purement inséparable d’exposant fini K/k, on a di(K/k)=di(K/k(Kp)).
Théorème 3.1
Soient k⊆L⊆K des extensions purement inséparables, on a
di(L/k)≤di(K/k). En outre, di(K/k)=sup(di(L/k))L∈[k,K].
**Preuve. **D’après le théorème 2.13, il suffit de remarquer que pour tout n≥1, on a di(kp−n∩L/k)≤di(kn/k), et donc sup(di(kp−n∩L/k))n≥1≤sup(di(kn/k))n≥1 ; ou encore di(L/k)≤di(K/k). \sqcap$$\sqcup
Une conséquence type est le résultat suivant :
Théorème 3.2
Pour toute extension purement inséparable K/k, on a di(K/k) ≤di(k).
**Preuve. **Il suffit de remarquer qu’une partie B de k est une p-base de k si et seulement si Bp−n est une r-base de kp−n/k pour tout n≥1. Comme kp−∞=n≥1⋃kp−n, on a pour tout n≥1, kp−n∩K⊆kp−∞, et par suite di(K/k)≤di(kp−∞/k)=di(k). \sqcap$$\sqcup
Proposition 3.3
Soit (Kn/k)n∈N une famille croissante de sous-extensions purement inséparables d’une extension Ω/k. On a :
[TABLE]
**Preuve. **Notons K=n∈N⋃Kn, et soit j un entier naturel non nul. Il est immédiat que kj=kp−j∩K=n∈N⋃(kp−j∩Kn). Dans la suite on distingue deux cas :
1-ier cas : si di(kj/k) est fini, ou encore kj/k est finie. Comme pour tout n∈N, on a kp−j∩Kn⊆kp−j∩Kn+1⊆kp−j∩K, alors la suite d’entiers ([kp−j∩Kn:k])n∈N est croissante et bornée, donc stationnaire à partir d’un rang n0 ; et par conséquent pour tout n≥n0, kp−j∩Kn=kp−j∩Kn+1. En outre, di(kp−j∩K/k)=di(kp−j∩Kn0/k)=n∈Nsup(di(kp−j∩Kn/k)).
2-ième cas : si di(kp−j∩K/k) est infini, ou encore n∈Nsup(di(kp−j∩Kn/k)) n’est pas fini. Comme kp−j∩K=n∈N⋃(kp−j∩Kn), donc si Bnj est une r-base de kp−j∩Kn/k, alors n∈N⋃Bnj est un r-générateur de kp−j∩K/k. En vertu du corollaire 2.11, di(kp−j∩K/k)≤∣n∈N⋃Bnj∣, et d’après ([16], III, p.49, corollaire 3), ∣n∈N⋃Bnj∣≤n∈Nsup(∣Bnj∣)=n∈Nsup(di(kp−j∩Kn/k)).
Compte tenu de ces deux cas, on en déduit que di(K/k)≤n∈Nsup(di(Kn/k)). Mais comme Kn⊆K pour tout n≥1, d’après le théoréme 3.1 on obtient n∈Nsup(di(Kn/k))≤di(K/k), et par suite di(K/k)=n∈Nsup(di(Kn/k)). \sqcap$$\sqcup
Le résultat suivant qui est une conséquence bien connue de la linéarité disjointe intervient souvent dans le reste de ce papier.
Proposition 3.4
Soient K1/k et K2/k deux sous-extensions d’une même extension K/k, k-linéairement disjointes. Pour touts corps intermédiaires L1 et L2 respectivement de K1 et K2, on a L2(K1) et L1(K1) sont k(L1,L2)-linéairement-disjointes. En particulier, L2(K1)∩L1(K2)=k(L1,L2).
Une famille (Fi/k)i∈J d’extensions est dites k-linéairement disjointes, si pour toute partie G d’éléments finis de J, (Fn/k)n∈G sont k-linéairement disjointes (cf. [18], p. 36). Il est trivialement évident que k((Fi)i∈J)=i∈J∏Fi≃⊗k(⊗kFi)i∈J si et seulement si (Fi/k)i∈J sont k-linéairement disjointes. De plus, les propriétés de la linéarité disjointe du cas fini se prolonge naturellement à une famille quelconques d’extensions k-linéairement disjointes. En particulier, pour tout i∈J, soit Li un sous-corps de Fi, si (Fi/k)i∈J sont k-linéairement disjointes, compte tenu de la transitivité de la linéarité disjointe, (Li/k)i∈J (resp. ((n∈J∏Ln)Fi/k)i∈J) sont k-linéairement (resp. n∈J∏Ln-linéairement) disjointes.
Considérons maintenant deux sous-extensions K1/k et K2/k d’exposant fini d’une même extension purement inséparable K/k. On vérifie aussitôt que si B1 et B2 sont deux r-bases respectivement de K1/k et K2/k, alors B1 et B1∪B2 sont deux r-générateurs respectivement de K1(K2)/K2 et K1(K2)/k. En outre, di(K1(K2)/K2)≤di(K1/k) et di(K1(K2)/k)≤di(K1/k)+di(K2/k). D’une façon plus précise, on a :
Proposition 3.5
Sous les conditions ci-dessus, et si de plus K1/k et K2/k sont
k-linéairement disjointes, on a :
B1∪B2* est une r-base de K1(K2)/k.*
B1* est une r-base de K1(K2)/K2.*
**Preuve. **Ici, on se contente de présenter uniquement la preuve du premier item, puisque les deux assertions utilisent les mêmes techniques de raisonnement.
Il est clair que K1(K2)=k(B1∪B2), il suffit donc de montrer que B1∪B2 est minimal. Pour cela, on suppose par exemple l’existence d’un élément x dans B1 tel que x∈k((B1∖{x})∪B2)=K. Comme K1/k et K2/k sont k-linéairement disjointes, par transitivité, on a k(B1)=K1 et K2(B1∖{x})=K sont k(B1∖{x})-linéairement disjoints, et
donc K1=K∩K1=k(B1∖{x}), c’est une contradiction avec le fait que B1 est une r-base de K1/k. \sqcap$$\sqcup
Comme conséquence immédiate, on a
Corollaire 3.6
Soient K1 et K2 deux corps intermédiaires d’une même extension purement inséparable Ω/k. Alors :
di(K1(K2)/k)≤di(K1/k)+di(K2/k), et il y’a égalité si K1 et K2 sont k-linéairement disjoints.
di(K1(K2)/K2)≤di(K1/k), et il y’a égalité si K1 et K2 sont k-linéairement disjoints.
**Preuve. **Il suffit de remarquer que K1(K2)=j∈N⋃(kp−j∩K1)(kp−j∩K2)=j∈N⋃K2(kp−j∩K1), et si K1 et K2 sont k-linéairement disjoints, d’après la transitivité de la linéarité disjoint, kp−j∩K1 et kp−j∩K2 sont aussi k-linéairement disjoints pour tout j≥1. On se ramène ainsi au cas où K1/k et K2/k sont d’exposant fini auquel cas le résultat découle immédiatement de la proposition précédente. \sqcap$$\sqcup
Comme conséquence immédiate, on a :
Corollaire 3.7
Pour toute sous-extension L/k d’une extension purement inséparable K/k, on a di(L(Kp) /k(Kp))≤di(L/k(Lp)), et il y’a égalité si k(Kp) et L sont k(Lp)-linéairement disjointes.
**Preuve. **Due au corollaire 3.6. \sqcap$$\sqcup
Le résultat suivant améliore naturelement les conditions du théorème 3.1
Théorème 3.8
Pour toute famille d’extensions purement inséparables k⊆L⊆L′⊆K, on a di(L/L′)≤di(K/k).
**Preuve. **Il est clair que K=j∈N⋃L(kj), et d’après la proposition 3.3, et le théorème 3.1, on a di(L′/L)≤di(K/L)=j∈Nsup(di(L(kj)/k))≤j∈Nsup(di(kj/k))=di(K/k). \sqcap$$\sqcup
Comme conséquence immédiate, on a :
Corollaire 3.9
Pour toute extension purement inséparable K/k, on a di(K)≤di(k).
**Preuve. **Il suffit de remarque que K⊆kp−∞, et di(K)=di(K/Kp)≤di(kp−∞/kp)=di(k). \sqcap$$\sqcup
3.1 Extensions relativement parfaites
Au cours de cette section, on reprend, en les améliorant, quelques notions et résultats de [5], puisqu’ils sont utilisés fréquemment ici.
Un corps k de caractéristique p est dit parfait si kp=k ; dans le même ordre d’idées,
on dit que K/k est relativement parfaite si k(Kp)=K. On vérifie aisément que :
La relation "être relativement parfaite" est transitive, c’est-à-dire si K/L et L/k sont relativement parfaites, alors K/k l’est aussi.
Si K/k est relativement parfaite, il en est de même de L(K)/k(L).
La propriété "être relativement parfaite" est stable par un produit quelconque portant sur k. Autrement dit, pour toute famille (Ki/k)i∈I d’extensions relativement parfaites, on a alors i∏Ki/k est aussi relativement parfaite.
Par suite, il existe une plus grande sous-extension relativement parfaite de K/k appelée clôture relativement parfaite de K/k, et se note rp(K/k).
On a les relations
d’associativité-transitivité suivantes.
Proposition 3.10
Soit L un corps intermédiaire de
K/k. Alors
[TABLE]
**Preuve. **Cf. [5], p. 50, proposition 5.2. \sqcap$$\sqcup
Corollaire 3.11
Pour tout L∈[k,K], on a K/L finie⟹rp(K/k)⊂L.
En particulier, si K/k est relativement parfaite, on a K/L\hbox{
finie }\Longrightarrow L=K.
Schématiquement on a un trou
[TABLE]
et ce trou caractérise le fait que K/k est
relativement parfaite. En effet, supposons que
K/k vérifie le trou et soit B une r-base de K/k.
Supposons B=∅;
soit x∈B et L=k(Kp)(B∖{x}); on a K/L est
finie, donc K=L ce qui est absurde.
Proposition 3.12
Soit K/k une extension purement inséparable telle que [K:k(Kp)] est fini. Alors on a :
K* est relativement parfaite sur une extension finie de k.*
La suite décroissante (k(Kpn))n∈N est stationnaire sur k(Kpn0)=rp(K / k).
**Preuve. **Cf. [5], p. 51,
lemme 2.1. \sqcap$$\sqcup
Comme conséquence de la proposition précédente, on a :
Proposition 3.13
Soit K/k une extension purement inséparable telle que [K:k(Kp)] est fini. Pour tout L∈[k,K], on a rp(K/L)=L(rp(K/k)).
**Preuve. **Cf. [5], p. 51,
proposition 6.2. \sqcap$$\sqcup
En utilisant le lemme 1.16 qui se trouve dans ([12], p. 10), on peut affirmer que la condition de finitude de [K:k(Kp] est nécéssaire, et par suite, le résultat précédent peut tomber en défaut si K/k(Kp) n’est pas finie.
Par ailleurs, on vérifie aussitôt que k(Kp)=rp(K/k)(Kp), et donc pour qu’une partie G de K soit r-base de K/k il faut et il suffit qu’elle en soit de même de K/rp(K/k). De plus, comme 2-ième conséquence de la proposition 3.12, le résultat suivant exprime une condition nécessaire et suffisant pour que K/rp(K/k) soit finie. Plus précisément, on a :
Proposition 3.14
Soit K/k une extension purement inséparable, alors K/rp( K/ k) est finie si est seulement il en est de même de K/k(Kp).
**Preuve. **Résulte de la proposition 3.12. \sqcap$$\sqcup
4 Extensions q-finies
Définition 4.1
Toute extension de degré d’irrationalité fini s’appelle extension q-finie.
En d’autres sens, la q-finitude est synonyme de la finitude horizontale. Toutefois, la finitude se traduit par la finitude horizontale et verticale, il s’agit de la finitude au point de vue taille et hauteur. Autrement dit, K/k est finie si et seulement si K/k est q-finie d’exposant borné. Par ailleurs, on vérifie que le degré d’irrationalité d’une extension K/k vaut 1 si est seulement si l’ensemble de corps intermédiaires de K/k est totalement ordonné.
Ensuite, on appelle extension q-simple toute extension qui satisfait l’affirmation précédente.
Remarque 4.1
On rappelle que lorsque di(k) est fini, et après avoir montré dans [2] que K/k(Kp) est finie et di(K)≤di(k), le degré d’irrationalité d’une extension purement inséparable K/k a été défini par l’entier di(K/k)=di(k)−di(K)+di(K/k(Kp)). En outre, toute extension est q-finie si di(k) est fini. Avec quelques modifications légères, on peut toujours prolonger cette définition au cas où di(k) est non borné. Commençons par le choix d’une extension K/k relativement parfaite et q-finie.
Etant donnée une p-base B de k, donc k=kp(B), et par suite k(Kp)=Kp(B). Comme K/k est relativement parfaite, alors K=k(Kp)=Kp(B). D’après le théorème 2.7, il existe B1⊆B telle que B1 est une p-base de K. Ainsi, on aura kp−∞=k(Bp−∞)=k(B1p−∞)⊗kk((B∖B1)p−∞)≃Kp−∞≃K⊗kk(B1p−∞). En particulier, d’après le corollaire 3.6, di(K/k)=di(K⊗kk(B1p−∞)/k(B1p−∞))=di(kp−∞/k(B1p−∞))=di(k((B∖B1)p−∞)/k)=∣B∖B1∣. Si on interprète (par abus de langage) ∣B∖B1∣ comme différence de degré d’imperfection de k et K en écrivant ∣B∖B1∣=di(k)−di(K), on obtiendra di(K/k)=di(k)−di(K). Dans le cas général, supposons que K/k est q-finie quelconque, donc K/rp(K/k) est finie, d’où di(K)=di(rp(K/k)); et par suite di(K/k)=di(rp(K/k)/k)+di(K/k(Kp))=di(k)−di(K)+di(K/k(Kp)) (cf. proposition 4.4 ci-dessous).
Il est à signaler en tenant compte de cette considération que tous les résultats des articles [3], [2], [6], [1] se généralisent naturellement par translation à une extension q-finie quelconque.
Soient L/k une sous-extension d’une extension q-finie K/k, pour tout n∈N, on note toujours kn=kp−n∩K. On vérifie aussitôt que :
La q-finitude est transitive, en particulier, pour tout n∈N, K/k(Kpn) et kn/k sont finies.
Il existe n0∈N, pour tout n≥n0, di(kn/k)=di(K/k).
Par ailleurs, voici quelques applications immédiates des propositions 3.12 et 3.14.
Proposition 4.1
Soit K/k une extension q-finie. La suite (k(Kpn))n∈N s’arrête sur rp(K/k) à partir d’un n0. En particulier, K/rp(K/k) est finie.
Comme conséquence, on a :
Corollaire 4.2
La clôture relativement parfaite d’une extension q-finie K/k n’est pas triviale. Plus précisément, rp(K/k)/k est d’exposant non borné si K/k l’est.
**Preuve. **Immédiat. \sqcap$$\sqcup
Proposition 4.3
Pour toute extension q-finie K/k, il existe n∈N tel que K/kn est relativement parfaite. En outre, kn(rp(K/k))=K.
**Preuve. **Immédiat. \sqcap$$\sqcup
Proposition 4.4
Le degré d’irrationalité d’une extension q-finie K/k vérifie l’égalité suivante : di(K/k) =di(rp(K/k)/k)+di(K/k(Kp))=di(K/rp(K/k)) +di(rp(K/k)/k).
**Preuve. **Soient G une r-base de K/k et Kr=rp(K/k), donc k(G)/k admet un exposant fini noté m et, K=Kr(G). En paticulier, pour tout n≥m, k(G)⊆kn. Compte tenu de la r-indépendance de G sur k(Kp) et vu que k(knp) est un sous-ensemble de k(Kp), on en déduit que G est r-libre sur k(knp) pour tout n≥m. Complétons G en une r-base de kn/k par une partie Gn de kn. Dans ces conditions, pour n suffisamment grand, on aura ∣G∣+∣Gn∣=j≥msup(∣G∣+∣Gj∣)=di(K/k)=di(Kr(G)/k)≤di(Kr/k)+di(k(G)/k)=di(Kr/k)+∣G∣, et donc ∣Gn∣≤di(Kr/k). Toutefois, comme n≥m⋃k(knpm)=n≥m⋃k(Gnpm,Gpm)=n≥m⋃k(Gnpm)=k(Kpm)=Kr(Kpm), d’après le théorème 3.1, pour n suffisamment grand, on aura également di(Kr/ k) ≤di(Kr(Kpm)/k)=di(k(knpm)/k)≤∣Gnpm∣=∣Gn∣. D’où, ∣Gn∣ =di(Kr/k) pour n assez grand, et par suite di(K/k) =di(Kr/k)+di(K/k(Kp)). \sqcap$$\sqcup
Comme conséquence immédiate, on a :
Corollaire 4.5
Pour qu’une extension q-finie K/k soit finie il faut et il suffit que di(K/k)=di(K/k(Kp)).
Théorème 4.6
Pour toutes extensions q-finies k⊆L⊆K, on a di(K/k)≤di(K/L)+di(L/k), avec l’égalité si et seulement si L/k(Lp) et k(Kp)/k(Lp) sont k(Lp)-linéairement disjointes.
**Preuve. **Comme K=n∈N⋃Lp−n∩K et K/k est q-finie, d’après le théorème 3.1, pour n assez grand, on a di(K/k)=di(Lp−n∩K/k) ; donc on est amené au cas où K/L est finie, ou encore rp(K/k)=rp(L/k). Dans la suite, on posera Lr=Kr=rp(K/k). D’après la proposition 4.4 ci-dessus, on aura di(K/k)=di(Kr/k)+di(K/k(Kp))=di(Lr/k)+di(K/L(Kp))+di(L(Kp)/k(Kp))=di(Lr/k)+di(K/L)+di(L(Kp)/k(Kp)). Compte tenu du corollaire 3.7, on aura di(L( Kp ) /k(Kp))≤di(L/k(Lp)), et donc
[TABLE]
toutefois il y’a égalité si et seulement si di(L/k(Lp))=di(L(Kp)/k( Kp)), ou encore [L:k(Lp)]=[L(Kp):k(Kp)], c’est-à-dire L/k(Lp) et k(Kp)/k( Lp) sont k(Lp)-linéairement disjointes. \sqcap$$\sqcup
Remarque 4.2
La condition de la linéarité disjointe qui figure dans la proposition ci-dessus se traduit en terme de r-indépendance par toute r-base de L/k se complète en une r-base de K/k.
Comme application immédiate, on a :
Corollaire 4.7
Toute sous-extension relativement parfaite L/k d’une extension q-finie K/k vérifie di(K/k)=di(K/L)+di(L/k).
D’une façon assez générale, on a :
Proposition 4.8
Pour toute suite de sous-extensions relativement parfaites k=K0⊆K1⊆⋯⊆Kn d’une extension q-finie K/k, on a di(K/k)=i=0∑n−1di(Kn+1/Kn)+di(K/Kn).
**Preuve. **Résulte immédiatement du corollaire précédent. \sqcap$$\sqcup
Dans la suite on va étudier de plus près les propriétés des exposants d’une extension q-finie.
4.1 Exposants d’une extension q-finie
Dans cette section nous distinguons deux cas :
Cas où K/k est purement inséparable finie.
Soit x∈K, posons o(x/k)=inf{ m∈N∣xpm∈k}
et o1(K/k)=inf{m∈N∣Kpm⊂k}. Une
r-base B={a1,a2,…,an} de K/k est dite
canoniquement ordonnée si pour j=1,2,…,n, on a
o(aj/k(a1,a2, … ,aj−1))=o1(K/k(a1,a2,…,aj−1)). Ainsi, l’entier
o(aj/k(a1,…, aj−1)) défini ci-dessus vérifie
o(aj/k(a1,…,aj−1))=inf{m ∈N∣di(k(Kpm)/k)≤j−1} (cf. [2], p.
138, lemme 1.3). On en
déduit aussitôt le résultat de ([13], p.
90, satz 14) qui confirme
l’indépendance des entiers o(ai/k(a1, …,ai−1)), (1≤i≤n), vis-à-vis au choix des r-bases
canoniquement ordonnées {a1,…, an} de K/k. Par
suite, on pose oi(K/k)=o(ai/k(a1, …,ai−1)) si
1≤i≤n, et oi(K/k)=0 si i>n, où {a1,…,an}
est une r-base canoniquement ordonnée de K/k. L’invariant oi(K/k)
ci-dessus s’appelle le i-ème exposant de K/k. Voici les principales relations dont on aura besoin, et qui
font intervenir les exposants.
Proposition 4.9
Soient K et L deux corps intermédiaires d’une
extension Ω/k, avec K/k purement inséparable finie.
Alors pour tout entier j, on a oj(K( L)/k(L))≤oj(K/k).
**Preuve. **Cf. [4], p. 373,
proposition 5. \sqcap$$\sqcup
Proposition 4.10
Soit K/k une extension purement inséparable
finie. Pour toute sous-extension L/L′ de K/k, et pour tout
j∈N, on a oj(L/L′)≤oj(K/k).
**Preuve. **cf. [4],
p. 374, proposition 6. \sqcap$$\sqcup
Proposition 4.11
Soient {α1,…,αn}
une r-base canoniquement ordonnée de K/k, et mj le j-ième exposant de K/k, 1≤j≤n. On a :
k(Kpmj)=k(α1pmj,…,αj−1pmj).
Soit Λj={(i1,…,ij−1) tel que
0≤i1<pm1−mj,…,0≤ij−1<pmj−1−mj},
alors {(α1,…,αj−1)pmjξ tel que ξ∈Λj} est une base de k(Kpmj) sur k.
Soient n∈N et j le plus grand entier tel que
mj>n. Alors {α1pn,…, αjpn} est une
r-base canoniquement ordonnée de k(Kpn)/k, et sa liste
des exposants est (m1−n,…,mj−n).
**Preuve. **cf. [2], p.
140, proposition 5.3. \sqcap$$\sqcup
Proposition 4.12
Soient K1/k et K2/k deux
sous-extensions purement inséparables de K/k. K1 et K2
sont k-linéairement disjointes si et seulement si
oj(K1(K2)/K2)=oj(K1/k) pour tout j∈N.
**Preuve. **cf. [4], p. 374,
proposition 7. \sqcap$$\sqcup
Proposition 4.13
(Algorithme de la complétion des r-bases) Soient K/k une
extension purement inséparable finie, G un r-générateur de K/k, et {α1,…, αs}
un système de K tel que pour tout j∈{1,…,s}, o(αj, k( α1,…,αj−1))=oj(K/k).
Pour toute suite αs+1,αs+2,…, d’éléments de G vérifiant
o(αm, k( α1, …,αm−1))=a∈Gsup(o(a, k( α1,…,αm−1))),
la suite (αi)i∈N∗ s’arrête sur un plus grand entier n tel que o(αn,k(α1,…,αn−1))>0. En particulier, {α1,…, αn} est une r-base canoniquement ordonnée de K/k.
**Preuve. **Cf. [2], p. 139, proposition 1.3. \sqcap$$\sqcup
Cas où K/k est q-finie d’exposant non borné.
Soit K/k une extension q-finie. Rappelons que pour tout n∈N∗, kn désigne toujours kp−n∩K. En vertu de la proposition 4.10, pour tout j∈N∗, la suite des entiers naturels (oj(kn/k))n≥1 est croissante, et donc
(oj(kn/k))n≥1 converge vers +∞, ou (oj(kn/k))n≥1 est stationnaire à partir d’un certain rang. Lorsque (oj(kn/k))n≥1 est bornée, par construction, pour tout t≥j, (ot(kn/k))n≥1 est aussi bornée (et donc stationnaire).
Définition 4.2
Soient K/k une extension q-finie et j un entier naturel non nul. On appelle le j-ième exposant de K/k l’invariant oj(K/k)=n→+∞lim(oj(kn /k)).
Lemme 4.14
Soit K/k une extension q-finie, alors os(K/k) est fini si et seulement s’il existe un entier naturel n tel que di(k(Kpn)/k)<s, et on a os(K/k)=inf{m∈N∣di(k(Kpm)/k)<s}. En particulier, os(K/k) est infini si et seulement si pour tout m∈N, di(k(Kpm)/k)≥s.
**Preuve. **Pour simplifier l’écriture, on note et=ot(K/k) si ot(K/k) est fini. Compte tenu du [2], p. 138, lemme 1.3, on vérifie aussitôt que os(K/k) est infini si et seulement si pour tout m∈N, di(k(Kpm)/k)≥s, donc on se ramène au cas où os(K/k) est fini. Par suite, il existe un entier n0, pour tout n≥n0, es=os(kn/k). D’après [2] p. 138, lemme 1.3, di(k(knpes)/k)<s et di(k(knpes−1)/k)≥s. En vertu du théorème 3.1, di(k(Kpes)/k)<s et di(k(Kpes−1)/k)≥s. Autrement dit, os(K/k)=inf{m∈N∣di(k(Kpm)/k)<s}. \sqcap$$\sqcup
Le résultat ci-dessous permet de ramener l’étude des propriétés des exposants des extensions q-finies aux extensions finies par le biais des clôtures relativement parfaites.
Théorème 4.15
Soit Kr/k la clôture relativement parfaite de degré d’irrationalité s d’une extension q-finie K/k, alors on a :
Pour tout t≤s, ot(K/k)=+∞.
Pour tout t>s, ot(K/k)=ot−s(K/Kr).
En outre, ot(K/k) est fini si et seulement si t>s.
**Preuve. **Pour tout t∈N∗, notons et=ot(K/Kr). Comme pour tout entier e, on a k(Kpe)=Kr(Kpe)=n∈N⋃k(knpe), donc s=di(Kr/k)≤di(k(Kpe)/k)=di(k(knpe)/k) pour n suffisament grand. D’après le lemme 4.14, on aura d’une part ot(K/k)=+∞ pour tout t≤s, et
d’autrs part pour tout n>s, di(Kr(Kpen−s)/k)=di(Kr/k)+di(Kr(Kpen−s)/Kr)<s+n−s=n et di(Kr(Kpen−s−1)/k)=di(Kr/k)+di(Kr(Kpen−s−1)/Kr)≥n. Notamment, pour tout n>s, on(K/k)=on−s(K/Kr). Toutefois, on(K/k) est fini si et seulement si n≤s. \sqcap$$\sqcup
Voici une liste de conséquences immédiates :
Proposition 4.16
Soient K et L deux corps intermédiaires d’une extension q-finie M/k. Pour tout j∈N∗, on a oj(L(K)/L)≤oj(K/k).
**Preuve. **Due au lemme 4.14, et à l’inégalité suivante résultant du corllaire 3.6: di(L(Lpn,Kpn)/L)=di(L(Kpn)/L)≤di(k(Kpn)/k) pour tout n∈N. \sqcap$$\sqcup
Proposition 4.17
Etant données des extensions q-finies k⊆L⊆K. Pour tout j∈N∗, on a oj(L/k)≤oj(K/k).
**Preuve. **Application immédiate du lemme 4.14, et de l’inégalité suivante résultant du théorème 3.1 : di(k(Lpn)/k) ≤di(k(Kpn)/k) pour tout n∈N.
Par ailleurs la taille d’une extension relativement parfaite reste invariant, à une extension finie près comme l’indique le résultat suivant.
Proposition 4.18
Etant donnée une sous-extension K/k relativement parfaite d’une extension q-finie M/k. Pour toute sous-extension finie L/k de M/k, on a di(L(K)/L)=di(K/k).
**Preuve. **En vertu du corollaire 3.6, il suffit de montrer que di(L(K)/L)≥di(K/k). Pour cela, on
pose d’abord e=o1(L/k) et t=di(K/k). D’après le théorème 4.15, pour tout s∈{1,…,t}, os(K/k)=+∞, donc pour n assez grand, on aura ot(kn/k)>e+1, en outre L⊆kn et di(kn/k)=di(K/k). Soit {α1,…,αt} une r-base canoniquement ordonnée de kn/k, s’il existe s∈{1,…,t} tel que αs∈L(knp)(α1,…,αs−1), d’après la proposition 4.10, on aura e<ot(kn/k)≤os(kn/k)=o(αs,k(α1,…,αs−1))≤o1(L(knp)(α1,…,αs−1)/ k(α1,…,αs−1))≤sup(o1(L/k),os(kn/k)−1)=os(kn/k)−1, et donc os(kn/k) ≤os(kn/k)−1, contradiction. D’où, {α1,…,αt} est une r-base de L(kn)/L, et par suite, t=di(K/k)=di(L(kn)/L)≤di(L(K)/L). \sqcap$$\sqcup
5 Extensions modulaires
On rappelle qu’une extension
K/k est dite modulaire si et seulement si pour tout
n∈N, Kpn et k sont Kpn∩k-linéairement disjointes. Cette notion a été définie
pour la première fois par Swedleer dans [14], elle
caractérise les extensions purement inséparables, qui sont
produit tensoriel sur k d’extensions simples sur k. Par ailleurs, toute r-base B de K/k telle que K≃⊗k(⊗kk(a))a∈B sera appelée
r-base modulaire. En particulier, d’après le théorème de Swedleer, si K/k est d’exposant borné, il est équivalent de dire que :
K/k* admet une r-modulaire.*
K/k* est modulaire.*
Soient mj le j-ième exposant d’une extension purement inséparable finie K/k et {α1,…,αn}
une r-base canoniquement ordonnée de K/k,
donc d’après la proposition 4.11, pour tout j∈{2,…,n}, il existe des constantes uniques
Cε∈k telles que αjpmj=ε∈Λj∑Cε(α1,…,αj−1)pmjε, où Λj={(i1,…,ij−1) tel que
0≤i1<pm1−mj,…,0≤ij−1<pmj−1−mj}.
Ces relations s’appellent les équations de définition de K/k.
Le critère ci-dessous permet de tester la modularité d’une extension.
Théorème 5.1
[Critère de modularité]* Sous les notations ci-dessus,
les propriétés suivantes sont équivalentes :*
K/k* est modulaire.*
Pour toute r-base canoniquement ordonnée {α1,…,αn}
de K/k, les Cε∈k∩Kpmj pour tout j∈{2,…,n}.
Il existe une r-base canoniquement ordonnée {α1,…,αn}
de K/k telle que les Cε∈k∩Kpmj pour tout j∈{2,…,n}.
**Preuve. **cf. [2], p. 142, proposition 1.4. \sqcap$$\sqcup
Exemple 5.2
Soient Q un corps parfait de
caractéristique p>0, k=Q(X,Y, Z) le corps des fractions
rationnelles aux indéterminées X,Y,Z, et K=k(α1, α2) avec α1=Xp−2 et
α2=Xp−2Yp−1+Zp−1. On vérifie
aussitôt que
o1(K/k)=2* et o2(K/k)=1,*
α2p=Yα1p+Z.
Si K/k est
modulaire, d’après le critère du modularité, on aura Y∈k∩Kp et Z∈k∩Kp, et donc Yp−1 et Zp−1∈K. D’où
k(Xp−2,Yp−1,Zp−1) ⊂ K, et par suite,
di(k(Xp−2,Yp−1,Zp−1)/k)=3< di(K/k)=2, contradiction.
Le résultat suivant est conséquence immédiate de la modularité.
Proposition 5.3
Soient m,n∈Z avec n≥m. Si
K/k est modulaire, alors
Kpm/kpn est modulaire.
La condition n≥m assure kpn⊂Kpm.
Proposition 5.4
Soit K/k une extension purement inséparable finie (respectivement, et modulaire), et soit L/k une
sous-extension de K/k (respectivement, et modulaire) avec
di(L/k)=s. Si Kp⊆L, il existe une r-base canoniquement ordonnée (respectivement, et modulaire)
(α1,α2,…,αn) de K/k, et e1,e2,…,es∈{1,p} tels que (α1e1,α2e2,…,αses) soit une r-base canoniquement
ordonnée (respectivement, et modulaire) de L/k. De plus, pour tout j∈{1,…,s}, on a oj(K/k)=oj(L/k), auquel cas ej=1, ou oj(K/k)=oj(L/k)+1, auquel cas
ej=p.
**Preuve. **Cf. [2], p. 146,
proposition 8.4. \sqcap$$\sqcup
Le théorème suivant de Waterhouse joue un rôle important
dans l’étude des extensions modulaires (cf. [15] Théorème 1.1).
Théorème 5.5
Soient (Kj)j∈I une famille
de sous-corps d’un corps commutatif Ω, et K un autre sous-corps de Ω. Si pour tout j∈I, K et Kj sont K∩Kj-linéairement
disjoints,
alors K et j⋂Kj sont K∩(j⋂Kj)-linéairement disjoint.
Comme conséquence, la modularité est stable par une intersection quelconque portant soit au dessus ou en dessous d’un corps commutatif. Plus précisément, on a :
Corollaire 5.6
Sous les mêmes hypothèses du théorème ci-dessus, on a :
Si pour tout j∈I, Kj/k est modulaire, il en est de même de j⋂Kj/k.
Si pour tout j∈I, K/Kj est modulaire, il en est de même de K/j⋂Kj.
D’après le théorème de Waterhouse, il existe une plus petite sous-extension m/k de K/k (respectivement une plus petite extension M/K) telle que K/m (respectivement M/k) est modulaire. Désormais, on note m=lm(K/k) et M=um(K/k). Toutefois, l’extension um(K/k) sera appelée clôture modulaire de K/k.
Comme application immédiate de la proposition 3.4, on a
Proposition 5.7
Etant données une r-base modulaire B d’une extension modulaire K/k et une famille (ea)a∈B d’entiers tels que 0≤ea≤o(a,k). Soit L=k((apea)a∈B), alors L/k et K/L sont modulaires, et (B∖L), ((apea)a∈B∖L) sont deux r-bases modulaires respectivement de K/L et L/k. En outre, pour tout a∈B, o(a,L)=ea.
**Preuve. **On se ramène au cas fini auquel le résultat découle de la transitivité de la linéarité disjointe.
En outre, pour toute partie {a1,…,an} d’élément de B, [L(a1,…,an):L]=i=1∏npeai. \sqcap$$\sqcup
Dans la suite, pour tout a∈B, on pose na=o(a,k). Considérons maintenant les sous-ensembles B1 et B2 de B définis par B1={a∈B∣na>j}, B2=B∖B1={a∈B∣na≤j}, (j étant un entier ne dépassant pas o(K/k)).
Comme Application de la proposition précédente, on a :
Théorème 5.8
Sous les conditions précisées ci-dessus, pour tout entier j<o(K/k), on a kj=k((ana−j)a∈B1,B2).
**Preuve. **Comme K/k est réunion inductive d’extentions modulaires engendrées par des parties finies de B, et compte tenu de la distributivité de l’intersection par rapport à la réunion, on peut supposer sans perdre de généralité que K/k est finie d’exposant noté e. Soient {α1,⋯,αn} une r-base modulaire et canoniquement ordonnée de K/k, et mj le j-ième exposant de K/k. Désignons par s le plus grand entier tel que ms>j, et L=k(α1pm1−j,…, αspms−j, αs+1,…, αn). On vérifie aussitôt que :
L⊆kj,
K≃k(α1)⊗k⋯⊗kk(αn)≃L(α1)⊗L⋯⊗LL(αs).
Ainsi, pour tout x∈K, il existe des constantes uniques Cε∈L telles que
x=ε∈Λ∑Cε(α1,…,αs)ε, où Λ={(i1,…,is) tel que
0≤i1<pm1−j,…,0≤is<pms−j}, et donc xpj=ε∈Λ∑Cεpj(α1pj,…,αspj)ε. Compte tenu de la proposition 4.11, xpj∈k (c’est-à-dire x∈kj) si et seulement si xpj=C(0,…,0)pj, ou encore x=C(0,…,0). Par suite x∈kj si et seulement si x∈L, autrement dit kj=L.
Comme conséquence immédiate, dans le cas de modulaire le résultat suivant exprime une propriété de stabilité de la taille d’un certains corps intermédiaires. Plus précisément,
Corollaire 5.9
Pour toute extension modulaire K/k, pour tout n∈N, on a di(kn/k)=di(k1/k). En particulier, di(K/k)=di(k1/k).
Le résultat suivant est bien connu (cf. [11]).
Proposition 5.10
Soit K/k une extension purement
inséparable et modulaire ; soit pour tout n∈N,
Kn=k(Kpn). Alors kn/k, K/kn, Kn/k et K/Kn sont modulaires.
Proposition 5.11
Soient K1 et K2 deux sous-extensions de K/k telles que K≃K1⊗K2. Si pour tout i∈{1,2}, Ki/k est modulaire, il en est de même de K/k.
**Preuve. **Cf. [5], p. 55,
lemme 3.4. \sqcap$$\sqcup
Le résultat suivant étend trivialement les hypothèses de la proposition 3.3, [12], p. 94, ainsi que le théorème 3.2, [7], p. 289.
Il utilise plus particulièrement les propriétés du système canoniquement générateur (pour plus d’information cf. [12], définition 1.32, p. 29).
Proposition 5.12
Soient K1 et K2 deux sous-extensions de K/k telles que K≃K1⊗K2. Si K/K1 est modulaire, et K2/k est d’exposant borné, il existe une partie B de K telle que K≃K1⊗k(⊗k(k(α)α∈B).
**Preuve. **D’abord, comme K≃K1⊗kK2, alors pour tout i∈N, pour toute r-base C de k(K2pi)/k, C est aussi une r-base de K1(K2pi)/K1.
Choisissons ensuite une r-base B de K2/k, comme K2/k est d’exposant fini, alors B est un r-générateur minimal de K2/k. Soit B1,…,Bn une partition de B vérifiant B1={x∈B∣o(x,k)=o1(K2/k)=e1} et, pour tout 1<i≤n, Bi={x∈B∣o(x,k(B1,…,Bi−1))=o1(K2/k(B1,…,Bi−1))=ei}. Il est clair que e1>⋯>en, et en vertu de la linéarité disjointe, pour tout i∈{1…,n}, pour tout x∈Bi, on a également o(x,K1(B1,…,Bi−1))=o1(K/K1(B1,…,Bi−1))}=ei. En particulier, pour tout i∈{2,…,n}, (α∏(G)αpei)G, où G est une partie finie d’éléments de B1∪⋯∪Bi−1 et les α sont convenablement choisis, est une base respectivement de k(K2pei) sur k et K1(K2pei)=K1(Kpei) sur K1. Notons Mi cette base, et soit x∈Bi, il existe des cα∈k uniques tels que x=α∑cαyα, (yα∈Mi), en outre les cα sont aussi uniques dans K1.
D’autre part, en vertu de la modularité, pour tout i∈{1,…,n}, Kpei et K1 sont K1∩Kpei-linéairement disjointes. Comme K1(K2pei)=K1(Kpei) et Mi⊆Kpei, alors Mi est aussi une base de Kpei sur K1∩Kpei. En tenant compte de l’unicité de l’écriture de x dans la base Mi, on en déduit par identification que les cα∈k∩Kpei, et donc Bipei⊆k∩Kpei(K1pei(B1pei,…,Bi−1pei)) pour tout i∈{1…,n}. Par application du ([12], proposition 3.3, p. 94), il existe une sous-extension modulaire J/k d’exposant fini de K/k telle que K≃K1⊗kJ. Ainsi, le résultat découle immédiatement du théorème de Swedleer. \sqcap$$\sqcup
Dans le cas fini, le résultat suivant généralise la proposion ci-dessus.
Proposition 5.13
Soient K1 et K2 deux corps intermédiaires ; k-linéairement disjoints d’une extension purement inséparable finie L/k avec di(L/K1)=di(K2 /k)=n.
Soit s le plus petit entier tel que os(K2/k)=on(K2/k). Si L/K1 est modulaire, il existe une r-base {α1,…,αn} canoniquement ordonnée de
K1(K2)/K1 vérifiant K1(K2)≃K1⊗k(α1,…,αs)⊗kk(αs+1)⊗k⋯⊗kk(αn).
**Preuve. **Pour simplifier l’écriture, pour tout j∈{1,…,n}, on note oj(K2/k) =ej, et K=K1(K2) . Soit {α1,…,αn} une r-base canoniquement ordonnée de K2/k.
Compte tenu de la proposition 4.12, {α1,…,αn} est aussi une r-base canoniquement ordonnée de K/K1, et pour tout j∈{1,…,n}, oj(K/K1)=ej.
D’après la proposition 4.11, pour tout i∈{s,…,n}, il existe des constantes uniques Cεi∈k telles que αipen=ε∈Λs−1∑Cεi(α1…αs−1)pε (∗). En vertu de la proposition 4.12, pour tout i∈{s…,n},
l’équation de définition de αi par rapport à K1(α1,…,αs−1) est aussi définie par la relation (∗) ci-dessus.
Comme L/K1 est modulaire, en se servant du critère de modularité, pour tout (i,ε)∈{s,…,n}×Λs−1,
on aura (Cεi)p−en∈L. Posons ensuite, F=k((Cεi)p−en) où (i,ε) parcourt l’ensemble {s,…,n}×Λs−1,
et H=K1(F)(α1,…,αs−1). Il est clair que o1(F/k)≤en, et K⊆H⊆L. De plus, d’après le théorème 3.1 et la proposition 4.10,
n=di(K/K1)≤di(H/K1)≤di(L/K1)=n, et pour tout i∈{s,…,n}, en=oi(K/K1)≤oi(H/K1)≤en. Il en résulte que di(H/K1)=n,
et pour tout i∈{s,…,n}, en=oi(H/K1). Comme es−1>es=en, d’après l’algorithme de la complétion des r-bases, il existe des éléments bs,…,bn∈F
tels que {α1…,αs−1,bs,…,bn} soit une r-base canoniquement ordonnée de H/K1. En particulier, on aura :
Pour tout i∈{1,…,s−1}, ei=oi(H/K1)=oi(K1(α1,…,αs−1)/K1)=oi(k(α1,…,αs−1)/k).
Pour tout j∈{s,…,n}, en=oj(H/K1)=o(bj,K1(α1…,αs−1,bs,…, bj−1))≤o(bj,k(bs,…,bj−1)/k)≤o1(F/k)≤en,
et donc en=oj(H/K1) =oj(k(bs,…,bn)/k).
D’où, H=K≃K1⊗k(α1,…,αs−1)⊗kk(bs)⊗k⋯⊗kk(bn). \sqcap$$\sqcup
6 Extensions équiexponentielles
Proposition 6.1
Soit K/k une extension purement inséparable d’exposant e. Les assertions suivantes sont équivalentes :
Il existe une r-base G de K/k vérifiant K≃⊗k(k(a))a∈G, et pour tout a∈G, o(a,k)=e.
Toute r-base G de K/k satisfait K≃⊗k(k(a))a∈G, et o1(K/k)=e.
Il existe une r-base G de K/k telle que pour tout a∈G, o(a,k(G∖{a}))=o(a,k)=e.
Pour toute r-base G de K/k, pour tout a∈G, o(a,k(G∖{a}))=o(a,k)=e.
**Preuve. **D’après le théorème de la r-base incomplète, on se ramène au cas où K/k est finie auquel cas [K:k]=pen, où e=o1(K/k) et n=di(K/k), et en vertu de la proposition 4.12, le résultat est immédiat. \sqcap$$\sqcup
Définition 6.1
Une extension qui vérifie l’une des conditions de la proposition ci-dessus est dite équiexponentielle d’exposant e.
Il est clair que toute extension équiexponentielle est modulaire. De plus, on vérifie aussitôt qu’il est équivalent de dire que :
K/k* est équiexponentielle d’exposant e.*
Il existe une r-base G de K/k, pour toute partie finie G1 de G, on a k(G1)/k est équiexponentielle d’exposant e.
Pour toute r-base G de K/k, pour toute partie finie G1 de G, on a k(G1)/k est équiexponentielle d’exposant e.
Proposition 6.2
Pour toute extension K/k relativement parfaite et modulaire, pour tout entier n, kn/k est équiexponentielle d’exposant n.
**Preuve. **D’après le théorème 5.8, il suffit de montrer que k(knp)=kn−1. Compte tenu de la modularité de K/k, Kpn et k sont k∩Kpn-linéairement disjointes pour tout n≥1, et en vertu de la transitivité de la linéarité disjointe, kpn−1(Kpn) et k sont kpn−1(k∩Kpn)-linéairement disjointes. Or K/k est relativement parfaite, donc kpn−1(Kpn)=Kpn−1, et par suite k∩Kpn−1=kpn−1(k∩Kpn), ou encore k(knp)=kn−1. \sqcap$$\sqcup
Le résultat suivant, rapporte plus de précision à la proposition 6.2 dans le cas des extensions q-finies, notamment aux extensions finies.
Proposition 6.3
Soit K/k une extension purement inséparable de degré d’irrationalité t, relativement parfaite et modulaire (respectivement finie
et équiexponentielle). Soient n et m deux entiers naturels tels que n<m (respectivement, n <o1(K/k)). Les
propriétés suivantes sont vérifiées:
di(km/kn)=t.
km/kn* est équiexponentielle d’exposant
m−n;*
knp−(m−n)∩K=km* et
k(kmpm−n)=kn.*
En particulier, pour tout n∈N, on a [kn,k]=pnt.
**Preuve. **cf. [2], p. 147, proposition 9.4. \sqcap$$\sqcup
Comme conséquence immédiate, on a :
Corollaire 6.4
Si K/k est une extension équiexponentielle d’exposant e, alors:
Pour tout i∈{1,…,e}, ki/k et K/ki sont équiexponentielles d’exposant respectivement i et e−i.
Pour tout i∈{1,…,e}, k(Kpi)/k et K/k(Kpi) sont équiexponentielles d’exposant respectivement e−i et i.
**Preuve. **Immédiat. \sqcap$$\sqcup
Le théorème ci-dessus reproduit dans un cadre plus étendu le corollaire 4.5 qui se trouve dans [7], p. 292, et pour plus d’information au sujet d’extraction des r-bases modulaires, on se réfère aux [7] et [8].
Théorème 6.5
Soient k⊆L⊆K des extensions purement inséparables telles que K/k est équiexponentielle d’exposant e. Si K/L est modulaire, il existe une r-base G de K/k telle que {apo(a,L)∣a∈G et o(a,L)<e} est une r-base modulaire de L/k.
Preuve. Comme K/L est modulaire d’exposant fini, il existe une r-base B1 de K/L telle que K≃⊗L(⊗LL(a))a∈B1), (*). Pour des raisons d’écriture, pour tout a∈B1, on pose ea=o(a,L) et C=(apea)a∈B1. Soit B2 une partie de L telle que B2 est une r-base de L(Kp)/k(Kp). Compte tenu de la transitivité de r-indépendance, B1∪B2 est aussi une r-base de K/k. Dans la suite, notons M=k(C,B2). Il est clair que M⊆L, de plus, comme K/k est équiexponentielle, on aura K≃⊗k(⊗kk(a))a∈B1∪B2. En vertu de la transitivité de la linéarité disjointe, K≃⊗M(⊗MM(a))a∈B1, (). En particulier, d’après les relations (*) et (), pour toute famille finie {a1,⋯,an} d’éléments de B1, L(a1,…,an)≃L(a1)⊗L⋯⊗LL(an) et M(a1,…,an)≃M(a1)⊗M⋯⊗MM(an). Par application de la proposition 4.12, on a successivement [L(a1,…,an):L]=i=1∏npeai et [M(a1,…,an):M]=i=1∏npeai, ou encore L et K sont M-linéairement disjointes. D’où L=L∩K=M. \sqcap$$\sqcup
7 q-finitude et modularité
Soit K/k une extension q-finie d’exposant non borné. Dans tout ce qui suit, nous utilisons les notations suivantes : kj=kp−j∩K, Usj(K/k)=j−os(kj/k), et Ilqm(K/k) désigne
le premier entier i0 pour lequel la suite (Ui0j(K/k))j∈N est non bornée.
Le résultat ci-dessus est une application immédiate de la proposition 4.10.
Proposition 7.1
Etant donnée une extension q-finie K/k.
Pour tout entier s, la suite (Usj(K/k))j∈N est croissante.
**Preuve. **Comme kn+1p⊆kn, il est clair que os(kn/k)≤os(kn+1/k)≤os(kn/k)+1, et donc n+1−os(kn+1/k)≥n−os(Kn/k) ; c’est-à-dire la suite
(Usj(K/k))j∈N est croissante. \sqcap$$\sqcup
En outre, on vérifie aussitôt que :
Pour tout s≥Ilqm(K/k), n→+∞lim(Usn(K/k))=+∞.
Pour tout s<Ilqm(K/k), la suite
(Usj(K/k))j∈N est bornée ;
et par suite, pour tout
n≥j∈Nsup(sup(Usj(K/ k )))s<Ilqm(K/k), on
a Usn(K/k)=Usn+1(K/k). Autrement dit,
os(kn+1/k)=os(kn/k)+1.
Dans toute la suite, on pose e(K/k)=j∈Nsup(sup(Usj(K/k)))s<Ilqm(K/k), et pour tout (s,j)∈N∗×N∗, esj=os(kj/k)
Théorème 7.2
Soit K/k une extension q-finie, avec t=di(rp(K/k)/k). Les affirmations suivantes sont équivalentes ;
K/k* est modulaire sur une extension finie de k.*
Pour tout s∈{1,2,…,t}, la suite (Usj(K/k))j∈N est bornée.
Ilqm(K/k)=t+1.
**Preuve. **Il est clair que (2)⇔(3). Par ailleurs, compte tenu de la proposition 4.3, il existe un entier j0 tel que K/kj0 est relativement parfaite et kj0(rp(K/k))=K, et d’après la proposition 4.18, on aura di(K/kj0)=di(rp(K/ k)/k)=t. Supposons ensuite que la condition (1) est vérifiée. On distingue deux cas :
Si K/k est modulaire, en vertu de la proposition 6.3, pour tout j≥j0, on a kj/kj0 est équiexponentielle d’exposant j−j0 et di(kj/kj0)=t. D’où pour tout s∈{1,…,t}, on a Usj(K/k)=Usj+1(K/k).
Si K est modulaire sur une extension finie L de k, compte tenu de la finitude de L/k, il existe un entier naturel n tel que L⊆kn. Par suite, Lp−j∩K⊆kn+j, et donc Usn+j(K/k)≤n+Usj(K/L). D’où, la suite (Usj(K/k))j est stationnaire pour tout s∈{1,…,t}.
Inversement, si la condition (2) est vérifiée, il existe m0≥sup(e(K/k),j0), pour tout j≥m0, pour tout s∈{1,…,t}, on a os(kj+1/k)=os(kj/k)+1 (et di(kj/km0)=t). Par suite, kj/kj0 est équiexponentielle, donc modulaire. D’où K=j>m0⋃kj est modulaire sur kj0. \sqcap$$\sqcup
Théorème 7.3
La plus petite sous-extension M/k d’une extension q-finie K/k telle que
K/M est modulaire n’est pas triviale (M=K). Plus
précisément, si K/k est d’exposant non borné, il en est de même de K/M.
**Preuve. **Le cas où K/k n’est pas relativement parfaite (en particulier le cas fini) est trivialement évident, puisque K/k(Kp) est modulaire. Ainsi, on est amené à considérer que K/k est relativement parfaite d’exposant non borné. On emploiera ensuite un raisonnement par récurrence sur di(K/k)=t. Si t=1, ou encore si K/k est q-simple, il est immédiat que K/k est modulaire.
Supposons maintenant que t>1, si Ilqm(K/k)=t+1, en vertu du théorème 7.2, M/k est finie, et donc K/M est d’exposant non borné. Si Ilqm(K/k)≤t, pour tout j>e(K/k), pour tout s∈[1;i−1] où i=Ilqm(K/k), on a esj+1=esj+1. Comme kj+1p⊆kj, d’après la proposition 5.4, il
existe une r-base canoniquement ordonnée (α1,…,αn) de kj+1/k, il existe εi,…,εt∈{1,p} tels que (α1p,…,αi−1p,αiεi…,αtεt) est une r-base canoniquement ordonnée de kj/k. Dans la suite, pour tout j>e(K/k), notons Kj=k(kjpeij). D’une part, Kj=k(α1peij+1,…,αi−1peij+1) et Kj+1=k(α1peij+1,…,αi−1peij+1). D’autre part, on a eij+1=eij+ε, avec ε=0 ou 1, cela conduit à Kj⊆Kj+1. Toutefois, par définition de Ilqm(K/k), on a 1+eij>eij+1 (c’est-à-dire eij=eij+1) pour une infinité de valeurs de j. Pour ces valeurs, on a di(Kj+1/k)=i−1, sinon d’après le lemme 4.14, eij+1=ei−1j+1=1+ei−1j=eij , et donc eij>ei−1j, ce qui contredit la définition des exposants.
Comme (di(Kj/k))j>e(K/k) est une suite croissante d’entiers bornée par di(K/k), donc elle stationne sur Ilqm(K/k)−1. De plus, Kj=Kj+1, en effet si Kj=Kj+1=k(Kj+1p), comme Kj+1/k est d’exposant borné, on aura Kj+1=k, ce qui est absurde.
Posons ensuite H=j>e(K/k)⋃Kj. On vérifie aussitôt que H/k est d’exposant non borné et di(H/k)=i−1, de plus H/k est relativement parfaite car k(Kj+1p)=Kj pour une infinité de j. Par ailleurs, d’après les corollaires 4.5 et 4.7, di(K/H)<t et K/H est d’exposant non borné.
Compte tenu de l’hypothèse de récurrence appliquée à K/H, on aura K est modulaire sur une extension M′ de H avec
K/M′ est d’exposant non borné; comme M⊆M′, alors K/M est aussi d’exposant non borné. \sqcap$$\sqcup
Une version équivalente de ce résultat se trouve dans [2]. Toutefois, le théorème ci-dessus peut tomber en défaut lorsque l’hypothèse de la q-finitude n’est pas vérifiée comme le montre le contre-exemple ci-dessus
Exemple 7.4
Soient Q un corps parfait de caractéristique p>0, et (X,(Yi )i∈N∗, (Zi)i∈N∗,(Si)i∈N∗) une famille algébriquement indépendante sur Q. Soit k=Q(X,(Yi)i∈N∗,(Zi)i∈N∗,(Si)i∈N∗) le corps des fractions rationnelles aux indéterminées (X,(Yi)i∈N∗,(Zi)i∈N∗,(Si)i∈N∗).
Posons ensuite :
- K1=n≥1⋃k(θ1,n), avec θ1,1=Xp−1 et θ1,n=θ1,n−1p−1 pour tout entier n>1.
- K2=n≥1⋃K1(θ2,n), où θ2,1=Z1p−1θ1,2+Z2p−1, et pour tout n>1, θ2,n=Z1p−1θ1,2n+θ2,n−1p−1.
- Par récurrence, on pose Kj=n≥1⋃Kj−1(θj,n), où θj,1=Zj−1p−1θj−1,2 +Zjp−1, et pour tout n>1, θj,n=Zj−1p−1θj−1,2n +θj,n−1p−1.
Enfin, on note K=j∈N∗⋃Kj, et par conventient on pose K0=k, et pout tout i∈N, θi,0=0.
Comme pour tout j∈N∗, Kj⊆Kj+1, alors K est un corps commutatif.
Théorème 7.5
Sous les conditions ci-dessus, la plus petite sous-extension m telle que K/m est modulaire est triviale, c’est-à-dire lm(K/k)=K
Pour la preuve de ce théorème, on se servira des résultats suivants :
Lemme 7.6
Sous les mêmes conditions ci-dessus, pour tout (j,n)∈N×N∗, Kj(θj+1,n)=Kj(θj+1,n+1p) et θj+1,1∈Kj. En particulier, o(θj+1,n,Kj)=n.
**Preuve. **Il est trivialement évident que Kj(θj+1,n)=Kj(θj+1,n+1p) pour tout (j,n)∈N×N∗. Pour achever la preuve, il suffit de remarquer que Kj⊆k(Xp−∞, Z1p−∞, …,Zjp−∞) et k(θj+1,n,Xp−∞,Z1p−∞, …,Zjp−∞)=k(Zj+1p−n,Xp−∞, Z1p−∞, …,Zjp−∞), et donc, pour tout n∈N∗, n=o(θj+1,n,k(Xp−∞,Z1p−∞, …,Zjp−∞ ))≤o(θj+1,n,Kj)≤n. \sqcap$$\sqcup
Comme conséquence immédiate, pour tout j∈N∗, Kj/Kj−1 est q-simple d’exposant non borné. En particulier, di(Kj/k)=j.
Lemme 7.7
Pour tout i∈N∗, la famille (Zi,(Sj)j∈N∗) est r-libre sur Kp.
**Preuve. **Puisque pour tout i≥1, Sip−1∈k(Xp−∞,(Zjp−∞)j≥1)(S1p−1,…, Si−1p−1)=K(Z1p−∞)(S1p−1,…,Si−1p−1), il suffit de montrer que Zi∈Kp; ou encore Zip−1∈K. Par construction, pour tout j∈{1,…,n}, on a θj,1=Zj−1p−1θj−1,2 +Zjp−1 avec Kn contient θj,1 et θj−1,2, et donc s’il existe n>i tel que Zip−1∈Kn, par itération, on aura Zi−1p−1,…,Z1p−1∈Kn et Zi+1p−1,…,Znp−1∈Kn. Par suite, d’après le théorème 3.1, di(k(Xp−1,Z1p−1, …,Znp−1)/k)≤di(Kn/k), ou encore n+1≤n, absurde.
D’où pour tout n∈N∗, Zip−1∈Kn, et comme K est réunion de la famille croissante d’extensions (Kn)n∈N∗, alors Zip−1∈K. \sqcap$$\sqcup
Preuve du théorème 7.5. Posons m=lm(K/k). En utilisant un raisonnement par récurrence on va montrer que Ki⊆m pour tout i∈N, et par suite obtenir K=m. Il est immédiat que K0=k⊆m, donc le résultat est vérifié pour le rang [math]. Soit i∈N∗, supposons par application de l’hypothèse de récurrrence que Ki⊆m. S’il existe un entier naturel s tel que θi+1,s∈m, désignons par n le plus grant entier tel que θi+1,n∈m. D’où pour tout t∈{0,…,n}, θi+1,t∈m et θi+1,n+1∈m, en outre θi+1,2npn∈m, et θi+1,2(n+1)pn+1 ∈m. Il en résulte que le système (θi+1,2(n+1)pn+1,1) est libre sur m, en particulier, il en est de même sur m∩Kpn+1. Complétons ce système en une base B de Kpn+1 sur m∩Kpn+1. Comme Kpn+1 et m sont m∩Kpn+1-linéairement disjointes (K/m est modulaire), B est aussi une base de m(Kpn+1) sur m. Or, par construction, θi+2,n+1=Zi+1p−1θi+1,2(n+1)+θi+2,np−1, donc θi+2,n+1pn+1=Zi+1pnθi+1,2(n+1)pn+1+θi+2,npn, avec θi+2,npn=Zi+1pn−1θi+1,2npn+⋯+Zi+1θi+1,2p+Zi+2∈m. Par identification, Zi+1pn∈m∩Kpn+1⊆Kpn+1, et donc Zi+1p−1∈K, absurde. D’où pour tout n∈N∗, θi+1,n∈m, ou encore Ki+1⊆m. D’où m=K. \sqcap$$\sqcup
8 Extensions +∞-w0-générées
8.1 i-suite
Définition 8.1
Une suite k=K0⊆K1⊆⋯⊆Kn⊆⋯⊆K de sous-extensions d’une extension purement inséparable K/k est dite i-suite dans K si pour tout indice i, on a Ki+1/Ki est d’exposant non borné.
Lorsque K/k est d’exposant non borné, il est immédiat que k⊆K est une i-suite dite triviale, et donc l’ensemble des i-suites de K/k est non vide. Cependant, K/k n’admet pas de i-suite si K/k est d’exposant fini, donc pour écarter ce cas, on suppose tout au long de cette paragraphe que K/k est d’exposant non borné. Si de plus, K/k est q-finie, on vérifie aussitôt que
k=K0⊆K1⊆⋯⊆Kn⊆⋯⊆K est une i-suite si et seulement si il en est de même de L=L(K0)⊆L(K1)⊆⋯⊆L(Kn)⊆⋯⊆K pour toute sous-extension finie L de K/k. En particulier, k=K0⊆K1⊆⋯⊆Kn⊆⋯⊆K est une i-suite si et seulement si k=K0⊆rp(K1/k)⊆⋯⊆rp(Kn/k)⊆⋯⊆K l’est aussi.
Proposition 8.1
Toute suite décroissante d’une extension q-finie est stationnaire.
**Preuve. **Soient (Kn/k)n∈N une suite décroissante de sous-extensions de K/k et (Fi/k)i∈N la suite associée à leurs clôtures relativement parfaites. Compte tenu du théorème 3.1 et de la proposition 4.1, la suite des entiers (di(Fi/k))i∈N est décroissante, donc stationnaire à partir d’un entier n0, ou encore pour tout n≥n0, Fi=Fn0. En vertu de la monotonie, pour tout n≥n0, [Kn+1:Fn0]≤[Kn:Fn0]. Autrement dit, la suite des entiers ([Kn:Fn0])n≥n0 est décroissante, donc stationnaire à partir d’un entier e, ou encore
pour tout n≥e, [Kn:Fn0]=[Ke:Fn0]. Comme pour tout n≥e, Kn⊆Ke, on en déduit que Kn=Ke, pour tout n≥e. \sqcap$$\sqcup
Corollaire 8.2
Dans une extension q-finie, toute i-suite est finie.
**Preuve. **Immédiat. \sqcap$$\sqcup
Soit K/k une extension q-finie, on dit que K/k admet une i-suite de longueur n si K peut se décomposer sous-forme d’extensions : k=K0⊆K1⊆⋯⊆Kn=K telles que Ki+1/Ki est d’exposant non borné pour tout i∈{0,…,n−1}. D’après la proposition précédente toute extension q-finie d’exposant non borné admet une i-suite de longueur maximale n, elle sera qualifiée de i-suite maximale. En outre, toute i-suite peut se prolonger en une i-suite de longueur maximale. Par ailleurs, une i-suite de longueur maximale présente en quelque sorte une certaine forme d’irréductibilité dans la mesure où entre deux termes consécutifs n’existe aucune extension propre d’exposant non borné, et donc impossible de décomposer deux termes consécutifs en i-suite de longueur 2. Il est à signaler que cette forme d’irréductibilité sera étudiée avec précision dans les sections qui suivent.
Remarque 8.1
En générale, les termes d’une i-suite maximale ne sont pas uniques. Toutefois, on peut chercher d’autres formes d’unicité, par exemple on peut se demander si une i-suite maximale conserve la taille et les exposants des termes à une permutation près.
8.2 Extensions w0-générées
Définition 8.2
Une extension purement inséparable est dite w0-générée, s’elle n’admet pas de sous-extensions propres d’exposant non borné.
En d’autres termes, K/k est w0-générée si toutes les sous-extensions propres de K/k ont un exposant borné. En particulier, si K/k est q-finie, alors K/k est w0-générée si pour toute sous-extension propre L/k de K/k, on a L/k est finie, et par suite on retrouve la définition du J.K Devney cf. [9]. Par ailleurs, la w0-génératrice exprime une certaine forme d’irréductibilité dans la mesure où K/k est indécomposable sous forme d’extensions d’exposant non borné. Si de plus K/k est d’exposant non borné, on vérifie aussitôt que :
Toute extension w0-générée est relativement parfaite.
Toute extension w0-générée et q-finie est modulaire sur une extension finie de k.
K/k* est w0-générée si et seulement si k⟶K est une i-suite de longueur maximale, et K/k est relativement parfaite.*
Pour toute sous-extension L/k d’exposant borné de K/k, on a L(K)/L est w0-générée si K/k l’est.
Le résultat ci-dessous assure l’existence des extensions w0-générées. Plus précisément, on a :
Théorème 8.3
L’ensemble H des sous-extensions d’exposant non borné d’une extension q-finie K/k d’exposant non borné est inductif pour la relation d’ordre K1≤K2 si et seulement si K2⊆K1. En particulier, K/k admet une sous-extension w0-générée d’exposant non borné.
**Preuve. **Découle immédiatement de la proposition 8.1. \sqcap$$\sqcup
Proposition 8.4
Toute extension q-finie est composée finie d’extensions w0-générées.
**Preuve. **Le résultat est évidemment trivial si K/k est finie. Sinon, d’après le corollaire 8.2, K/k admet une i-suite k=K0⊆K1⊆⋯⊆Kn=K de longueur maximale n. Nécessairement, Ki⊆Ki+1 est une i-suite de longueur maximale 1, sinon K/k admet une i-suite de la longueur dépassant n, contradiction. Par suite, on est amené à démontrer le résultat pour k⊆K de longueur maximale 1. En particulier, rp(K/k) est irréductible dans la mesure où rp(K/k)/k n’admet aucune sous-extension proppre d’exposant non borné. Toutefois, d’après la proposition 4.1, K/rp(K/k) est finie, et par suite K/k est composée finie d’extensions w0-générées. \sqcap$$\sqcup
Dans le cas des extensions modulaires, le résultat suivant montre que la w0-génératrice devient une propriété intrinsèque exclusivement liée aux extensions q-finies.
Théorème 8.5
Pour qu’une extension w0-générée K/k soit q-finie il faut et il suffit que lm(K/k)=K.
La démonstration de ce théorème fait appel au résultat suivant :
Lemme 8.6
Soit K/k une extension purement inséparable d’exposant non borné et de degré d’irratinalité infini. Si K/k est relativement parfaite et modulaire, alors K/k contient une sous-extension propre L/k d’exposant non borné et modulaire.
**Preuve. **On va construire par récurrence une suite strictement croissante (Kn/k)n≥1 de sous-extensions modulaires d’exposant n de K/k. Comme K/k est relativement parfaite, d’après la proposition 6.2 et le corollaire 5.9, pour tout n≥1, di(kp−n∩K/k)=di(kp−1∩K/k)=di(K/k) et kp−n∩K/k est équiexponentielle d’exposant n. Soit G1 une r-base de kp−1∩K/k, il en résulte que kp−1∩K≃⊗k(k(a))a∈G1. Choisissons un élément x de G1, comme ∣G1∣ est infini, il existe un sous-ensemble fini G1′ de G1 tel que x∈k(G1′). Posons K1=k(G1′), il est clair que K1/k est modulaire. Supposons qu’on a construit une suite de sous-extensions finies k⊆K1⊆K2⊆…Kn de K/k telle que
Pour tout i∈{1,…,n}, Ki/k est modulaire.
Pour tout i∈{1,…,n}, o1(Ki/k)=i.
x∈Kn*.
*
Soit Gn+1 une r-base de kp−n−1∩K/k, d’après la proposition 6.1, kp−n−1∩K≃⊗k(k(a))a∈Gn+1. Comme o1(Kn/k)=n, on en déduit que Kn⊆kp−n−1∩K. Or Kn/k est finie et ∣Gn+1∣ est infini, donc il existe une partie finie Gn+1′ de Gn+1 telle que Kn⊆k(Gn+1′). Deux cas peuvent se produire :
1-ier cas si x∈k(Gn+1′), alors Kn+1=k(Gn+1′) convient.
2-ième cas si x∈k(Gn+1′), comme kp−n−1∩K≃⊗k(⊗k(k(a))a∈Gn+1′)⊗k(⊗k(k(a))a∈Gn+1∖Gn+1′), donc x∈k(Gn+1∖Gn+1′) ; sinon puisque k(Gn+1′) et k(Gn+1∖Gn+1′) sont k-linéairement disjoints, alors x∈k(Gn+1′)∩k(Gn+1∖Gn+1′)=k, absurde. Soit y un élément de Gn+1∖Gn+1′, (y existe car ∣Gn+1∣ est infini et ∣Gn+1′∣ est fini). Notons Kn+1=Kn(y), on vérifie aussitôt que :
Kn+1/k* est finie, et o1(Kn+1/k)=o(y,k)=n+1.*
Kn+1≃Kn⊗kk(y), (application de la transitivité de la linéarité disjointe de k(Gn+1′) et k(Gn+1∖Gn+1′)), et comme Kn/k est modulaire, d’après la proposition 5.11, Kn+1/k est modulaire.
x∈Kn+1*, sinon comme kp−n−1∩K≃k(Gn+1′)⊗kk(Gn+1∖Gn+1′)≃Kn(Gn+1′)⊗KnKn(Gn+1∖Gn+1′), alors x∈k(Gn+1′)∩Kn(y)⊆Kn(Gn+1′) ∩Kn(Gn+1∖Gn+1′)=Kn, absurde.
*
D’où Kn+1/k convient, et par suite L=i≥1⋃Ki satisfait les conditions du lemme ci-dessus. \sqcap$$\sqcup
Preuve du théorème 8.5. La condition nécessaire résulte immédiatement du théorème 7.3. Inversement, soit m la plus petite sous-extension de K/k telle que K/m est modulaire. Comme K/k est w0-générée et m=K, alors m/k admet un exposant fini que l’on note e, et d’après le lemme 8.6 ci-dessus, K/m sera q-finie. Dans la suite, pour tout n∈N∗, posons Kn=mp−e−n∩K et di(K/m)=l. Soit Gn une r-base de Kn/m, compte tenu de la proposition 6.2 et le corollaire 5.9, ∣Gn∣=l et o1(Kn/m)=e+n. Par ailleurs, on a k(Knpe)=k(mpe,Gnpe)=k(Gnpe). En outre, di(k(Knpe)/k)≤l, et o1(k(Knpe)/k)≥o1(m(Knpe)/m)=n. En particulier, l’extension L=⋃k(Knpe) est d’exposant non borné, mais comme K/k est w0-générée, on obtient K=L. Toutefois, en vertu de la proposition 3.3, di(L/k)=n∈Nsup(di(Kn/k))≤l, donc K/k est q-finie.
Corollaire 8.7
Toute extension modulaire et w0-générée est q-finie.
Compte tenu du théorème ci-dessus et dans le but d’étendre la notion de w0-génératrice, on adopte le point de vue suivante :
8.3 Généralisation d’une extension w0-générée
Définition 8.3
Soit j un entier naturel non nul. Une extension purement inséparable K/k est dite j-w0-générée si K/k n’admet pas de sous-extensions propres d’exposant non borné et degré d’irrationalité inférieur à j.
Autrement dit, toute extension propre de K/k dont le degré d’irrationalité ne dépasse pas j strictement est d’exposant fini.
Définition 8.4
Une extension purement inséparable K/k est dite +∞-w0-générée si pour tout j∈N∗, K/k est j-w0-générée.
Il est clair que
toute extension w0-générée est +∞-w0-générée. Notamment, ces deux notions coîncident dans le cas de la q-finitude.
Toutefois, pour éviter la non-contradiction, la construction d’un exemple d’extension +∞-w0-générée de degré d’irrationalité infini nécessite les résultats suivants :
Théorème 8.8
Etant donnée une extension purement inséparable K/k relativement parfaite et modulaire ; et soit L/k une sous-extension propre finie de K/k. Si K/L est modulaire, alors pour tout entier n>e=o1(L/k), kp−n∩K/k(Lpe−1) est modulaire. En particulier, K/k(Lpe−1) est modulaire.
Pour la preuve de ce théorème, on se servira des résultats suivants. D’abord pour tout n∈N, on pose Kn=kp−e−n∩K et Ln=Lp−n∩K.
Lemme 8.9
Sous les mêmes hypothèses du théorème ci-dessus. Pour tout n∈N∗, il existe deux sous-extensions N et M de Kn/k vérifiant :
L⊆k(Npn), avec N/k est finie.
Kn≃M⊗kN≃(M⊗kL)⊗LN. En outre, M/k et N/k sont équiexponentielles d’exposant n+e
L(M)/L(Mp)* et L(Ln+ep)/L(Mp) sont L(Mp)-linéairement disjointes.*
Ln+e/L(M)* est modulaire avec di(Ln+e/L(M))=di(Kn/M)=di(N/k).*
**Preuve. **Puisque L/k est d’exposant e, donc L⊆kp−e∩K. D’où L→Lp−n∩K→Kn→Ln+e. Soit G une r-base de Kn/k, comme K/k est relativement parfaite et modulaire, alors d’après la proposition 6.2, Kn/k est équiexponentielle d’exposant e+n. En outre, Kn≃⊗k(k(a))a∈G, et donc K0=k(Knpn)≃⊗k(k(apn))a∈G. Or, L/k est finie, et L⊆K0, donc il existe une partie finie G1 de G telle que L⊆k(G1pn). Notons le complémentaire de G1 dans G par G2, (G2=G∖G1), et désignons respectivement par M et N les corps k(G2) et k(G1). On vérifie aussitôt que :
Kn≃M⊗kN≃(M⊗kL)⊗LN.
M* et N sont équiexponentielle d’exposant e+n.
*
En particulier, pour tout x∈G2, o(x,L(G2∖{x}))=n+e ; et par suite s’il existe x∈G2 tel que x∈L(Ln+ep)(G2∖{x}), on aura n+e=o(x,L(G2∖{x}))≤o1(L(Ln+ep)(G2∖{x})/L(G2∖{x}))≤o1(L(Ln+ep)/L)=n+e−1, c’est une contradiction. D’où, G2 est r-libre sur L(Ln+ep), ou encore L(M)/L(Mp) et L(Ln+ep) sont L(Mp)-linéairement disjointes. D’après le théorème de la r-base incomplète, il existe une partie G3 de Ln+e telle que G2∪G3 est une r-base de Ln+e/L(Ln+ep), compte tenu de la proposition 2.12, G2∪G3 est aussi un r-générateur minimal de Ln+e/L. Puisque K/L est modulaire et relativement parfaite, donc Ln+e≃⊗L(L(a))a∈G2∪G3≃(L⊗kM)⊗L(⊗L(L(a))a∈G3)≃M⊗k(⊗L(L(a))a∈G3). D’où Ln(M)≃M⊗k(⊗L(L(ape))a∈G3≃(M⊗kL)⊗L(⊗L(L(ape))a∈G3⊆Kn et Kn≃M⊗kN≃(M⊗kL)⊗LN⊆Ln+e. D’une part, comme N/k est équiexponnetielle d’exposant n+e et L⊆k(Npn), on aura ∣G1∣=di(N/k)=di(N/k(Npn))≤di(N/L)≤di(N/k), et donc di(N/L)=∣G1∣. D’autre part, en vertu du théorème 3.8 et du corollaire 3.6, on a
∣G3∣=di(Ln(M)/L(M))≤di(Kn/L(M))=di(N/L) et di(Kn/L(M))≤di(Ln+e/ L( M))=∣G3∣, (car Kn⊆Ln+e). Par suite, on aura ∣G3∣=∣G1∣=di(N/k). \sqcap$$\sqcup
Comme Kn≃M⊗kN≃(M⊗kL)⊗LN et Kn/k équiexponentielle d’exposant n+e, on vérifie aussitôt que :
Pour tout i∈{1,…,n}, k(Knpi)=Kn−i=k(Mpi)⊗kk(Npi).
Pour tout i∈{1,…,n}, M(Knpi)=M(Kn−i)=M⊗kk(Npi). En particulier, pour tout i∈{1,…,n}, M(Ki)/M est équiexponentielle d’exposant e+i et di(M(Ki)/M)=di(N/k).
Ln+e/L(M)* est équiexponentielle d’exposant n+e. En outre, Ln+e/L(M) est modulaire.
*
Dans la suite, on pose di(N/k)=j, et désignons par s le plus grand entier tel que os(L/k)=o1(L/k)=e.
Lemme 8.10
Sous les conditions ci-dessus, pour tout n∈N∗, on a :
Pour tout i∈{0,…,n−1}, di(M(Knpi)/L(M))=di(N/k).
di(M(Knpn)/L(M))=di(M(K0)/L(M))=j−s.
En particulier, pour tout r∈{j−s+1,…,j},
[TABLE]
**Preuve. **Soit {α1,…,αm} une r-base canoniquement ordonnée de L/k, donc k→k(α1,…,αs)→L→K0→Kn. Soit B une r-base de M(K0)/M(L), donc M(K0)=M(α1,…,αm,B). Or, L(M)≃L⊗kM, donc M(α1,…,αs)/M est équiexponentielle d’exposant e. Complétons le système {α1,…,αs} en une r-base de M(K0)/M par une partie C de K0. En particulier, on aura ∣B∣=di(M(K0)/L(M))≤di(M(K0)/M(α1,…,αs)) =∣C∣=j−s. Par ailleurs, pour tout r∈{s+1,…,m}, o(αr,k(α1,…,αs))<e, ainsi par application de l’algorithme de la complétion des r-bases M(K0)=M(α1,…,αs,B) ; et donc B est une r-base de M(K0)/M(α1,…,αs). D’où, di(M(K0)/M(L))=j−s=∣B∣.
De même, on a L(M)(Knpn−1)=K1(M) et L(M)(Knpn)=M(K0). Comme Kn≃L(M)⊗LN, et donc M(Knpn−1)≃L(M)⊗LL(Npn−1), il en résulte que di(M(L)(Knpn−1)/M(L))=di(M(K1)/M(L))=di(L(Npn−1)/L). Or, N/k est équiexponentielle d’exposant n+e et L⊆k(Npn), en vertu du théorème 3.1 et le corollaire 3.6, on aura j=di(k(Npn−1)/k(Npn))≤di(L(Npn−1)/L)≤di(k(Npn−1)/k)=j. Par suite, di(M(K1)/M(L)) =j. D’où, d’après le lemme 4.14, pour tout r∈{j−s+1,…,j}, or(Kn/L(M))=oj−s+1(Kn/L(M))=n.
Preuve du théorème 8.8. Tout au long de cette démonstration, on se servira des notations précédentes. D’abord, pour tout n∈N∗, on a :
Kn⊆Ln+e.
Ln+e/L(M)* est modulaire, avec di(Ln+e/L(M))=j=di(Kn/L(M)).*
Kn≃L(M)⊗LN*.
*
En vertu de la proposition 5.13, il existe une r-base canoniquement ordonnée {a1,…,aj} de Kn/L(M) telle que Kn≃L(M)⊗LL(a1,…,aj−s)⊗LL(aj−s+1)⊗L⋯⊗LL(aj) ; et donc pour tout i∈{j−s+1,…,j}, aipn∈L. Soit {α1,…,αm} une r-base de L/k, donc Kn=M(α1,…,αm,a1,…,aj). Comme o(αi,k)≤e pour tout i∈{1,…,m} et Kn/M est équiexponentielle d’exposant n+e, d’après l’algorithme de la complétion des r-bases et le lemme 8.9, Kn≃M(a1,…,aj)≃M⊗kk(a1)⊗k⋯⊗kk(aj). Or, Kn/k et Kn/M sont équiexponentielles d’exposant n+e, donc k(aj−s+1pn,…,ajpn)/k est équiexponentielle d’exposant e. D’autre part, k(aj−s+1pn,…,ajpn)⊆L, donc en complétant ce système en
une r-base canoniquement ordonnée de L/k, on obtient k(Lpe−1)=k(aj−s+1pn+e−1, …,ajpn+e−1). Par suite, en vertu de la proposition 5.7, on aura Kn≃M⊗k(a1)⊗k⋯⊗kk(aj)≃M⊗k(Lpe−1)k(Lpe−1) (a1)⊗k(Lpe−1)⋯⊗k(Lpe−1)k(Lpe−1)(aj), avec M/k est modulaire. D’après la proposition 5.11, on en déduit que Kn/k(Lpe−1) est aussi modulaire. \sqcap$$\sqcup
Lemme 8.11
Soit K/k une extension purement inséparable équiexponentielle d’exposant n>1, et telle que k⊆Kp. Soit L/k une sous extension propre de kp−1∩K. Il existe une extension K′/K vérifiant les conditions ci-dessous :
di(K/k)=di(K′/k)**
K′/k* est équiexponentielle d’exposant n+1.*
K′/L* n’est pas modulaire.*
**Preuve. **1-ier cas : si K/L est non modulaire, alors K′=Kp−1 convient.
2-ième cas : si K/L est modulaire, d’après le théorème 6.5, il existe une r-base G de K/k telle que G1={(apo(a,L))a∈G∣o(a,L)<n} est une r-base modulaire de L/k et K≃⊗L(⊗LL(a))a∈G. Puisque L⊆kp−1∩K et K/k est équiexponentielle d’exposant n, alors pour tout a∈G, on a o(a,kp−1∩K)=n−1≤o(a,L)≤o1(K/k)=n. Il en résulte que G1={a∈G tel que o(a,L)=n−1} ; et par suite K≃⊗L(L(a))a∈G1⊗L(⊗L(L(a))a∈G∖G1. Nécessairement, G∖G1 et G1 sont non vides, sinon kp−1∩K=L ou L=k, contradiction avec le fait que L est un sous-corps propre de kp−1∩K/k. Soient α∈G∖G1 et β∈G1. Comme k⊆Kp, il existe t∈k tel que t∈Kp. Notons G′=(ap−1)a∈G∖{β}∪{tp−1αp−1+βp−1} et K′=k(G′). On vérifie aussitôt que :
K′/k* est équiexponentielle d’exposant n+1.*
K⊆K′*, et di(K/k)=di(K′/k).
*
Si K′/L est modulaire, alors K′pn et L sont L∩K′pn-linéairement disjointes. Comme αpn−1∈L, ou encore (1,αpn−1) est L-libre, donc (1,αpn−1) est en particulier L∩K′pn-libre. Complétons ce système en une base B de K′pn sur L∩K′pn. Compte tenu de la linéarité disjointe, B est aussi une base de L(K′pn) sur L. Or, (αp−1tp−1+βp−1)pn=tpn−1αpn−1+βpn−1, par identification on aura tpn−1∈k∩K′pn, et donc tp−1∈kp−1∩K′=kp−1∩K⊆K, c’est une contradiction avec le fait que t∈Kp. Il en résulte que K′/L est non modulaire.
Lemme 8.12
Etant donnés un corps k de caractéristique p>0, et Ω une clôture algébrique de k. Soit H l’ensemble des sous-extensions finies de Ω/k. Si k est dénombrable, il en est de même de Ω et H.
**Preuve. **Dans Ω on définit la relation ∼ de la façon suivante : α∼β si et seulement si irr(α,k)=irr(β,k), où irr(α,k) et irr(β,k) sont respectivement les polynômes minimals sur k de α et β. On vérifie immédiatement que ∼ est une relation d’équivalence. Soit E un système de représentants dans Ω de cette relation (on peut choisir les éléments de E parmi les racines de tous les polynômes irréductibles unitaires de telle manière que chaque polynôme sera identifié par une et une seule racine, c’est-à-dire par un élément de E). D’où, Ω=a∈E⋃a. Comme les racines d’un polynôme sont finies, donc pour tout a∈E, ∣a∣ est fini. De même, on a k[X] est dénombrable, en particulier E l’est aussi ; et par suite Ω est dénombrable (cf. [16], III, p.49, corollaire 3). Dans la suite, pour tout n∈N∗, notons Hn={L∈H tel que L/k est engendrée par au plus n éléments}. Il est clair que :
L’application
[TABLE]
est surjective, donc ∣Hn∣≤∣Ωn∣ ; et par suite Hn est dénombrable.
Comme H=n≥1⋃Hn, alors H/k est dénombrable (cf. **[16], III, p.49, corollaire 3). \sqcap$$\sqcup
Construisons maintenant, une extension +∞-w0-générée de degré d’irrationalité infini. Pour cela,
considérons un corps commutatif dénombrable k de caractéristique p>0 et de degré d’imperfection infini, et soit ((Xi)i∈N∗,t) une famille p-libre sur k . Notons M1=k((Xip−1)i∈N∗) et M2=k((Xip−2)i∈N∗). Désignons par E l’ensemble des sous-extensions propres de M1. Compte tenu du lemme 8.12, E est dénombrable, donc on peut présenter E sous la forme E=(Ln)n≥3. Par application du lemme 8.11, on construit une suite d’extensions croissantes (Mn/k)n≥3 vérifiant :
Mn/Ln* est non modulaire.*
Mn/k* est équiexponentielle d’exposant n.
*
Posons K=i∈N∗⋃Mn.
Théorème 8.13
L’extension K/k ci-dessus est modulaire et +∞-w0-générée de degré d’irrationalité infini.
Pour la preuve on se servira en plus du résultat suivant :
Lemme 8.14
Etant donnée une extension purement inséparable, relativement
parfaite et modulaire K/k. Soient S/k une sous-extension relativement parfaite de K/k et L/k une
sous-extension de S/k. Si S/L est modulaire, alors K/L est modulaire, (et en particulier, K/S est modulaire).
**Preuve. **cf. [2], p.
155, lemme 2.6. \sqcap$$\sqcup
Preuve du théorème 8.13 D’abord, par construction K/k est relativement parfaite de degré d’irrationalité infini. Soit ensuite S/k une sous-extension propre de K/k de taille finie di(S/k)=j ; supposons que S/k est d’exposant non borné. En vertu du théorème 8.3, S/k admet une sous-extension w0-générée que l’on note S′, en particulier S′/k est relativement parfaite. Posons L′=lm(S′/k), donc L′/k est finie. Soit L=L′p−1∩S′ ; d’après la proposition 5.10, S′/L est modulaire. Compte tenu du lemme 8.14 ci-dessus, K/L est modulaire. Par application du théorème 8.8, pour n assez grand, kn/k(Lpe−1) est modulaire, où e=o1(L/k). De plus, on a k(Lpe−1)/k est finie d’exposant 1, donc il existe t∈N tel que Lt=k(Lpe−1). Or, kn=Mn pour tout n≥3, donc Mm/Lt est modulaire pour un entier assez grand m>t, et par suite Lt(Mmm−t)/Lt est modulaire. D’où Mt/Lt est modulaire, c’est une contradiction avec la construction des Mn. \sqcap$$\sqcup
Références
- [1]
M. Chellali et E. Fliouet, Extensions i-Modulaires, International Journal of Algebra, Vol. 6, (2012), no. 10, 457-492
- [2]
M. Chellali et E. Fliouet, Extensions purement
inséparables d’exposant non borné, Archivum Mathematicum
- [3]
M. Chellali et E. Fliouet, *Extension presque modulaire, *
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*Authors’ addresses:
EL Hassane Fliouet, Regional Center for the Professions of Education and Training, Agadir, Morocco
e-mail: [email protected].
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