Troisi\`eme groupe de cohomologie non ramifi\'ee des hypersurfaces de Fano
Jean-Louis Colliot-Th\'el\`ene

TL;DR
This paper proves the vanishing of the third unramified cohomology group for many Fano hypersurfaces over algebraically closed and finite fields, advancing understanding of their cohomological properties, with some cases still unresolved.
Contribution
It establishes new vanishing results for third unramified cohomology of Fano hypersurfaces over various fields, extending previous knowledge in algebraic geometry.
Findings
Vanishing of third unramified cohomology for many Fano hypersurfaces.
Results over algebraically closed and finite fields.
Open problem remains for cubic fourfolds over finite fields.
Abstract
We establish the vanishing of the third unramified cohomology group for many types of Fano hypersurfaces in projective space over an algebraically closed field of arbitrary characteristic, and over a finite field. For cubic hypersurfaces over a finite field, the case of fourfolds remains open. --- Sur un corps alg\'ebriquement clos et sur un corps fini, on \'etablit de nouveaux r\'esultats d'annulation pour la cohomologie non ramifi\'ee de degr\'e 3 pour de nombreux types d'hypersurfaces de Fano. Le cas des hypersurfaces cubiques de dimension 4 sur un corps fini reste ouvert.
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Taxonomy
TopicsAlgebraic Geometry and Number Theory · Commutative Algebra and Its Applications · Geometry and complex manifolds
Troisième groupe de cohomologie non ramifiée des hypersurfaces de Fano
J.-L. Colliot-Thélène
CNRS, Université Paris Sud et Paris-Saclay
Mathématiques, Bâtiment 425
91405 Orsay Cédex
France
(submitted August 3rd, 2017; revised October 15th, 2017)
Résumé
Sur un corps algébriquement clos et sur un corps fini, on établit de nouveaux résultats d’annulation pour la cohomologie non ramifiée de degré 3 des hypersurfaces de Fano.
{altabstract}
We establish the vanishing of degree three unramified cohomology for several new types of Fano hypersurfaces when the ground field is either finite or algebraically closed of arbitrary characteristic.
Soit une variété projective, lisse, géométriquement connexe sur un corps et un nombre premier. Pour tout couple d’entiers et , le groupe de cohomologie non ramifiée est par définition le groupe des sections globales du faisceau pour la topologie de Zariski sur associé au préfaisceau qui à un ouvert associe le groupe de cohomologie étale de à valeurs dans le groupe des racines -primaires de l’unité tordues fois. Les propriétés générales de ces groupes sont décrites dans le rapport [5]. Le groupe est la composante -primaire du groupe de Brauer de . Les groupes sont des invariants -birationnels des variétés projectives et lisses. On a une application naturelle du groupe de cohomologie galoisienne dans le groupe , application qui est un isomorphisme si est -birationnelle à un espace projectif .
On s’intéresse ici au groupe . Ce groupe joue un rôle important dans l’étude [9, 12, 7, 6] de l’application “cycle” sur le groupe de Chow des cycles de codimension 2
[TABLE]
Pour une hypersurface cubique lisse sur le corps des complexes, et , on sait que l’on a pour tout . C’est une conséquence [9, Thm. 1.1] de la conjecture de Hodge entière pour les cycles de codimension 2 sur ces hypersurfaces cubiques. Pour , cette conjecture est facile à établir (voir le théorème 2.1 ci-dessous). C’est aussi un cas très particulier d’un théorème général de C. Voisin sur les solides uniréglés. Pour , cette conjecture fut démontrée par C. Voisin [20, Thm. 18].
Dans [6, §5.3], j’ai discuté des extensions de ce résultat aux hypersurfaces lisses de degré dans un espace projectif avec quelconque. Par la formule d’adjonction, ce sont exactement les hypersurfaces lisses de Fano, c’est-à-dire à fibré anticanonique ample.
Dans cet article, on considère la situation sur un corps algébriquement clos de caractéristique quelconque, et sur un corps fini.
Plus précisément, pour une hypersurface lisse de degré sur un corps de caractéristique différente de , on établit
[TABLE]
dans chacun des cas suivants :
(i) algébriquement clos et (Théorème 2.1)
(ii) fini et (Théorème 3.1);
(iii) algébriquement clos (de caractéristique différente de 2 et 3), et (Théorème 4.1);
(iv) fini, et (Théorème 5.1).
Le cas des hypersurfaces cubiques lisses dans reste ouvert.
La démonstration du cas (iii) repose sur un théorème de Charles et Pirutka [3]. Dans le cas (iv), on offre deux démonstrations, utilisant toutes deux la théorie du corps de classes supérieur de K. Kato et S. Saito. L’une de ces démonstrations passe par un théorème de Parimala et Suresh [18].
Pour une variété sur un corps et une clôture séparable de , on note .
1 Quelques rappels
Lemme 1.1**.**
Soit un corps fini. Soit , , une hypersurface cubique lisse. Le pgcd des degrés des extensions finies de sur lesquelles possède une -droite est égal à 1.
Démonstration.
D’après Fano, Altman et Kleiman [1], sur tout corps , la variété de Fano des droites de , est non vide, projective et lisse [1, Cor. 1.12] pour et géométriquement connexe pour [1, Thm 1.16 (i)]. Sur un corps fini , les estimations de Lang-Weil donnent le résultat.
Remarque 1.2*.*
Des résultats précis sur l’existence de droites sur le corps fini lui-même sont obtenus dans [11].
Proposition 1.3**.**
Soit une surface projective, lisse, géométriquement connexe sur un corps . Soit un nombre premier différent de la caractéristique de . Si est algébriquement clos, ou si est fini, .
Démonstration.
On a . Ce dernier groupe est nul si est algébriquement clos, car la -dimension cohomologique du corps des fonctions est 2.
Pour toute surface projective, lisse, géométriquement connexe sur un corps fini et premier différent de la caractéristique de , on a (Sansuc, Soulé et l’auteur [8, Rem. 2 p. 790]; K. Kato [13, Thm. 0.7 and Corollary]).
Proposition 1.4**.**
Soit un entier et soit une hypersurface cubique lisse sur un corps . Soit un nombre premier différent de la caractéristique de .
(i) Si possède un zéro-cycle de degré 1, le quotient du groupe par l’image de est annulé par 6.
(ii) Si contient une droite -rationnelle, le quotient du groupe par l’image de est annulé par 2.
(iii) Si est algébriquement clos, est annulé par 2.
(iv) Si est fini, est annulé par 2.
Démonstration.
Les énoncés [2, Thm. 1.4] et [2, Prop. 2.1] donnent que ce quotient est annulé par 6 si possède un zéro-cycle de degré 1, et par 2 si contient une droite -rationnelle. Ceci établit (i), (ii) et (iii). Pour un corps fini, possède un zéro-cycle de degré 1, et même un point rationnel. L’énoncé (iv) pour est un cas particulier de la proposition 1.3. Pour , l’énoncé (iv) résulte de la combinaison de l’énoncé (ii), du lemme 1.1 et d’un argument de corestriction-restriction.
2 Hypersurfaces de Fano dans , algébriquement clos,
On étend en toute caractéristique des résultats de [6]. On en profite pour rectifier la démonstration de [6, Thm. 5.6 (vi)] pour une hypersurface dans .
Théorème 2.1**.**
Soit un entier, et soit une hypersurface lisse de degré sur un corps algébriquement clos . Soit un nombre premier différent de la caractéristique de .
(i) Pour et , l’application cycle
[TABLE]
est surjective.
(ii) Pour et , l’application cycle
[TABLE]
est surjective.
(iii) Pour et , on a .
Démonstration.
Établissons (i). Pour , la classe de tout -point de engendre le -module . L’énoncé (i) est donc clair pour .
Supposons . Soit . Pour tout entier , on a la suite exacte de cohomologie étale à supports propres [15, III.1.30] :
[TABLE]
Les groupes finis et sont duaux (dualité de Poincaré [15, VI.11.2]).
Pour , on a . Le théorème de Lefschetz affine [15, VI.7.2] donne et .
La flèche de restriction est donc un isomorphisme de groupes finis pour tout . La flèche de restriction
[TABLE]
est donc un isomorphisme. Ceci implique que l’application cycle
[TABLE]
est surjective. Ceci établit (i) pour .
Pour , la considération de la suite exacte
[TABLE]
la dualité de Poincaré et le théorème de Lefschetz affine donnent alors pour tout et donc . Ceci sera utilisé dans la démonstration du théorème 3.1 ci-après.
Établissons l’énoncé (ii). Soit donc . L’argument qui suit corrige celui donné dans [6, Thm. 5.6 (vi)].
Pour tout degré , et tout entier , la flèche de restriction est un isomorphisme, comme on voit en utilisant la suite exacte de cohomologie étale à supports, la dualité de Poincaré sur , et le théorème de Lefschetz affine. Ceci implique , et ceci implique que l’application cycle définie via l’application de Kummer est un isomorphisme.
Le cup-produit sur la cohomologie étale
[TABLE]
est un accouplement non dégénéré de groupes finis (dualité de Poincaré). D’après ce qui précède, chacun des deux termes de cet accouplement est isomorphe à . Considérons le diagramme :
[TABLE]
où l’accouplement supérieur est donné par l’intersection des cycles.
Pour , ce diagramme est commutatif [15, Prop VI.10.7], Pour tout premier , il commute sur les couples de cycles transverses l’un à l’autre [15, Prop. VI.9.5]. Soit la trace d’un hyperplan . Sous l’hypothèse , l’hypersurface contient une droite . Ceci est bien connu pour ; pour un énoncé général, voir [10, Thm. 2.1]. Dans l’accouplement supérieur, on a . En appliquant [15, Prop. VI.9.5], on voit que la classe de cycle de dans engendre ce groupe. Ainsi l’application cycle
[TABLE]
est surjective. Ceci établit (ii) pour .
Montrons maintenant (iii). D’après [12, Thm. 1.1] ou [7, Thm. 2.2], la surjectivité de
[TABLE]
implique que le groupe est divisible.
D’après un théorème de Roitman ([19], voir aussi [4, §4]), l’hypothèse implique que sur tout corps algébriquement clos contenant , l’application degré sur le groupe de Chow des zéro-cycles est un isomorphisme. D’après un argument général (voir [7, Prop. 3.2]), ceci implique l’existence d’un entier qui annule .
Sous l’hypothèse et , on a donc établi que le groupe est divisible et d’exposant fini. Il est donc nul.
Remarque 2.2*.*
Pour et comme ci-dessus avec et tout corps contenant , et pour , on a établi dans [6, Thm. 5.6 (vii)] que la flèche naturelle
[TABLE]
est un isomorphisme. Il est très vraisemblable que ce résultat vaut sur tout corps algébriquement clos, avec distinct de la caractéristique de .
3 Hypersurfaces de Fano dans , fini, et
Théorème 3.1**.**
Soit un entier et soit une hypersurface lisse de degré sur un corps fini . Soit un nombre premier différent de la caractéristique de . Pour et pour , on a .
Démonstration.
D’après la proposition 1.3, on peut supposer .
Pour , on a établi dans la démonstration du théorème 2.1 que l’on a et que la restriction
[TABLE]
est un isomorphisme. Pour toute -variété , on dispose de la suite exacte déduite de la suite spectrale de Leray
[TABLE]
La comparaison de cette suite pour et pour donne que l’application cycle
[TABLE]
est surjective.
D’après [12, Thm. 1.1] ou [7, Thm. 2.2], sur un corps fini , la surjectivité de
[TABLE]
implique que le groupe est divisible.
Comme rappelé dans la démonstration du théorème 2.1, l’hypothèse , le théorème de Roitman [19] et l’argument donné dans [7, Prop. 3.2] impliquent que est d’exposant fini.
Le groupe est divisible et d’exposant fini, il est donc nul.
4 Hypersurfaces cubiques dans , algébriquement clos
Déjà pour les hypersurfaces cubiques, le théorème 2.1, sur un corps algébriquement clos, laisse ouvert le cas . Pour une hypersurface cubique lisse sur le corps des complexes, Claire Voisin [20, Thm. 18] a établi la conjecture de Hodge entière dans ce contexte. D’après [9], ceci implique , et [5, Thm. 4.4.1] montre alors que le résultat vaut pour toute hypersurface cubique lisse sur un corps algébriquement clos de caractéristique zéro.
En utilisant le travail de Charles et Pirutka [3], on obtient l’analogue de ce résultat sur tout corps algébriquement clos, avec une restriction mineure sur la caractéristique.
Théorème 4.1**.**
Soit un corps algébriquement clos de caractéristique différente de 2 et 3. Soit une hypersurface cubique lisse. Soit premier différent de la caractéristique de . On a .
Démonstration.
D’après la proposition 1.4, le groupe est d’exposant fini, en fait divisant 2. La proposition 1.4 donne donc déjà le résultat pour .
Par une variante du lemme de rigidité de Suslin [5, Thm. 4.4.1], pour établir ce dernier énoncé , on peut se limiter à considérer le cas où est une clôture algébrique d’un corps de type fini sur le corps premier, et où pour une hypersurface cubique lisse.
On considère l’application cycle Elle respecte l’action du groupe de Galois . Elle envoie donc le groupe des cycles dans le sous-groupe
[TABLE]
des classes dont le stabilisateur est un sous-groupe ouvert.
Comme est un -module de type fini et l’action de est continue, le conoyau de
[TABLE]
est un groupe sans torsion [7, Lemme 4.1].
Charles et Pirutka [3, Thm. 1.1] ont montré que l’application
[TABLE]
est surjective. On conclut que le conoyau de
[TABLE]
est un groupe sans torsion. D’après [12, Thm. 1.1] ou [7, Thm. 2.2], le groupe fini donné par la torsion du conoyau de l’application cycle
[TABLE]
coïncide avec le groupe quotient de par son sous-groupe divisible maximal. D’après la proposition 1.4, le groupe est d’exposant fini. Ceci établit
Remarque 4.2*.*
Pour une hypersurface cubique lisse, la conjecture de Hodge rationnelle (à coefficients dans ) pour les cycles de codimension deux est connue depuis 1977 (Zucker [22], Murre [17]). La nullité de établie ci-dessus et [9, Thm. 1.1] redonnent donc la conjecture de Hodge entière pour les cycles de codimension deux sur ces hypersurfaces, c’est-à-dire le résultat établi en 2007 par C. Voisin [20, Thm. 18] [21, Thm. 3.11]. Il convient cependant d’observer que la démonstration ci-dessus repose de façon essentielle sur [3], dont les méthodes géométriques sont inspirées de celles de [20] (qui cite [22]).
5 Hypersurfaces cubiques dans , corps fini
Pour les hypersurfaces cubiques lisses sur un corps fini, le travail [18] de Parimala et Suresh permet de compléter le théorème 3.1 pour .
Théorème 5.1**.**
Soit une hypersurface cubique lisse sur un corps fini de caractéristique différente de .
(i) Pour tout premier différent de la caractéristique de , on a .
(ii) Soit une clôture algébrique de et . L’application naturelle
[TABLE]
est un isomorphisme.
(iii) L’application cycle
[TABLE]
est surjective.
Démonstration.
(i) Le cas résulte déjà de la proposition 1.4. Pour démontrer la proposition, par le lemme 1.1 et un argument de restriction-corestriction, on peut supposer que contient une droite définie sur le corps . En éclatant le long de , on trouve une -variété projective et lisse -birationnelle à et munie d’une structure de fibration en coniques sur . Le théorème de Parimala-Suresh [18, Cor. 5.6] donne alors , et donc .
(ii) On sait (théorème de Lefschetz faible) que est sans torsion. La nullité de et [7, Cor. 6.9] donnent (ii).
(iii) Comme est géométriquement unirationnelle de dimension 3, le conoyau de l’application cycle est un groupe fini [7, Prop. 3.23]. D’après [12, Thm. 1.1] ou [7, Thm. 2.2], la torsion du conoyau de l’application cycle s’identifie au quotient de par son sous-groupe divisible maximal. De (i) résulte donc (iii).
Remarque 5.2*.*
La démonstration du théorème de Parimala et Suresh [18] utilise un résultat de théorie du corps de classes supérieur, à savoir la nullité de pour une surface projective et lisse sur un corps fini ([8, Rem. 2, p. 790]; [13, Thm. 0.7, Cor]). Elle utilise aussi beaucoup d’autres arguments délicats.
En utilisant la théorie du corps de classes supérieur, et le lien entre la surface de Fano des droites de et le groupe des cycles de codimension 2 de , on peut donner une démonstration alternative du théorème 5.1. Soit la surface de Fano de , qui paramétrise les droites de . C’est une surface projective, lisse, géométriquement connexe [1, Cor. 1.12], qui possède donc un zéro-cycle de degré 1 sur le corps fini .
La famille universelle des droites de définit une correspondance entre et qui induit un homomorphisme , lequel induit une application , où l’on a noté le sous-groupe des zéro-cycles de degré zéro, et le sous-groupe des 1-cycles d’intersection nulle avec une section hyperplane. Sur un corps de caractéristique différente de 2, on sait [16, VI,VII] que l’application se factorise comme
[TABLE]
D’après le théorème de Roitman, l’application d’Albanese qui est surjective, a son noyau uniquement divisible (en fait, pour corps fini, cette flèche est un isomorphisme). Ceci assure que l’application est surjective. On a le diagramme commutatif
[TABLE]
La théorie du corps de classes supérieur (Kato-Saito [14, Prop. 9.1]) montre que, pour toute variété projective lisse géométriquement connexe sur un corps fini, l’application est surjective (pour une surface, voir aussi [7, §6.2]). On conclut donc que est surjectif, puis que est surjectif. Ceci donne l’énoncé (ii) du théorème 5.1. Comme on a , l’énoncé (i) résulte alors de (ii) et de [7, Cor. 6.9]. L’application a son conoyau fini. D’après [12] ou [7, Thm. 2.2], ce conoyau s’identifie au quotient de par son sous-groupe divisible maximal. Ainsi l’application est surjective.
Remarque 5.3*.*
Sur un corps fini et pour un nombre premier , la question si l’on a pour une hypersurface cubique lisse reste ouverte dans le cas crucial (pour , voir la Proposition 1.4 (iv)). Elle est équivalente à la question de la surjectivité de l’application cycle
[TABLE]
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